Le danger de l’appel aux conflits historiques
par Dr. salem alketbi
lundi 25 mars 2019
Après le massacre horrible de fidèles innocents dans deux mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, des milliers de messages autour de relation entre l’Islam et l’Occident ont été diffusés dans des médias sociaux à travers les monde.
Le plus frappant de ces flux virtuels massifs est la présence de textes préparés à l’avance, apparemment par des professionnels, sur des batailles historiques que l’Empire ottoman ou les Européens ont remportées.
L’appel aux batailles historiques dans cette forme détaillée pour proclamer la victoire de tel ou tel point de vue idéologique constitue une invocation méthodologique délibérée de l’idée du choc des civilisations et des religions. De cette manière, on met l’huile dans le feu de la sédition.
Mobiliser les jeunes les uns contre les autres, qu’ils soient musulmans ou croyants d’autres religions ou convictions, et même des adeptes de l’extrême droite nationaliste est, pour en dire le moins, “suspicieux.”
Il faut reconnaître que les médias sociaux sont devenus une arène mondiale pour l’échange d’idées et d’opinions, mais aussi qu’il y a des gens qui les utilisent dans les guerres dites de quatrième génération. Cette idée ne relève pas des théories de complot dont certains intellectuels arabes sont accusés de maintenir.
Les médias font partie intégrante de l’histoire ancienne et contemporaine de l’action politique et des relations internationales.
Je suis persuadé que ce rappel soudain et surprenant de l’histoire des anciennes batailles s’est fait sur une base religieuse. Des pressions fortes sont exercées pour que les conflits religieux se transforment en conflits sanglants dans les années à venir.
Les éléments déclencheurs des guerres mondiales précédentes en sont la preuve. Ces guerres en était déclenchés à partir d’étincelles.
Les sages du monde doivent comprendre que la conjoncture mondiale du XXIe siècle est propice aux conflits. Que ce soit en bien ou en mal, les idées se répandent dans le monde entier avec une vitesse fulgurante.
Les partisans de la sédition et les promoteurs de la théorie du “choc des religions” ne trouveront pas d’environnement plus idéal que le climat actuel, en l’absence de législation et de lois qui traitent ce flot énorme d’informations via internet.
Le terroriste qui a perpétré le massacre de Christchurch a diffusé ses idées sur sa page en ligne des années auparavant, et a apparemment publié son plan criminel environ vingt minutes avant l’attaque. Pourtant, il a pu commettre son crime dans un pays pacifique où les forces de sécurité n’ont jamais pensé qu’un tel scénario grotesque pouvait se produire un jour.
Ainsi, les sages, par prudence, devraient s’attendre à la répétition d’un massacre comparable qui pourrait entraîner une troisième guerre mondiale ou un conflit religieux de grande ampleur.
Dans le monde d’aujourd’hui on trouve des dirigeants et des politiciens qui dominent la scène des provocations et qui invoquent les conflits de l’histoire et remettent en question les souvenirs du passé dans les politiques du présent.
On compte les mollahs d’Iran qui invoquent le conflit de l’islam avec le nationalisme persan. Il y a les dirigeants turcs qui évoquent la gloire de l’Empire ottoman dans leurs politiques ainsi que dans des séries historiques qui alimentent le nationalisme religieux de millions de jeunes musulmans. En Occident, il existe aussi des politiques anti-immigration et anti-réfugiés qui alimentent le suprémacisme blanc. Et il y a, bien sûr Al-Qaïda et Daech et les organisations terroristes qui se nourrissent des carnages.
Les sages du monde devraient se réveiller à la menace de la montée de l’extrémisme nationaliste, religieux et racial. Le terrorisme est le même pour tout le monde. Tout ce qui va à l’encontre des valeurs de coexistence et de la modération, c’est du radicalisme qui aboutit au terrorisme et dont il faut se débarrasser. Le monde doit comprendre que l’extrémisme et la liberté d’opinion et d’expression sont deux choses bien distinctes et que l’abus de cette liberté peut menacer les sociétés.
La liberté a certes ses limites, sans lesquelles on ne peut qu’attendre de voir les conséquences de la violence et du terrorisme.
Le terrorisme se développe en plusieurs étapes, progressant vers un pic de violence que nous n’avons pas encore atteint. Par exemple, l’organisme de Daech s’était inspiré d’Al-Qaïda mais était plus violent.
Je pense que ce qui se passe autour de nous, en particulier au niveau de la mobilisation médiatique, annonce que le monde va se trouver face à une nouvelle génération de terroristes plus redoutables.
Les médias sociaux encouragent de plus en plus les sympathisants des conflits interreligieux. Nous devons comprendre les leçons du passé récent et affronter ce danger avant de nous réveiller face à une nouvelle entre-tuerie.