Le Djihadisme, une nouvelle forme de guerre ?

par prlclaire
samedi 30 juillet 2016

Depuis les attentats qui ont touché la France en novembre 2015, certains hommes politiques déclarent dès qu’ils le peuvent que nous faisons face à une forme de guerre jamais vue jusqu’alors, un conflit d’un nouveau genre… D’autres, adeptes du politiquement correct et de la langue de bois nient l’existence d’une guerre, préférant parler de déséquilibrés… Pour eux il n’est pas question de parler d’islamisme radical, pour ne pas stigmatiser les Musulmans.

La guerre insurrectionnelle ou guérilla n’est pas une chose nouvelle, dans l’histoire nous avons dû y faire face à de nombreuses reprises, et elle a même été expliquée par des militaires de talent dans des ouvrages tombés très vite dans l’oubli.

Le 19 novembre en s’exprimant devant l’Assemblée, notre Premier Ministre lance que nous faisons face à une « guerre nouvelle »1.

Le 23 mars après les attentats de Bruxelles il prononce ces quelques mots : ceci « n’est pas une guerre comme les autres »2.

Après les évènements de Nice il remarque une « ubérisation de la Guerre »3.

Pourtant nous ne faisons pas face à une menace nouvelle. ; en 1989 W.S Lind exposa à West-Point sa théorie de la « Guerre de Quatrième génération »4 et durant ses passages en Afghanistan et en Irak, le général David Petraeus distribua l’ouvrage du Français David Galula, la Contre-Insurrection, à ses officiers en leur disant que les Français avaient tout compris et que c’était comme cela qu’il fallait faire la guerre5.

Déjà en 1808 l’armée française a dû faire face à l’obscurantisme religieux et à une forme de guerre encore jamais vue, la guerre insurrectionnelle. Après les pourparlers de Bayonne Napoléon Ier a réussi à conquérir l’Espagne sans tirer un seul coup de canon, il y a installé son frère Joseph sur le trône.

L’Empereur pensait avoir réussi un coup politique et tout tranquille il envoie ses armées combattre la perfide Albion au Portugal afin d’avoir la mainmise sur tout le continent. Quelle erreur ! Avec les premières résistances de la population espagnole, il pense devoir répondre par la force, en faisant la guerre comme il l’avait fait auparavant, afin d’affirmer son autorité et de transformer en profondeur cette population archaïque et lui apporter la démocratie et le développement.

Dans un schéma de guerre classique, l’Empereur ne fait qu’une bouchée des troupes adverses, mais le calme ne revient pas à Madrid, Napoléon ne comprend pas, lui qui pensait qu’en « tapant du poing sur la table » et en montrant qu’il était le plus fort il ramènerait le calme en Espagne.

Mais l’Espagne n’est pas l’Italie, le niveau de développement y est beaucoup plus bas, la majorité de Espagnols ne savent ni lire ni écrire, l’Espagne est encore dirigée par l’Inquisition et la population écoute davantage le clergé que le bon sens, ils ne veulent pas de la fin du modèle féodal, de la démocratie, du code civil et de justice.

Cela ressemble au mode opératoire de l’État Islamique qui s’appuie sur la faiblesse des gens en leur faisant gober n’importe quoi et en leur faisant faire ce qu’il veut).

Le clergé et d’autres fanatiques religieux ne veulent pas de ces changements et ils remontent le peuple pour que les Espagnols deviennent de bons petits soldats crédules, à leur botte, servant leurs intérêts.

Les Espagnols vont massacrer les soldats français dans la rue, ils vont faire des villes leurs champs de bataille et ces fanatiques religieux vont être à l’origine d’une véritable boucherie.

Cette guerre ils ne la comprennent pas, il se battent pour des idéaux qui sont contraires à leurs intérêts, ils se battent pour des gens qui ne leur veulent pas du bien, mais c’est diablement efficace.

Alors oui l’Armée française va répliquer, tuer de nombreuses personnes (ces massacres sont les sujets du peintre espagnol Goya dans les somptueux tableaux Dos et Tres de Mayo, exposés au Prado) mais ils ne seront jamais de taille face à cette insurrection, cette guerre qu’ils ne comprennent pas.

Les soldats français devront repartir d’Espagne en perdants, c’est le début de la fin pour l’empereur.

De cet épisode nait un mot, Guérilla, terme espagnol désignant ce nouveau type de guerre.

Ce n’est pas si nouveau comme concept non ?

 

Des fanatiques religieux qui massacrent au nom d’une religion qu’ils ne comprennent pas, on se croirait en France au XXIème siècle, sauf que les fanatiques catholiques se prétendant défenseurs de la parole divine et d’une Inquisition corrompue ont laissé place à des islamistes radicaux défendant la Charia et un Califat assassin.

