Le syndrome d’Erostrate
par L’enfoiré
mardi 26 janvier 2010
Le business des « Ex » est tout, sauf, non rentable. Les « In » tremblent pour le rester. Que faire pour rester « In » ?
Pas vraiment. Il est même plus commun qu’on pourrait le croire.
Wikipedia renseigne qu’il était l’incendiaire du temple d’Artémis à Éphèse.
En juillet 356 av. J.-C., il allume un incendie qui détruit totalement ce temple. Selon Plutarque, l’événement a lieu le jour même de la naissance d’Alexandre le Grand, ce qui inspire à Hégésias de Magnésie, auteur d’une biographie du conquérant, le commentaire suivant : « on comprend que le temple ait brûlé, puisque Artémis était occupée à mettre Alexandre au monde ! »
Mis à la torture, Érostrate avoue les motivations de son geste : il cherche à tout prix la célébrité et n’a pas d’autre moyen d’y parvenir ; les Éphésiens interdisent alors de citer son nom. L’historien Théopompe le mentionne néanmoins dans ses Helléniques ; il est repris sur ce point par Élien, Solinus et Strabon qui font connaître le nom d’Érostrate à la postérité.
Dans sa nouvelle « Érostrate », publiée dans le recueil de nouvelles Le Mur (1939), Jean-Paul Sartre résume l’histoire en quelques lignes :
— Je le connais votre type, me dit-il. Il s’appelle Érostrate. Il voulait devenir illustre et il n’a rien trouvé de mieux que de brûler le temple d’Éphèse, une des sept merveilles du monde.
— Et comment s’appelait l’architecte de ce temple ?
— Je ne me rappelle plus, confessa-t-il, je crois même qu’on ne sait pas son nom.
— Vraiment ? Et vous vous rappelez le nom d’Érostrate ? Vous voyez qu’il n’avait pas fait un si mauvais calcul.
Aujourd’hui, les "Erostrate" fleurissent à tous les niveaux,. Seuls, les temples ont changé.
Commençons par le haut du panier. Par ceux qui ont occupé les temples et qui pour raison nostalgique ou péchés véniels, ne veulent pas le quitter.
Avoir sa photo dans le journal, recevoir un journaliste pour l’interview, ensuite, c’est le pied. On s’en retrouve tout rajeuni car seule l’absence tue.
Chez ces gens-là, Monsieur, on ne se trouve pas "derrière" la télévision, mais "dans" la télévision.
A cause de qui ? Ben, de ceux qui regardent "devant" la télévision avec des yeux d’envies non assouvie. Ce vedettariat vend son rêve au prix fort à ceux qui n’ont que les miettes du rêve. C’est le showbiz et la bise du show. La « people mania », la starification et les idoles en sont les ingrédients. Ah, oui, je ne vous ai pas dit le principal. Il y a, le nec plus ultra, les livres. Quelques-uns sont devenus des écrivains en herbe, des écrivains de l’occasion.
Pour étayer leurs souvenir, ils ont quitté la place avec des carnets d’adresses en or et font fructifier leur capital même et ont commencé à épargner, peut-être, pour leur deuxième vie, pourrait-on penser.
Je commence à comprendre les études de clonage, de recherche d’éternité. Entre exister ou mourir, il faut choisir le meilleur, et le plus longtemps possible quand ça marche. Pas de doute.
L’affaire n’est pas neuve, mais elle prend plus d’extension à notre époque ou le besoin d’exister dans la masse ou plutôt d’en sortir, par la reconnaissance de ses pairs est encore bien plus difficile.
Les papys font, désormais, de la résistance. Ce n’est pas un mal, du moins, tout dépend de la méthode choisie et de l’impact sur la galerie. En plus, on devient papys avant l’heure, en pleine force de l’âge et de ses neurones.
