Le grand cri du commandant de Gaule : Bénies soient les miraculeuses armes de guerre ! (8)

Le grand cri du commandant de Gaule : Bénies soient les miraculeuses armes de guerre ! (8)

par Michel J. Cuny
vendredi 11 juillet 2025

À la page 8 et dernière du numéro du 31 mars 1932 du journal L’Écho de Paris, le commandant de Gaule en était à se laisser épater par les merveilleux effets des armes :

« Friches, incendies, famines, voilà leurs beaux résultats. »

De ce côté-là, elles étaient particulièrement nécessaires à la promotion de l’élite militaire dont la France avait, à l’époque et selon lui, un très urgent besoin… Déjà la fin de la Grande Guerre était loin, malheureusement : 14 ans… Vivement la prochaine !

Certes, les masses n’aiment guère les « friches, incendies, famines » si gentiment produites par les armes… Insistons-y…
« Les armes furent, de tous temps, les instruments de la barbarie. Elles ont assuré contre l’esprit le triomphe de la matière, et de la plus pesante. Constamment la raison en fut opprimée, le jugement bafoué, le talent meurtri. Point d’erreurs qu’elles n’aient défendues, point d’ignorants qui n’y recourussent, point de brutes qui ne les aient brandies. Cependant, les lumières qui en ont jailli, éclairèrent, bien souvent, le domaine de l’intelligence. À leur appel, la science et l’art ont ouvert aux humains des sources merveilleuses de connaissance et d’inspiration. Fin des plus hautes spéculations, objet des plus nobles recherches, elles ont mérité d’être aimées du Génie. »

Le Génie, c’est ce qui règne sur les élites… Manifestement, dans la France de 1932, la place était à prendre… Par qui ? Et en usant de quels moyens ? Nous ne le saurons pas cette fois-ci…

Mais retenons cette première leçon… « Constamment la raison en fut opprimée, le jugement bafoué, le talent meurtri. Point d’erreurs qu’elles n’aient défendues, point d’ignorants qui n’y recourussent, point de brutes qui ne les aient brandies.  » 

S’agirait-il, là, des frères d’armes du commandant de Gaule : les « ignorants », les « brutes » ?... Observons-le lorsqu’il se penche avec délice sur les fourneaux du diable…


« Les armes remuent au fond des cœurs la fange des pires instincts. Elles proclament le meurtre, nourrissent la haine, déchaînent la cupidité. Elles auront écrasé les faibles, exalté les indignes, soutenu la tyrannie. On doit à leur fureur aveugle l’avortement des meilleurs projets, l’échec des mouvements les plus généreux. Sans relâche, elles détruisent l’ordre, saccagent l’espérance, mettent les prophètes à mort. »

Ne croirait-on pas qu’il jouit, le gaillard !... Mais si, mais si, et c’est déjà ce qui le prenait dans le bas ventre quand, adolescent, il s’enchantait de la guerre, et des jouissances qu’elles produisent chez tout « mâle » bien constitué… Qu’on aille voir dans les documents publiés par son fils Philippe !…

Mais ne contestons surtout pas cette morale de truand… Aussitôt, il va nous démontrer qu’agissant de la pire des façons avec les armes, on agit de la meilleure des façons pour l’humanité prise du côté des… élites qui s’en repaissent et jusqu’à s’en faire vomir…
« Pourtant, si Lucifer en a fait usage, on les a vues aux mains de l’Archange. De quelles vertus elles ont enrichi le capital moral des hommes ! Par leur fait, le courage, le dévouement, la grandeur d’âme ont atteint les sommets. Noblesse des pauvres, pardon des coupables, elles ont, du plus médiocre, tiré l’abnégation, donné l’honneur au gredin, la dignité à l’esclave. Portant les idées, traînant les réformes, frayant la voie aux religions, elles répandirent par l’univers tout ce qui l’a renouvelé, rendu meilleur et consolé. »

N'en déplaisent aux pacifiques d’entre les pacifiques…
« Les armes ont torturé mais aussi façonné le monde. Elles ont accompli le meilleur et le pire, enfanté l’infâme aussi bien que le plus grand, tour à tour rampé dans l’horreur ou rayonné dans la gloire. Honteuse et magnifique, leur histoire est celle des hommes. Elles sont générales, multiples, éternelles, comme la pensée et comme l’action. »

Alors, c’est quand qu’on recommence ?... C’est qu’il nous manque encore l’Hitler… Il ne devait arriver à la Chancellerie d’Allemagne que neuf mois plus tard… Mais si le commandant de Gaule s’impatiente, il ne perd pas l’espoir d’obtenir bientôt la belle jouissance d’une guerre plus atroce que jamais… vu les progrès de l’armement, justement… Et encore, c’est sans parler des chars…
« Certaine illusion pourrait donner à croire que le rôle des soldats, si vaste fût-il dans le passé, est en voie de disparaître et que l’univers d’à-présent peut enfin se passer d’eux. »

Affaire de lâches, que tout cela… Qu’on aille voir de près un accident de voitures encore tout chaud des blessés et des morts qui y répandent leur sang, et l’on verra s’y agiter tous les progrès de l’humanité : médecins, infirmiers, spécialistes du désencastrement, véhicules de pompiers du plus bel effet, et encore des rivières de pleurs, des manifestations du désespoir le plus profond… Grandeur de l’humanité qui basculent, en si peu de temps, du meilleur au pire, et du pire au meilleur… Et vlan, envoyez les peaux de bananes, qu’on puisse remettre cela aussi vite que possible…

Eh oui, la jouissance sadomasochiste, ça existe… Il suffira de se soumettre quelques millions de couillons pour les envoyer à la grande castagne qui fait monter les prix de tous les galons jusqu’au plus haut…

En attendant, laissons-les dormir encore un peu, mais sans entretenir la moindre illusion quant à ce qu’on leur prépare, mais en réchauffant la leur autant que nécessaire, puisque…
« elle offre aux masses un bienfaisant réconfort. Mais comment les guerriers s’y laisseraient-ils tromper ? Ces gens dont, depuis dix ans, l’on a tant exigé, qui ont dû garder le Rhin, occuper Francfort, Düsseldorf, la Ruhr, prêter main-forte aux Polonais et aux Tchèques, demeurer en Silésie, à Memel, au Schleswig, surveiller Constantinople, rétablir l’ordre au Maroc, réduire Abd-El-Krim, soumettre « la Tache » de Taza, s’opposer aux rezzous sahariens, prendre pied au Levant, pénétrer en Cilicie, chasser Fayçal de Damas, s’installer sur l’Euphrate et sur le Tigre, réprimer l’insurrection du Djebel Druze, montrer la force en tous points de nos colonies d’Afrique, d’Amérique, d’Océanie, contenir en Indo-Chine l’agitation latente, protéger au milieu des émeutes et des révolutions nos établissements de Chine, ces soldats d’un empire qui, sans eux, s’écroulerait aussitôt, ces officiers dont il est mort en campagne un millier depuis l’armistice, plus que la Grande-Armée n’en perdit au total à Ulm, Austerlitz, Iéna et Eylau, plus qu’il n’en est tombé en 1870 du matin de Wissembourg jusqu’au soir de Saint-Privat, au nom de quoi et pour quels motifs perdraient-ils la fierté d’eux-mêmes. »

Tout cela est certes fort long, surtout qu’aucun point ne permet d’y reprendre son souffle… Mais c’est tellement jouissif dès que ça commence à tirer un peu !...

Michel J. Cuny

 


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