Le repassage des seins, une violence peu connue

par hommelibre
lundi 11 février 2013

On l’appelle aussi le massage des seins. Une bien jolie expression qui suggère un moment caressant. Mais repassage des seins est plus réaliste. Non, ce n’est pas une caresse. Ce n’est pas plus une technique de déplissage des chemises, robes ou soutiens-gorge. On n’utilise pas de fer à repasser.

Contrôler la sexualité des adolescentes

Ce sont les mères qui le pratiquent. Elles utilisent des pierres chauffées sur le feu, des bâtons brûlants, des pilons, ou tous objets durs permettant d’écraser la chair. Parfois ce sont leurs poings fermés qui triturent la poitrine jusqu’à sentir les glandes être aplaties.

L’expression « repassage des seins » signifie écraser les seins en formation des adolescentes à peine pubères. Le but est d’empêcher la poitrine naissante de se développer. Cela commence vers 8 ou 9 ans, au tout début de la puberté, chez les fillettes du Cameroun - où des millions de femmes en sont victimes. Le repassage des seins est aussi pratiqué dans d’autres pays de l’Afrique équatoriale. Avec les même outils de torture, la même détermination dans la cruauté. Et la même justification donnée par les mères : soustraire les filles au regard des garçons.

D’où cela vient-il ? On l’ignore. La raison donnée est une volonté de retarder le passage des filles vers l’adolescence afin qu’elles se détournent des garçons et étudient avec sérieux. Le « traitement » est pratiqué de force par les mères. La cruauté n’a pas de sexe.

Quelle est la vraie raison ce cette pratique ? Pourquoi casser ainsi la féminité des filles et la fierté de leur poitrine, organe à la fois de maternité et de séduction ? Pourquoi ces mères humilient-elles leurs filles au prétexte de les protéger des garçons ? C’est comme les punir en quelque sorte d’être des filles.

Si l’on s’en tient à la raison invoquée, comment ces mères peuvent-elle transmettre à leurs filles un tel rejet, une telle détestation ou peur de l’homme ? Où trouvent-elles le culot de se défausser sur les hommes pour reproduire sans discuter ce qu’elles-mêmes ont subi ? Beaucoup de questions, peu de réponses.



Une piste n’est jamais explorée : le contrôle de la sexualité des filles par les mères. Dans toutes les sociétés, plus encore que les pères, ce sont les mères qui veulent contrôler la sexualité des adolescentes. Dans presque toutes les sociétés dites machistes, il n’est que de voir la place dominante des mères ou des aïeules dans la famille et leur pouvoir psychologique sur la descendance. Elles contrôlent parfois pour de bonnes raisons : éviter une grossesse précoce. Mais aussi par jalousie et rivalité. Ou besoin de dominer.

Le contrôle sur les femmes vient des mères, pas des hommes. Eux se contentent de reprendre à leur compte la parole maternelle. Les hommes n’ont au fond pas de vraie raison de contrôler les femmes. Puisque leur but est de se reproduire - ou simplement de coucher - ils ont avantage à ce que les femelles soient disponibles. La violence ne serait pas une bonne stratégie car les femelles n’acceptent la violence que si elles la contrôlent. Le repassage des seins est une méthode de contrôle de la sexualité très violente, autant psychologiquement que physiquement puisqu’elle atteint la fille, la future femme, dans son intégrité physique et dans une représentation de sa féminité.


La violence faite aux femmes par des femmes

Trois extraits d’un article paru sur afrik.com en date du 19 octobre 2012 :

« En décembre 2005, deux anthropologues, le Dr. Flavien Ndonko et Germaine Ngo’o, s’intéressent au phénomène et décident de mener une enquête. Le résultat est accablant. Au Cameroun, elles seraient près de 24% à avoir vu leurs seins naissants écrasés. Une torture initiée par les mères qui font croire aux adolescentes que c’est un service qu’elles leur rendent. »

« Pour aplatir les seins, les mères utilisent souvent des pilons ou des pierres écrasées et chauffées. Il y a aussi la méthode des peaux de bananes plantain, de feuilles et de serviettes chaudes à appliquer sur les poitrines. Certaines vont plus loin encore en utilisant des "serres-seins" ou du sel et du pétrole. Les poitrines tombent au fur et à mesure des massages. »

« Un jour, ma mère m’a appelée et elle a commencé à me masser les seins avec une pierre chauffée dans le feu. Elle avait un chiffon pour ne pas se brûler et a posé la pierre brûlante sur moi. Elle disait qu’il fallait que la pierre soit bien chaude pour casser le ‘noyau’ qu’il y a quand les seins poussent. Ça faisait très mal. Quand elle massait, je criais tellement que les voisins venaient voir ce qui se passait dans la cuisine. »


Cette pratique n’est que très peu dénoncée.

Dans l’excision ce sont des femmes qui mutilent les filles. On le sait. Elles le reconnaissent elles-mêmes : « l’excision est uniquement due aux femmes ». Ici comme dans l’excision, ce sont des femmes et des mères qui justifient cette mutilation des seins. Pas d’hommes à rendre responsables. Les victimes sont des enfants, les bourreaux uniquement des femmes. Comme dans l’excision. Il ne s’agit pas ici de diaboliser les femmes et les mères mais de dire la réalité, de transgresser ce tabou de la violence féminine.

L’excision et le repassage des seins sont deux illustrations de la violence physique faite aux femmes par des femmes. Une violence banalisée, incorporée dans la culture, justifiée. Les victimes se comptent par millions. La Féminista parle de la première violence (l'excision), l'indignation est bien vue socialement même si elle est inefficace, mais à peu près pas de la seconde. N’y a-t-il donc pas d’argent à se faire dans ce cas-ci ? Ou bien cela dérange-t-il de reconnaître que la violence féminine est une réalité tout sauf marginale ?


La vidéo ci-dessous est une reconstitution. La réalité est pire.


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