Mais ils sont unis dans le rejet de la démocratie, des droits de l’homme, de la liberté de culte, des droits de la femme…

 

La Guerre d’Indépendance espagnole fut un véritable massacre durant de 1808 à 1814, Napoléon y a perdu ses meilleurs hommes et surement son titre d’Empereur.

C’est aussi à cela que sert l’histoire, à ne pas répéter les mêmes erreurs, à s’améliorer etc.

Mais pour cela il faudrait connaître cette histoire. Aujourd’hui nos dirigeants cherchent à réécrire l’histoire pour lui faire dire ce qu’ils veulent, ou ils l’effacent complètement des programmes scolaires.

Aujourd’hui le Gouvernement répète les mêmes erreurs en frappant bêtement la Syrie et l’Irak, avec leur état d’urgence qui ne sert à rien et n’est respecté par personne et il n’empêche en aucun cas les mouvements de foule et les manifestations syndicales…

 

Mais nous avons la solution à ce problème depuis fort longtemps, connaissez-vous les brillants Bigeard, Galula ou Trinquier ?

Le Lieutenant-colonel David Galula, né en Tunisie en 1919, ancien élève de Saint-Cyr dont il sort en 1940, a été radié de l’armée en 1941 car il était juif et participe avec l’infanterie coloniale à la libération de la France.

Réintégré dans l’armée il assiste à tous les conflits majeurs de l’après-guerre.

Après la libération il est attaché militaire en Chine et assiste à la montée en force de Mao, les méthodes utilisées par la guérilla communiste lui seront d’une aide précieuse dans son étude de l’insurrection.

Alors qu’il travaille pour les Nations Unies dans les Balkans, il assiste à la Guerre Civile grecque.

Au milieu des années 50 il est attaché militaire à l’Ambassade française de Hong Kong et rencontre Raoul Salan qui était dans une situation difficile en Indochine ou le Général Américain Edward Lansdale chargé de mater l’insurrection qui se déroule alors aux Philippines.

Fort de ces connaissances sur les méthodes insurrectionnelles et la guérilla, il va mettre en œuvre ses méthodes de contre-insurrection en Kabylie entre 1956 et 1958. Il est invité à parler dans des conférences dans le monde entier, il est écouté et adulé partout, sauf en France. Faute de reconnaissance dans son pays, il décide de partir pour les Etats-Unis et l’Université d’Harvard ou il devient professeur, est écouté et publie son œuvre majeure : La Contre-Insurrection.

Ses travaux tombent graduellement dans l’oubli et ne seront ressortis aux Etats-Unis qu’au moment de la guerre en Irak.

La Contre-Insurrection, écrit en anglais, et publié en 1964, ne fut publié pour la première fois en France dans l’anonymat le plus complet qu’en 2008 avec une préface du Général Petraeus.

Nul n’est prophète en son pays dira-t-on, mais là on frise le ridicule tant son œuvre est importante et devrait être utilisée par nos gouvernants.

Publiée en 1964 aux Etats-Unis, la Contre-Insurrection relate comment il faut s’y prendre pour contrer une insurrection, vaincre des insurgés tentant de prendre le pouvoir dans un pays par la force, par le biais des populations. C’est lui qui a écrit « Le soutien de la population est aussi vital pour les loyalistes que pour les insurgés ».

Aujourd’hui Daech a apporté la guerre en France et utilise une partie crédule de la population, des enfants perdus de la République qui soutiennent le Califat et veulent se battre contre l’État français, quitte à mourir. L’État islamique brille par sa maîtrise des nouvelles technologies et se sert d’Internet pour manipuler facilement les esprits faibles. Cela marche admirablement bien. C’est ce qu’on appelle la Guerre Psychologique, et c’est ainsi qu’ils prennent le dessus sur nous.

Galula nous dit dans sa première loi de la contre-insurrection que forte de cette base populaire, une insurrection renaitra toujours de ses cendres.

Il reprend pour illustrer la difficile lutte contre une insurrection et sa constante renaissance le mythe de Sisyphe, qui fut condamné à faire rouler un rocher sur le flanc d’une montagne, rocher qui retombait toujours à la base et il devait continuellement reprendre tout du début, cette tache étant sans fin.

Galula dit que le pouvoir loyaliste n’a pas de mal à disperser et expulser des forces insurgées par une action militaire, mais celles-ci se reforment ailleurs.

Ce qu’il faut c’est avoir le soutien actif de la population et sa coopération pour tuer cette insurrection. Pour être plus clair cela ne sert à rien de frapper Molenbeek ou je ne sais quel autre bastion de l’islamisme radical car sans la coopération de la population et leur soutien, un autre Molenbeek se formera ailleurs.

Pour David Galula, afin d’obtenir ce soutien il faut s’appuyer sur une minorité active qui est favorable au pouvoir loyaliste.

