Le PS, le maillon faible

par ddacoudre
samedi 18 octobre 2025

Depuis qu’il a troqué la lutte pour la gestion, le Parti socialiste n’est plus qu’une ombre de ce qu’il prétendait être. Né de la contestation du capitalisme, il s’est peu à peu résigné à l’administrer. En renonçant à son rôle historique de moteur de transformation sociale, il est devenu le maillon faible d’une gauche déboussolée, prisonnière de ses renoncements et de son langage édulcoré.
Ce texte retrace cette dérive, celle d’un parti qui a effacé de ses statuts la lutte contre le capitalisme, et, ce faisant, a perdu son âme.

Depuis 1984, avec l’appui des médias et des politologues, le Parti socialiste trompe son monde.
Le socialisme a une histoire, et l’on ne peut, sans duper les citoyens, faire un “socialisme à la sauce capitaliste”.

La gauche historique

Si l’on remonte au XIXe siècle, la gauche historique, dans l’imaginaire collectif, c’est celle de la révolution de 1848, celle de la Commune de Paris — celle dont Monsieur Thiers disait : « Qu’on la fusille ! »
C’est la gauche des ouvriers, des luttes contre l’exploitation patronale, la gauche de la lutte des classes, de l’Internationale socialiste.

Le PS est l’héritier idéologique de la SFIO, qui se réclamait du marxisme et de la lutte des classes, tout en refusant de s’aligner sur le Parti communiste de l’Union soviétique (PCUS).
Mitterrand disait : « Celui qui n’accepte pas la rupture avec la société capitaliste ne peut être au PS. »
Autrement dit, être socialiste, c’était être anticapitaliste.

Dans les années 1970-1980, les statuts et déclarations du PS mentionnaient encore explicitement la lutte contre le capitalisme.
Dans sa déclaration de principes de 2008, le parti réaffirme qu’il est né de la contestation de l’organisation sociale façonnée par le capitalisme, mais il ne parle plus de l’abolir.
Il transforme une lutte en simple héritage symbolique — un souvenir historique.
La belle affaire ! Cela revient à dire qu’on ne combat plus le capitalisme, mais qu’on se contente d’en réclamer une redistribution, laissant croire qu’il financera le socialisme.

Or chacun devrait savoir — et mes articles l’ont souvent rappelé — que ce que le capital donne, librement ou sous contrainte, il le reprend trois fois.
Ceux qui croient que la redistribution socialiste se fait aux dépens du capital se trompent : elle se fait au détriment des salariés.

La lente dérive

Au fil de ses congrès, le PS a connu une évolution lente mais décisive.
L’expérience du pouvoir dans les années 1980 fut un tournant : de parti réformiste en quête d’émancipation, il devint un parti gestionnaire conciliant avec l’économie de marché.
Il se revendique désormais du “mouvement des Lumières”, mais a renoncé à éclairer quoi que ce soit d’autre que sa propre vitrine.

Dans la déclaration de principes actuelle, on lit :

« Les socialistes portent une critique historique du capitalisme créateur d’inégalités, facteur de crises, qui demeure d’actualité à l’âge de la mondialisation financière. »

Ce glissement lexical est lourd de sens.
On passe de la lutte contre à la critique historique de — du combat à la contemplation.
Le PS ne cherche plus à rompre avec le système, il cherche à s’y rendre utile.

Les symboles ne mentent pas

L’écharpe rouge des dirigeants du PS, symbole du sang versé par les communards et des luttes ouvrières, était un signe de fidélité à cette mémoire.
Tous les premiers secrétaires du PS la portaient.
Avec Cambadélis, elle devint bleue — couleur du consensus républicain et de la social-démocratie.
Aujourd’hui, elle a disparu, comme l’idée même de rupture.

Durant ses législatures, le PS a fait disparaître la notion de classes et brouillé la distinction entre gauche et droite.
Cette confusion idéologique repose sur un argument paresseux : “le capitalisme a triomphé, il faut s’y adapter”.
C’est la victoire de la pensée unique sur la pensée politique.

Le renoncement

Adhérent du PS jusqu’en 1995, ce que j’ai vu disparaître n’est pas un mot dans un texte : c’est une volonté dans les faits.
Le PS des années 1980 voulait être un passage vers plus d’humanité. Il se rêvait sauveur du monde, sans comprendre qu’on ne sauve rien sans construire pierre à pierre, dans l’environnement réel, les fondations d’un autre modèle.

Quatorze ans de gestion du capitalisme ont suffi pour effacer cent trente-deux ans de socialisme.
Le PS est passé de la rupture à la réforme, de l’idéal à la posture.
À chaque congrès, la lutte contre le capitalisme s’est atténuée avant de disparaître définitivement en 2008.

Aujourd’hui, il ne s’affiche plus comme parti de rupture, mais comme parti “responsable” de la République — celle des riches et des capitalistes.

Et maintenant ?

Je ne confonds pas l’organisation systémique du capitalisme et ceux qui en bénéficient : ils ne sont pas à condamner pour leurs compétences, mais à réorienter vers d’autres buts.
Encore faut-il une force politique capable de le proposer.
Le PS, lui, s’est contenté d’aller au secours du gouvernement Lecornu pour une suspension parlementaire de pure stratégie politicienne.

Je pense que La France insoumise devrait cesser de compter le PS parmi ses partenaires.
Il me rappelle trop les MRG dans le programme commun de 1972 — le maillon faible d’une gauche unie sur le papier et divisée dans les faits.

Il y a 16 millions d’abstentionnistes et de votes blancs : c’est vers eux qu’il faut se tourner, vers ces électeurs orphelins qui attendent un projet crédible, pas un recyclage d’appareils usés.
Le PS n’est plus une force de rupture : il n’est même plus une force de conviction.

Le PS n’a pas été trahi par ses électeurs, il s’est trahi lui-même. En cessant de combattre le capitalisme, il en est devenu le comptable. Et l’histoire retiendra qu’il aura effacé cent trente ans de socialisme pour une place dans les conseils d’administration du monde qu’il prétendait changer.


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