Le philosophe et le taliban
par politzer
mercredi 15 avril 2026
Le philosophe et le taliban
« Im Anfang war die Tat. »
Au commencement était l’acte
Au commencement était l’acte. C’est ainsi que Goethe, dans Faust, fait conclure son héros après une longue hésitation devant le premier verset de l’Évangile selon saint Jean. Faust rejette successivement le Verbe, le Sens et la Force pour placer au fondement de toute chose l’acte, l’action concrète, décisive, irréversible.
Cette formule célèbre prend aujourd’hui une résonance inattendue et cruelle dans la France du XXIe siècle.
La France s’est voulue, depuis deux siècles, le pays du philosophe matérialiste. Voltaire, Diderot, Marx, Sartre :
ici, on a chassé Dieu de l’espace public, réduit la religion à une affaire privée, et proclamé que la matière, l’économie et la raison suffisaient à expliquer le monde.
La religion ? « L’opium du peuple », une illusion consolatrice destinée à faire supporter l’exploitation capitaliste. Le curé traditionnel, avec sa soutane et son paradis, était accusé de détourner les prolétaires de la lutte des classes en leur promettant une récompense dans l’au-delà.Ce matérialisme athée a triomphé. Les églises se vident, la pratique catholique s’effondre, la mort devient un tabou gênant, et la société se veut entièrement sécularisée. Plus de transcendance, plus de sens métaphysique offert aux souffrances de l’existence. Seul reste le consumérisme, l’angoisse individuelle et le vide.
C’est dans ce vide que surgit inopinément une nouvelle figure :
le taliban.
Non pas nécessairement l’Afghan armé, mais la figure symbolique de l’islam rigoriste qui s’implante dans les banlieues et certains quartiers français.
Contrairement au vieux curé affaibli, celui-ci ne se contente pas de consoler. Il offre une béquille métaphysique puissante : un sens total à la vie et à la mort, une communauté solidaire, des règles claires, une identité forte, et surtout une promesse d’au-delà qui rend supportable la précarité, l’échec scolaire ou l’exploitation salariale.
Il propose un nouvel obscurantisme structuré, plus conquérant et plus exigeant que l’ancien.
Et voici la contradiction spectaculaire : une partie de la gauche matérialiste, celle qui se réclame (l'imposteuse !) encore de Marx et de la laïcité, est devenue l’évangélisateur de ce nouvel opium du peuple.
Jean-Luc Mélenchon en est l’incarnation la plus visible. Athée revendiqué, fils de la tradition anticléricale, il aurait dû, selon la logique marxiste ( qui lui est étrangère), combattre cette nouvelle religion comme une aliénation supplémentaire. Au lieu de cela, il la protège, la défend contre toute critique, minimise les dérives islamistes, et transforme les « quartiers » en base électorale en opposant « les dominés » (musulmans) aux « dominants » (la France laïque et blanche).
Pourquoi ce retournement ?
Parce que, comme Faust l’avait pressenti, au commencement est l’acte. L’acte politique prime désormais sur la cohérence idéologique. Face au rapport de forces démographique, au poids électoral grandissant et à la vitalité démographique des populations issues de l’immigration musulmane, le soi-disant matérialiste choisit l’alliance pragmatique plutôt que le combat principiel. Il préfère accompagner le remplacement culturel plutôt que de défendre la laïcité qu’il prétendait incarner.
Ainsi, le matérialisme athée français, après avoir tué son propre Dieu chrétien, offre maintenant le terrain idéal à une religion plus forte, plus structurante et plus totalisante.
Le taliban devient le nouveau curé :
il fournit l’opium moderne qui permet aux exploités de supporter le capitalisme sans se révolter contre lui de manière matérialiste. Mieux : il offre une identité et une consolation que le matérialisme consumériste est incapable de procurer.
Le philosophe reste enfermé dans ses textes, ses nuances et ses hésitations. Le taliban, lui, passe directement à l’acte : imposer sa vision, occuper l’espace public, structurer les esprits et les corps. Et une partie de la gauche, reniant son propre héritage, lui tend la main.
Au commencement était l’acte.
Pas le Verbe laïque, pas la Raison, pas la lutte des classes.
L’acte du remplacement, l’acte de la réislamisation, l’acte de la nouvelle alliance entre l’ancien matérialiste et le nouveau croyant.La France athée a cru pouvoir se passer de Dieu. Elle découvre aujourd’hui qu’elle a simplement changé de religion… et que le nouveau prêtre est bien plus exigeant que l’ancien.