Pour lui le soutien de la population ne s’obtient que sous certaines conditions : il faut faire précéder toute action politique sur la population par des actions policières et militaires contre les insurgés, ensuite il faut des aides sociales et économiques pour la population et enfin il faut que le loyaliste se montre ferme et déterminé, prêt à employer la force et à faire respecter l’ordre. Force est de constater que l’État français ne remplit même pas la première condition, nos dirigeants préfèrent laisser l’islamisme radical grandir dans l’ombre et tente tant bien que mal de le frapper quand il est trop tard en se vantant d’avoir agi. Nous payons aujourd’hui le laxisme de nos dirigeants et le manque de moyens alloué à cette guerre, qui est bien réelle. Galula a bien dit que « L’intensité des efforts et la quantité des moyens sont essentielles ». Force est de constater que les moyens alloués à la lutte contre le terrorisme sont loin d’être suffisants, le travail de nos policiers et de nos militaires est devenu impossible parce qu’on leur demande d’en faire toujours plus avec des moyens réduits et le gouvernement ne cesse de réduire le budget de la défense. D’une part les budgets alloués à cette lutte contre le terrorisme sont insuffisants, il faudrait rapidement songer à faire passer le budget de la défense à 2 voire 2,5 % du PIB ; nos armées et nos policiers luttent contre de véritables milices mieux armées et mieux équipées qu’elles. Tout cela découle sur des zones de non droit, où les terroristes peuvent préparer leurs attaques en toute impunité. Autre problème, nous ne mettons pas à profit les armes dont nous disposons et nous ne nous donnons pas les moyens de lutter efficacement. Le livre IV du Code Pénal, qui traite du terrorisme et de l’intelligence avec une puissance extérieure n’est pas utilisé, ce que bon nombre de nos hommes politiques ignorent, ainsi ils n’ont de cesse de réclamer un durcissement pénal et de nouvelles lois, mais se rendent-ils compte que tout cela nous ferait perdre du temps et rendrait le travail de la justice encore plus difficile et inefficace ? Nos forces de l’ordre sont réquisitionnées pour des opérations de surveillance et des interventions de grande ampleur qui ne servent à rien ; il est évident que notre armée peut venir à bout d’une milice de salafistes…

Mais ces actions « chocs »font la une des journaux et participent à « améliorer » l’image de nos dirigeants. Ces derniers sont adeptes de l’adage de Clémenceau disant que la guerre est une chose trop sérieuse pour la confier à des militaires, alors ils se passent de l’avis de ceux qui savent ce qu’est la guerre. Les militaires n’ont pas le droit de grève et quand un officier sort des rangs pour se plaindre on lui coupe la tête et le fait taire.

Le Colonel Roger Trinquier est né en 1908, officier parachutiste ayant participé à la Guerre d’Indochine, la Crise de Suez ou la Guerre d’Algérie, il est connu comme étant l’un des théoriciens de la guerre subversive par le biais notamment de son ouvrage de référence, La Guerre Moderne. Dès 1961 il déclare dans la Guerre Moderne qu’une « Forme nouvelle de guerre est née », bien avant Manuel Valls et nos grands dirigeants.

Dans ce livre il explique comment vaincre un ennemi qui refuse toute confrontation directe, tapis dans l’ombre, et utilise le terrorisme pour faire pression sur les populations et déstabiliser le pouvoir.

Tout cela semble encore une fois bien actuel.

Trinquier plaide pour une utilisation des « armes de l’adversaire », pour lui c’est avant tout la fin qui justifie les moyens. Il est persuadé de la nécessité d’adapter l’appareil militaire à la guerre moderne et de frapper sans se poser de questions. Il est bien sûr exclu de frapper de manière aussi immonde et meurtrière que nos ennemis, mais comme nous le savons ils se servent des nouvelles technologies pour convaincre de possibles djihadistes, ainsi nous devons monter des brigades technologiques pour être présent sur internet et les contrer. Ils se servent habilement de la propagande, controns là en mobilisant nos moyens et en se montrant habiles.

 

Il rédige ses lignes en 1961 et pour lui les bonnes mesures ne sont pas prises et l’Armée française se dirige vers une défaite en Algérie faute de mesures fortes, il parle à cette époque d’un aveuglement de la classe politique française qui tout comme les aristocrates durant la bataille d’Azincourt, qui ont refusé d’utiliser arcs et flèches comme les Anglais, vont nous faire perdre. Il n’avait pas tort mais on ne l’écouta pas pour autant, de Gaulle préféra le mettre à la retraite et il fut jeté aux oubliettes de l’histoire.

