Le marxisme : une étude historique des contingences fétichistes

par Jo.Di
jeudi 7 avril 2016

Le Marx « populaire » est connu par son regard hégelien de l’Histoire motorisée par la « lutte des classes », histoire moderne donc, qui commence avec les échanges, et l’évolution interne du capitalisme influençant toute l’humanité. Pour exemples, le passage de la féodalité à la bourgeoisie sous la pression de la structure de production industrielle, effaçant la production terrienne, où plus ancien, le passage du germain nomade dans sa forêt au seigneur fixé au fief, et ses serfs agricoles. Structure de production imposant infrastructure des institutions. Et évolution du capitalisme imposant évolution des sociétés modernes, du capitalisme bourgeois national colonialiste, au capitalisme libertaire sans frontière du mondialisme.

Mais le point important ici du marxisme est que ces évolutions qui semblent conséquences de progrès scientifiques, donc recherchées, ne sont en fait jamais contrôlées par les sociétés. Ce qui, dans notre modernité, se traduit par ce sentiment d’incapacité de gérer le massacre écologique, le pillage des ressources, la natalité, la finance etc ...
Et Marx en donne l’explication, qui est le fondement de sa théorie : toute société humaine a besoin pour se diriger de médiateurs fétiches. Le marxisme est l’histoire de ces contingences fétichistes inventées par l’homme pour ses rapports sociaux, des tabous de la tribu primitive, au fétichisme de la valeur marchandise, en passant par les rapports magiques des sociétés religieuses. Le sens de l’Histoire n’est pas la Providence de Hegel, mais la recherche permanete d'un fétichisme médiateur, et celui du capitalisme n’en est que le dernier avatar.



La rationalité du système actuel tient autant de l’apparence et de l’irrationnel que la religion. C’est pourquoi Marx, dans le Capital, n’avoue pourvoir prendre que le mysticisme moyenâgeux comme illustration des rapports magiques qu’entretient la société capitaliste avec la marchandise. Aucune société n’a eu réelle conscience d’elle même et n’a pu se fixer un objectif d’avenir, être capable d’utiliser librement ses possibilités. Donc Marx, à la suite d’Hegel, pose le problème de la maîtrise de l’Histoire, notamment quand le présent fétichisme perd de sa crédibilité, c’est le cas de la période actuelle. De la main invisible de la Providence où des ancêtres à celle du Marché, toute croyance meurt.

« La dîme à fournir au prêtre est plus claire que la bénédiction du prêtre. »

Dans le Capital (livre I) Marx y explique que le fétichisme de la valeur de la marchandise est le masque que porte tout individu dans ses rapports sociaux du système capitaliste : de par la pratique de production marchande d’échange, il déguise son rapport social en rapport de choses produites. Et Marx souligne que ce ne fût pas le cas dans les sociétés antiques, moyenâgeuses, asiatiques etc ... Ce n’est pas le cas non plus pour Robinson seul sur son île. Les choses ne sont pour lui que leur utilité, l’argent n’en a aucune, du fait de l’absence d’échange possible... Les rapports serf-seigneur-prêtres ne sont aussi que des rapports de dépendance/hiérarchie personnels. Et c’est PRECISEMENT par ce que ces rapports sont personnels que les services et produits ne prennent pas figure de fétiches travestis. Le travail s’arrête à sa forme sociale (la praxis), naturelle.
Mais dans une société d’échanges marchands, les producteurs sont amenés à comparer les VALEURS de leurs produits, et particulièrement dans une société chrétienne égalitaire (droitdelhommiste) de l’individu abstrait, indifférencié, donc qui par essence ne peut se différentier que par sa production marchande. Du mépris de la nécessité des anciens au confucianisme, les sociétés en contre-exemples ont parsemé l’histoire. Et Marx pose le peuple juif (« L’Argent est le Dieu jaloux d’Israël » La question juive) comme l’éprouvette heuristique du monde moderne, au sein même d’un monde antique à la morale toute religieuse, panthéiste où guerrière.


La modernisation du capitalisme (vers la social démocratie) était la destinée de la lutte des classes, qui devait tuer la « dictature des morts », la tradition, la religion la famille, la nation etc ... fausses consciences. Elle ne pouvait aboutir qu’à l’aumône privée où institutionnalisée, et de bon ton capitaliste, complètement dénuée de critique radicale, car toujours placée sur le plan de la marchandise. Le travail non-rémunéré va côtoyer le salaire sans travail, dans un fétichisme marchand automatique, sans alternative, par définition même du fétichisme, le « réalisme » cher au système.

Le marxisme est donc cette étude des fétichismes de l’Histoire, qui scellent les destinées des sociétés humaines, par leur représentation phénoménologiques des rapports sociaux. Ce n’est pas juste « le Capital taxait honteusement de la plus-value au prolétaire, mais c’est fini » ... comme veut le faire croire ses contempteurs (où les marxistes qui n’ont pas lu Marx comme dit Onfray), qui peuvent alors proclamer « la fin de l’Histoire » (Fukuyama).


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