Le pied dans la porte
par olivier cabanel
vendredi 2 janvier 2009
Après avoir testé sans grand succès la technique de la réforme à la hussarde, Nicolas Sarkozy tente une nouvelle technique : celle du pied dans la porte.
Cette technique bien connue des marchands de « porte à porte » consiste, devant le refus déterminé de l’importuné, à glisser un pied entre la porte et le chambranle, afin de se donner une ultime chance de convaincre l’acheteur.
Même si on peut juger le procédé parfaitement déloyal, il faut reconnaître qu’il peut être porteur de succès.
Mais revenons à cette nouvelle stratégie sarkozienne.
Devant l’agitation estudiantine, dont l’intensité ne faillit pas, avec en arrière plan les émeutes en Grèce, il fallait lacher du lest.
Le pied dans la porte, donc.
On sent bien que le produit ne plait pas, et que l’acheteur est tout, sauf convaincu.
Alors, on recule.
Pour mieux sauter bien sur.
On se donne du temps de « réflexion », jouant le pourrissement de la situation, puis on revient à la charge, puisque le pied est toujours dans la porte.
Cette stratégie a déjà porté ses fruits avec la nomination par le chef de l’état du grand patron des radios et télés publiques.
La disparition de la publicité après vingt heures faisant office de « rideau de fumée », pour mieux cristalliser la mobilisation sur un sujet ou la gauche n’est pas trop à l’aise.
En effet, cette disparition de la pub dans les écrans de télévision avait été envisagée, puis abandonnée par les socialistes lorsqu’ils étaient au pouvoir.
Mais personne ne doute que la vraie réforme soit la mise en coupe réglée du service public, le chef de l’Etat s’octroyant la possibilité de révoquer ceux qui auraient le malheur de déplaire.
Pour comprendre cette volonté présidentielle, il faut remonter au moment de l’élection.
Lors d’un interwiew sur France 3, particulièrement désagréable pour le chef de l’Etat, lequel ne s’en était pas caché, chacun avait pu constater la colère du futur président, puisque « malacontreusement » les micros étaient restés ouverts.
On avait pu entendre les menaces directes proférées par le candidat présidentiel à l’encontre des journalistes qui l’avaient si cavalièrement reçu.
Or on sait le chef de l’Etat particulièrement susceptible sur ce terrain, un certain PPD l’a payé assez cher.
L’affront sera vengé.
Pour y parvenir, il fallait procéder par étape.
D’abord celle du pied dans la porte.
Décider de l’arrêt de la pub après vingt heures, faisant par la même occasion un cadeau royal aux télés privées, dont le grand ami du président, propriétaire de TF1 sera l’heureux et principal bénéficiaire.
Puis se donner la possibilité de révoquer le directeur des programmes, ceci lui permettant en douceur de se débarrasser des journalistes irrévérencieux.
Même situation pour la privatisation de la Poste.
Les Français sont très attachés à cette institution, même s’ils ralent régulièrment dans les longues, très longues files d’attente, s’interrogeant sur l’activité de ceux qu’ils voient s’agiter dans les bureaux, sans venir pour autant ouvrir un des nombreux guichets laissés à l’abandon.
Sauf que, dans les petits villages, les bureaux de la Poste ne seront jamais rentables, même s’ils rendent de très appréciables services.
Dans notre pays aux 36783 communes, la grande majorité est constituée de bureaux de Postes qui ne seront que rarement rentables, et la fermeture de ceux ci au nom de la rentabilité passera difficilement.
Le pied dans la porte, donc.
On ne parle plus de privatiser, mais seulement de faire rentrer des capitaux publics.
Ce qui permettra par la suite, et en douceur, de faire rentrer des capitaux privés, puis de privatiser, et enfin de fermer les bureaux non rentables.
Reste à savoir comment le citoyen réagira.
Va-t-il à son tour, d’un grand coup de pied bien placé dégagé ce pied qui lui empêche de fermer sa porte ? Ou bien se laissera-t-il convaincre par les sirènes sarkoziennes ?
Après le pied dans la porte, le président se prendra t-il les pieds dans le tapis ?
Nous le saurons sans doute bientôt.
Car comme disait un vieil ami africain :
« Le coq qui chante si fièrement ne doit pas oublier qu’il vient d’un œuf ».