Aujourd’hui on peut parler d’un aveuglement de la classe politique tout entière, qui ne voit pas (ou ne veut pas voir) la nécessité d’une adaptation, ils sont aveuglés par l’idéologie et le mépris des « fascistes », ignorants qui n’ont rien compris. Pourtant je pense que Roger Trinquier ou David Galula savaient de quoi ils parlaient, ils ont vécu des insurrections et ont un tout petit plus de citations que Messieurs Hollande, Valls, Cazeneuve et consorts.

 

En Indochine et en Algérie, Trinquier a fait face à une guerre subversive, à un conflit généralisé et pour vaincre il a appris qu’il fallait contrôler l’espace et la population, protéger cette population afin d’obtenir son appui. Pour lui la propagande et l’action psychologique sont nécessaires pour lutter contre une insurrection.

Parallèlement il préconise une action de destruction méthodique de l’ennemi par l’armée.

 

C’est ce qu’il nous faudrait aujourd’hui, mais non Monsieur Valls pense plutôt que les Français doivent apprendre à vivre avec le terrorisme car on ne peut pas lutter contre ce fléau selon lui.

N’en déplaise à nos chers hommes et femmes politiques, nous avons déjà dû faire face à une telle guerre, car oui il ne faut pas se cacher et nommer les choses telles qu’elles sont : c’est une guerre contre le terrorisme et l’islamisme radical.

Mais ils ont peur de parler de guerre. Après le massacre d’Orlando Barack Obama n’a jamais prononcé publiquement les mots « islamisme » et « radical » préférant réorienter le débat en disant que le vrai problème c’est la libre circulation des armes aux Etats-Unis, Hillary Clinton en a fait de même tout comme les progressistes aux quatre coins du monde.

Mais le problème n’est pas à chercher là, les armes ne sont pas en libre circulation à Paris, pourtant cela n’a pas empêché les terroristes du 13 novembre de frapper… On entend aussi des gens parler de loups solitaires pour définir les tueurs d’Orlando ou de Nice, pour les libéraux pacifistes c’est suffisant pour dire que ce n’est pas si grave que cela, que ce n’est pas Daech qui a frappé directement, que l’action des gouvernements sont utiles etc.

Trinquier et Galula parlaient de ces appels au meurtre formulés par les mouvements insurgés pour que ce soit la population, des gens comme vous et moi qui frappent, donc c’est tout aussi grave et dire que l’état-major de Daech n’a pas approuvé ces actions qui ne sont pas des attaques en bonne et due forme est une preuve de bêtise.

Aux Etats-Unis, Donald Trump n’a pas peur de nommer les choses et cela lui réussit, il monte dans les sondages, et celui qui n’était qu’une blague populiste pour certains libéraux est en train de prendre sa revanche, en se servant des faiblesses de ses opposants.

Sa politique du « Si je suis élu je renvoie tous les musulmans chez eux » est grotesque et ne résoudra aucun problème, mais devant la multiplication des attentats islamistes les Américains vont se dire que ça pourrait marcher, car oui, tous les islamistes sont (ou en tout cas se disent) musulmans.

Mais il ne faut pas faire le jeu de Daech, tous les Musulmans ne sont pas islamistes, loin de là, ils voudraient bien les dresser contre nous, leur faire croire que les pays occidentaux ne veulent pas d’eux et qu’il faut donc nous combattre.

L’état d’urgence c’est bien mais c’est loin d’être suffisant, il faudrait penser à l’appliquer réellement (et ne pas faire de cadeaux aux syndicalistes par exemple), lui allouent de véritables moyens (augmenter le budget de la Défense d’un point de PIB ne serait pas de trop, de nouveaux policiers et militaires engagés non plus) et se mettent dans la tête que nous sommes bel et bien en guerre. Mais les pleurnicheries et autres manifestations pacifiques ne serviront à rien, ces gens-là veulent la mort de notre pays et de ses valeurs.

 

Pierre Clairé

 

David Galula, Contre-Insurrection : théorie et pratique, traduction de Philippe de Montenon, Economica, 2008.

Roger Trinquier, La Guerre Moderne, La Table Ronde, 1961.

 

1 http://www.gouvernement.fr/sites/default/files/document/document/2015/11/20151119_discours_de_manuel_valls_premier_ministre_-_projet_de_loi_sur_la_prorogation_de_letat_durgence.pdf

2 http://www.europe1.fr/politique/manuel-valls-ce-nest-pas-une-guerre-comme-les-autres-2700418

3 http://www.franceinfo.fr/fil-info/article/attentat-de-nice-nous-avons-une-uberisation-de-la-guerre-qui-fait-que-ce-n-est-plus-controlable-805859

4 https://www.huyghe.fr/dyndoc_actu/44e16dd83e0c2.pdf

5 http://www.liberation.fr/planete/2012/11/11/le-theoricien-de-la-contre-insurrection_859744


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