Le produit Sarkozy

par Marie Therese von Rohr-Truong
mardi 27 mai 2008

Son nom fait flamber les ventes de la presse de tout bord, et les mauvais sondages sont relayés par tous les médias, comme si on avait tous plaisir à couronner et découronner les grands de ce monde.

Mais contradiction : ce sont les mauvais sondages qui augmentent sa popularité, car c’est une bonne occasion pour les médias d’épier ses moindres faits et gestes.

Tout le monde fait appel à lui : les pêcheurs, les routiers, et même J. Blatter le président de la puissante fédération de football, la Fifa, et j’en passe. La presse rapporte tous les jours les appels de secours adressés à notre président. Les instituts de sondage auraient pu établir des statistiques de comparaison à ce sujet entre tous les présidents !

Sa sortie à Rungis avec son épouse à qui il essaie de donner une note populaire dans son escapade matinale à Rungis, juste après le départ de Sean Penn du Festival de Cannes est relayée par tous les médias. Et, la presse en raffole, et pourquoi sommes-nous hypocrites à admettre que le produit est sexy, tout comme Madonna ou Sharon Stone, et qu’il fait vendre ?

En fait, la majorité le sait bien, même si les sondages révèlent la chute libre de la cote d’amour des Français, Sarkozy reste encore une marque forte ou leader, car, en face, il y a une déperdition de marques ou même absence de marque-leader.

En bon élève de marketing, j’ai cherché le chapitre produit dans l’ouvrage de Kotler & Dubois, notre bible en marketing.

Si j’applique à la lettre la théorie de Kotler & Dubois, le produit Sarkozy n’a pas évolué selon la théorie du cycle de vie d’un produit, à savoir les diverses étapes de lancement, de croissance, de maturité et de déclin. Après la fantastique phase de lancement qui fut un véritable succès, elle a brûlé les étapes de croissance et de maturité pour sombrer immédiatement dans le déclin suite aux errements en tout genre du président.

Eh bien, la recette se trouve également dans notre Kotler & Dubois.

Voici les cinq étapes de rajeunissement : déterminer les raisons à l’origine et du déclin du produit, apprécier si l’environnement est propice à une relance, examiner ce que le nom du produit évoque pour le marché, explorer le potentiel du segment concerné par un éventuel rajeunissement et enfin mesurer la valeur créée par la clientèle.

Et si les conseillers du président se livraient à ce diagnostic ?

Sarkozy inspire en somme du rejet ou de l’amour. Il ne vous laisse pas indifférent.

Oui, le produit Sarkozy fait vendre, la presse en a bien profité. Elle fait vivre la presse d’opposition. Même les journaux de gauche ne peuvent s’empêcher de le mettre à la une, évidemment pour le critiquer, mais pourrait-elle encore vendre si elle fait abstraction des faits et gestes du président ? Quand on n’aime pas un produit, alors, on ne l’achète plus. Mais voilà, est-ce que les journaux d’opposition peuvent se payer le luxe d’ignorer le produit Sarkozy ? Car, en face, il n’y a aucun produit qui puisse se démarquer encore à ce jour !

Oui, mais à force d’être partout et de monopoliser les médias, ne risque-t-il pas de lasser tout le monde, et même dans ses propres rangs, tout comme un produit qu’on retrouve dans tous les points de vente, du hard discount à Fauchon ?

Ah, tiens, moi aussi, j’écris sur Sarkozy !

Marie Therese Truong


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