Le prophète et la bite subliminale
par hommelibre
lundi 19 janvier 2015
La guerre exalte les comportements masculins. Normal : les hommes y sont assignés depuis des millions d’années. Le baston est donc plutôt une affaire d’hommes. Pas que, mais plutôt.
En cas de conflit les comportements masculins sont assez simples. On commence par faire gonfler ses plumes pour intimider l’adversaire. Parfois cela suffit. Par exemple le pape François déclare que quand on cherche la bagarre on la trouve. « Si un grand ami parle mal de ma mère, il peut s'attendre à un coup de poing, et c'est normal. » La formule de François est cinglante et explicite. Dirait-on pas des gamins dans la cour de récré ? « Fais gaffe hein, ou j’te mets mon poing sur la gueule ! Tu s’ras plus mon copain. »
Je n’ai par contre lu personne accuser le pape d’apologie de la violence. Pourtant c’est le cas, toutes proportions gardées. La réponse qu’il suggère comme normale à une offense est la violence physique. Les terroristes n’auraient donc fait que « défendre leur mère », symboliquement. Si le pape s’appelait François-Dieudonné M’Bala M’Bala il serait déjà en garde à vue, même si leur « mère » est en réalité un homme qu’ils idolâtrent sans modération et que la moderne confusion des genres ne saurait atteindre. J’ajoute qu’à une époque où des parents vont au tribunal pour avoir donné une claque sur les fesses de leur gamin, cet aphorisme papal et pas pâle replace l’église au milieu du village.
Charlie a dès lors répondu comme au bac à sable, sous le prétexte de sa propre fidélité à lui-même. La une du dernier numéro - je ne l’ai pas acheté, je ne suis pas fan de Charlie et de ses dessins un peu crades, mais c’est difficile de ne pas la voir partout - est ainsi la une de la continuité.
Comment Charlie a-t-il répondu ? Par un dessin de bite. Si, si. J’ai reçu hier un courriel qui souligne le message subliminal de cette une. Je l’avais déjà remarqué. Si l’on regarde bien le dessin (image 1) on constate immédiatement que le turban est formé de deux boules. Ce n’est pas une forme de turban, ce sont des couilles. Le reste du visage, allongé, fait penser à un pénis au repos. Le groupe nez/yeux représente également une forme de pénis non excité et ses deux couilles (image 2). Ce sont des bites, même si on ne les identifie pas immédiatement. Leur forme est prégnante. Des bites subliminales. Traduction : Mahomet tête de nœud. Élégant, mon cher Watson.
Ces deux bites sont dans l’esprit de Charlie : une provocation. « J’en ai une plus grosse que toi, na ! » Une affaire de mecs. Quant à la phrase sur le pardon, c’est le rajout inutile.
Charlie connaît l’enjeu. Il dessine aussi des corps. Juste pour le fun. Souvent sans message. Par exemple le dessin de Coco (image 3), où l’on voit le prophète avec une étoile jaune aux fesses (étoile de l'islam à cinq branches), n’a aucune signification politique, aucun message théorique à passer. A moins que, dans un élan d'homophobie irrépressible, la dessinatrice Coco ne veuille le traiter de pédé vaguement juif. Deuxième degré, dira-t-on. Pas si sûr. Mais Charlie semble très protégé pour ses provocations, contrairement à d'autres.
Soyons donc incorrect : Charlie c'est de la merde. Charlie c'est la médiocrité au pouvoir. Le plus bas étage du dessin d'humour. Et que se passe-t-il quand des merdeux attaquent gratuitement en cour de récré ? Les plus forts flanquent une raclée aux coupables. C’est ce qui s’est passé. La raclée est mémorable. Et les tueurs donnant l’exemple à d’autres, on n’est pas sortis de l’auberge.
Suite à la dernière une de Charlie on dénombre pour le moment 5 morts, des manifestations dans plusieurs pays musulmans, un centre culturel français incendié : bah, dommages collatéraux. L’expression est libre et à travers Charlie Hebdo je la soutiens. Malheureusement la connerie aussi est libre, et côté connerie Charlie n’est pas en retard. D’où l’image 5, détournée par mes soins.
Dire que certains jettent trois euros pour acheter ce torchon. Il y a mieux à faire : parler de l'islam, mettre les choses à plat pour un apaisement à long terme.
Allez, un petit dernier pour la route. Et je jetterais trois euros pour ça ?