Le pirate rit
par Krokodilo
vendredi 10 octobre 2025
- Monsieur le président, les Français ont peur : la Russie serait aux portes de l’UE, et maintenant cette grave crise politique – certains parlent de chaos. Où va-t-on ?
- Je les rassure : jamais je ne les abandonnerai ! Je suivrai l’exemple héroïque du président Zélenski, resté au pouvoir longtemps après la fin de son mandat. Je ne reviendrai pas sur la réforme des retraites et, s’il le faut, je tiendrai la barre du navire amiral jusqu’à 67 ans et au-delà.
- Certains Français n’ont pas cette patience et réclament votre démission...
- Démission ? Non : j’ai une mission sacrée ! Celle de résister à la Russie jusqu’à ce que la Crimée redevienne ukrainienne ! Et je peux vous dire que c’est pas pour demain, et ça coûtera bonbon aux Français.
- Clarifions ce point, si vous le voulez bien, monsieur le président !
- Je le veux.
- Nous ne sommes pas en guerre avec la Russie, avez-vous affirmé, quoique nous soyons en état de « confrontation permanente ». Récemment, nos commandos ont abordé un pétrolier de « la flotte fantôme russe », à la suite de quoi le président Poutine vous a accusé de piraterie…
- Que nenni ! « Piraterie », quel vilain mot ! Quel grossier personnage que ce Poutine ! Il s’agit plutôt de retrouver les grandes heures de la flibuste, lorsque la France, la GB, la Hollande ou l’Espagne, grandes puissances maritimes, armaient les plus valeureux de leurs corsaires. Aucun navire russe n’eût alors osé venir nous narguer face à nos côtes, fût-ce dans des eaux prétendument internationales.
- Doit-on considérer cet abordage comme une redéfinition des règles du commerce ?
- Tout à fait, mon brave : je vais d’ailleurs proposer au sieur BHL ainsi qu’à tous les dignes représentants de l’esprit guerrier, si nombreux dans nos gazettes, de venir chercher leurs lettres de marque, afin qu’ils puissent courir sus à l’ennemi au nom du Roi, euh… du prince, enfin, de la démocratie.
- Pourquoi avoir opté pour un assaut plutôt qu’un bombardement du navire, comme l’ont fait les USA au large du Venezuela ?
- Comme vous y allez ! J’admire votre enthousiasme, digne de LCI, mais une marée noire eût indisposé les gueux du bord de mer.
- Ce souci écologique vous honore, et satisfera le Bureau maritime international.
- Que m’importe ces organisations tatillonnes ! Qu’on le proclame par tous les médias : tout corsaire qui ramènera un tanker de pétrole russe se verra offrir des terres en Crimée !
- Et le reste de l’Ukraine ?
- Ces maudits anglais y ont déjà planté leurs dents et leur drapeau… Ils nous ont trumpés.
- M. Poutine accuse également l’UE de vol, celui des avoirs russes dont certains veulent saisir les intérêts, voire le capital lui-même… Euroclear et Bruxelles s’inquiètent des répercussions sur la confiance en l’euro.
- Fébrilité de petites gens. Le vainqueur, toujours, récompense ses troupes grâce au pillage et renfloue ainsi ses finances ! Vae victis, c’est une constante historique plurimillénaire : regardez le pétrole irakien.
- Mais… avant de piller, il faut gagner ! Et nous n’avons même pas commencé...
- Alors appelons ça une avance sur trésorerie !
- Mais, monsieur le président, ce vol, pardon, ce pillage légitime n’est-il pas un peu prématuré ? Ni la France ni l’Otan ne sont officiellement en guerre, vous l’avez dit !
- Je l’ai dit, mais le pensais-je ?..
- C’est justement cette situation confuse, ambigüe, qui angoisse les Français !
- Broutilles que tout cela ! Vous connaissez ma devise, gravée sur mes armoiries : "En même temps" ! Comme ce vieux roman russe, la France est en « Guerre et paix » ! Ah ! Ah !
- Mme von der Leyen a évoqué l'édification d’un mur anti-drones...
- Pas un mur de briques, il y faudrait trop de sable et de béton, ce ne serait pas écologique. Même elle n’y songerait pas.
- L’UE va-t-elle faire appel à l’expertise des Ukrainiens, avec par exemple des drones filo-guidés ?
- Monsieur le plumitif, la France ne se contente pas de copier, elle innove !
- Des canons de brouillage alors ?
- Oui, mais en plein ciel, sur des taxis-drones ! Grandiose vision, n’est-ce pas : des milliers de soldats du ciel échelonnés sur toute la frontière de l’UE, en vol stationnaire, protégeant nos frontières !
- Il en faudra vraiment beaucoup…
- Certes ! Encore un succès à mon actif : plusieurs milliers d’emplois créés ! Et un formidable coup de pouce à l’industrie.
- Ne reste donc plus qu’à déclarer le guerre à la Russie.
- À Dieu plaise ! Si les François ne me jettent pas dehors avant, je jetterai le gant à Poutine !
- Et pour quelle raison allons-nous défier la Russie, rappelez-le aux Français qui vont mourir et vous saluent…
- Je ne sais plus... ah oui ! La menace russe, mais au fond, quelle importance ? Seuls comptent la bravoure et l’honneur !