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Le problème étatsunien - considérations stratégiques

Le problème étatsunien - considérations stratégiques

par Stratediplo
samedi 10 janvier 2026

Tout ce qui touche les Etats-Unis d'Amérique, deuxième puissance économique et nucléaire au monde, troisième puissance démographique mais surtout première puissance monétaire, concerne le reste du monde.

Et en tout premier lieu le reste du monde est concerné parce qu'il nourrit les Etats-Unis, par le mécanisme que ceux-ci appellent le Free Lunch et qui consiste à importer gratuitement tout ce dont ils ont besoin, grâce à l'impression monétaire effrenée de leur monnaie le dollar et au maintien artificiel du pouvoir d'achat de cette monnaie. En dépit d'objectifs stratégiques divers voire parfois opposés compte tenu de la multiplicité des centres de pouvoir dans ce pays peu centralisé, son intérêt vital suprême est le maintien de ce repas sur le dos du reste du monde, et donc de l'instrument de cette prédation, l'acceptation mondiale, comme moyen de paiement, du dollar qu'ils impriment à volonté. Ce système, instauré par la ruse en 1944 et maintenu par la trahison en 1971, est aujourd'hui extrêmement menacé, en raison notamment d'une impression monétaire excessive, et de l'endettement astronomique des Etats-Unis.

L'insolvabilité latente des Etats-Unis inquiète leurs créanciers, et depuis 2025 les réserves des banques centrales contiennent plus d'or que d'obligations étatsuniennes (ou d'euros), même si les liquidités en dollars prédominent encore. Assise sur les plus grosses réserves de change au monde la Chine a commencé à se défaire massivement, mais discrètement (pour éviter un effondrement brutal de la valeur de ses créances) de ses obligations étatsuniennes après la crise du surendettement étatsunien de 2008 (pudiquement appelée crise des "subprimes" par la presse économique), suivie par d'autres pays. Assise sur les cinquièmes réserves de change au monde la Russie a cessé de détenir des dollars, puis des euros, après le vol (pudiquement appelé "gel") de ses réserves déposées en Europe occidentale. Et en 2025 les BRICS ont annoncé l'étude d'une unité de compte commune pour leurs échanges, basée sur leurs monnaies et sur l'or, afin d'éviter d'utiliser le dollar. Pour mémoire les BRICS ne représentent qu'un quart du commerce international mais plus de 40% du produit économique (PIB) mondial.

L'imposition du dollar pour monnaie des échanges internationaux a été impulsée par le pacte du Quincy, par lequel l'Arabie Séoudite s'engageait, en 1945, à ne vendre de pétrole qu'en dollars. C'est d'ailleurs ce qui a obligé l'OPEP à quadrupler le prix du pétrole, deux ans après que les Etats-Unis aient en 1971 fait défaut sur leur engagement de restituer à prix constant en dollars, à tout moment, l'or que les autres pays leur avaient confié pour obtenir leur premiers dollars.

Le système pétrodollar est si vital pour les Etats-Unis qu'ils détruisent tout pays producteur de pétrole qui tente d'en sortir, comme l'a compris l'Arabie Séoudite qui après deux ans d'hésitation n'entre pas aux BRICS puisqu'entre eux ils commercent de moins en moins en dollars.

En 2002 l'Irak a déclaré que désormais le prix de son pétrole serait fixé et payable en euros exclusivement (il avait été autorisé par l'ONU fin 2000 à ne plus vendre son pétrole en dollars). Avec l'aide de nombreux pays occidentaux et arabes, et d'un nouveau prétexte par mois, les Etats-Unis ont attaqué et détruit ce pays début 2003… et leur première décision après la victoire fut de rétablir le dollar comme unique monnaie de paiement pour le pétrole irakien (et accessoirement de piller les trésors archéologiques assyriens et babyloniens). En 2010 la Libye a décidé de vendre son pétrole en euros, et de plus invité les pays africains à créer une monnaie commune garantie par l'or comme l'était le dinar libyen. Avec l'aide des Frères Musulmans et de l'OTAN dont la France nouvellement membre, les Etats-Unis ont attaqué et détruit ce pays au printemps 2011… et leur première décision après la victoire fut de restaurer le dollar comme monnaie de paiement pour le pétrole libyen (et accessoirement de voler les réserves d'or libyennes).

En 2024, sous blocus maritime et financier étatsunien, le Venezuela a accepté la proposition chinoise de paiements hors système dollar, d'une part en yuan renmimbi et d'autre part en coupons électroniques. La Chine, première économie et premier exportateur au monde, ne veut plus être payée en monnaie d'un pays insolvable (dollars) et allait proposer à d'autres pays le système mis en place avec le Venezuela. Si les chiffres de 2025 sont publiés ils révèleront que la Chine, récemment encore client marginal du Venezuela, lui a acheté l'an dernier de l'ordre de 80% de sa production (le reste a été acheté par les Etats-Unis). Et moyennant investissement financier et humain, la Chine aurait certainement pu ramener la production à son niveau d'avant l'impéritie socialiste, c'est-à-dire encore la tripler. Les "bonnes décisions" que les Etats-Unis exigent de la présidente intérimaire Delcy Rodriguez (qui avait stabilisé l'économie par des accords avec la Chine, la Russie et l'Iran) commencent évidemment par la fin immédiate de tout autre moyen de paiement que le dollar.

Contrairement à ce qu'il fait dire à sa marionnette de président Trump, le premier producteur mondial n'avait pas de besoin immédiat des premières réserves au monde, surtout que ce pays n'est en rien capable d'anticipation stratégique à long terme. De plus le contexte actuel, encore constaté par l'OPEP le 4 janvier, est une surproduction mondiale par rapport à la demande. Les Etats-Unis ont parfois fomenté l'insécurité des approvisionnements afin de faire remonter les cours au-dessus du niveau auquel leur extraction nationale est rentable, mais là en s'abstenant pour la première fois de détruire l'appareil étatique et l'économie du pays qu'ils ont vaincu, ils rassurent plutôt le monde et annoncent une augmentation prochaine de la production mondiale, certes à leur unique profit et au grand dam de la Chine. Leur but de guerre au Venezuela n'était donc pas le vol des réserves pétrolières, mais la punition du crime de lèse-dollar (message adressé à tout candidat potentiel) et l'interdiction de tout autre système de règlement international que le dollar.

On a déjà exposé et explicité, dans le Onzième Coup de Minuit de l'Avant-Guerre, l'assertion ultime et monstrueuse que commettront vraisemblablement les Etats-Unis lorsque leur Free Lunch sera réellement menacé par l'effondrement de leur monnaie
(https://www.amazon.fr/onzième-coup-minuit-lavant-guerre/dp/1913057984 ou encore https://www.lulu.com/fr/shop/-stratediplo/le-onzième-coup/paperback/product-1qk6rjjj.html). Cela semble s'approcher.


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