Le peuple de France n’existe pas

par Gavroche
jeudi 3 décembre 2009

Leçon du jour : Apprendre à mourir pour la patrie. Cette caricature d’un tableau d’école de la IIIème République n’aurait naturellement plus sa place dans les classes de nos enfants, mais nous interroge sur le sens, le fond de l’identification à la nation Française aujourd’hui. Dans nos sociétés pacifiées, la conscience d’intégrer un ensemble national est toujours présente. Il suffit de regarder les difficultés que connait actuellement l’Europe à faire accepter l’idée d’une identité Européenne. Qu’est-ce que la nation ? Retour, avec cette question copier-coller de la conférence d’Ernest Renan, sur les enjeux du sentiment national aujourd’hui.

La nation n’existe pas en soi. C’est un constat que de nombreux chercheurs ont appuyé. Anderson en développant sa théorie de la "communauté imaginaire" ou encore Hobsbawm, Sand ou Gellner, ont tous posé une évidence. La nation n’est qu’une idée, une "illusion". La seule qui permette à 60 millions de personnes de vivre ensemble, de croire malgré l’inégalité et l’hétérogénéité inhérente à tout groupe qu’ils sont liés. Seule la nation semble en mesure de faire croire, à un berger pyrénéen qu’il est plus proche du banquier parisien, que le même berger de l’autre côté de la frontière, à quelques kilomètres à peine. Pourquoi sont-ils plus proches ? Ils ne parlent pas la même langue, n’ont pas les mêmes coutumes, les mêmes conditions de vie, le même mode d’existence, pourtant ils se sentent Français. Peut-être parce que leurs grands-pères ont combattu ensemble à Verdun, peut-être parce qu’ils ont déposé tous deux, une gerbe de fleur devant le monument aux morts communal, au côté du maire et du professeur. Peut-être parce-que l’Etat n’a cessé de créer des artifices qui rendent la nation concrète, l’identification à un drapeau, à une hymne. Ce qui fait exister une nation, ce qui crée le sentiment national dans chacun de nous, ce sont les efforts pour prouver qu’elle existe, pour la rendre visible. Une identité nationale donc, se construit, se forge par la volonté Etatique. Ce n’est que l’aboutissement d’une idée, d’un principe qui évolue et qui ne cesse de faire appelle à des référentiels identitaires différents.
 
Histoire de...
 
L’histoire est le référentiel le plus utilisé par les hommes politiques. Vu sans doute comme le plus puissant, chaque époque puise dans l’histoire, des éléments en accord avec le message identitaire qu’elle souhaite faire passer. L’évolution des référentiels historiques choisis par les hommes politiques témoigne des constructions que subit toute identité nationale. Cela témoigne de son artificialité. Savez vous, par exemple, que l’on ne retrouve dans aucun texte historique arabe, la présence de "la célèbre bataille de Poitiers de Charles Martel". Erreur des historiens Musulmans ou valorisation d’une bataille peu décisive pour unifier un royaume morcelé ? Napoléon est passé de la gloire à la déchéance en un siècle. Guy Môcquet est devenu par un simple volontarisme politique, un symbole de la résistance. Il suffit parfois de piocher dans le passé, dans l’histoire des faits susceptible de reformer une mémoire collective, dans laquelle chacun puise d’identifier.
 
Toujours face à un autre.
 
Une identité ne se construit que face à un autre, en confrontation avec une identité d’opposition. Je suis que ce que je suis parce que je me distingue d’un autre. L’identité personnelle n’existe que parce qu’elle différente des autres. Le Rwanda est l’exemple le plus tragique de cette construction identitaire basé sur l’autre. Le meurtre identitaire des Hutus envers les Tutsis, avait pour but de renforcer le sentiment d’appartenance à un groupe qui n’a aucun fondement concret. Loin de l’horreur Rwandaise, chaque Etat tente d’unifier le groupe dont il a le gouvernement. Hier, c’était l’Allemand, à qui il fallait reprendre l’Alsace et la Lorraine, qui était l’identité repoussoir sur laquelle s’est construit le peuple France. Aujourd’hui la tendance est à stigmatiser les immigrés clandestins, les difficultés d’intégration, sans regard aucun, pour les conditions sociales. En unifiant artificiellement un groupe autour d’une idée nationale, sans regard sur les conditions sociales inhérentes à tout groupe, l’Etat cherche à maintenir une unité au sein du pays qu’il gouverne, afin d’éviter les tensions qui le mettraient en péril. Une nation n’existe pas sans ce volontarisme politique. Les efforts quotidiens qu’il met en place pour donner une définition de l’identité nationale, l’évolution des référentiels invoqués pour lui donner une signification,sont les meilleures preuves de l’artificialité d’une nation en tant que soi. A nous de poser régulièrement la question : A qui et à quoi sert l’identité nationale ?
 
 

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