Dans un monde intégré, il y aura de toute façon un nivellement vers le bas pour nous et vers le haut pour d’autres. Espérons seulement que la barre ne soit pas trop basse, pour apporter un bénéfice global. Alors, on se retrouve imbriqué dans une toile que l’on appelle "Internet".
L’égalité des chances, tout le monde le sait dans le fond de lui, est de la fiction. Être différent est plus une richesse qu’une tare. Bien sûr, il faut jouer des coudes et apporter ce qu’on a de meilleurs en soi pour faire avancer le schmilblik. En arrière plan, un passé parfois lourd de séquelles et de cicatrices a poussé ou rétrogradé nos envies en dérapage non contrôlé. "J’aurai voulu être un artiste" n’est pas qu’une chanson. "Je me voyais déjà", non plus.
Contrairement à la doctrine, pour vivre heureux, il ne faut plus vivre caché. Internet le permet et en redemande. Alors, pourquoi pas ?
Une personnalité connue, des « people » ou « peoplette » , seraient-ils les seuls visionnaires, uniquement parce qu’ils passent à la télé et à la radio ?
Chez les "Has been", de plus en plus nombreux, on a de plus en plus de temps à perdre et peut-être des idées à partager. Il faut, tous, un jour, raccrocher volontairement, arbitrairement ou forcément. par la limite d’âge. Si la période active a été spécifique pour chacun, bénéfique ou maléfique, la quille peut avoir également des développements très différents en fonction de cet historique personnel à partager ou, parfois, à imposer comme nous allons le voir.
A chacun de retrouver une suite logique à la bonne mesure en fonction de son potentiel et de ceux qui les suivent. Différentes voies existent sur Internet pour exprimer ces morceaux de vie.
Le blog permet d’organiser sa présence à sa mesure, à son rythme et d’espérer avoir tendu un fil suffisamment long pour se voir approuver ou contrer un jour. C’est de la popote interne.
Le forum, le site citoyen, doivent se plier à plus de contraintes, de modérations, de partages ou de concurrences d’idées, d’idéologies en fonction de l’espace disponible qui se rétrécit fatalement vu la masse des candidats.
Alors, il en existe qui pour rester à flot, passent par la force avec des techniques différentes et moins avouables.
Par des artifices divers, ils s’attribuent un temps d’antenne, le plus long possible, quitte à choisir l’impulsion et la quantité au détriment de la qualité. L’originalité prend malheureusement du temps et beaucoup de réflexions. Alors, monopoliser pour étouffer la concurrence devient, une marque de son égocentrisme et de son narcissisme. Autre technique, comme on sait que la castagne amuse et impressionne les spectateurs de la "galerie".
D’autres tentent le forcing de tout et de tous par les coups de gueules sans adresses précises, en se contredisant au besoin. Tout est bon pour faire mousser. La courtoisie n’est plus de la partie de part et d’autres. Normal, quand la jungle s’installe et en plus, sans pièces à mettre dans le bastringue pour que cela joue.
Pas de formule du style "A la fin de l’envoi, je touche". Si l’angélisme est à craindre plus que la peste, on pourrait espérer une originalité moins douteuse limitée à des "retourne à ton bac à sable, tu ne joues pas dans la cours des Grands" comme seul renvois à l’expéditeur.
Sans l’humour, cela perd vraiment de son jus. L’humour, il est vrai, demande trop de temps, que l’on n’a plus. Donner le temps au temps, disait le spectateur avisé.
Dès lors, on se complait dans le buzz.
S’auto-alimenter avec des clans interposés qui s’opposent dans la bonne tradition de la compétition, en flip flop, avec des répondants, cela semble même grisant. On arrive pourtant, tôt ou tard, à la nausée des auteurs et des lecteurs réveillée par le temple d’aujourd’hui, l’hébergeur de nos bafouilles.
Pour ce dernier, il se rend compte que l’on brûle son beau temple. Le chahut, cela reste toujours contre productif quoi qu’on en dise. Quand la pâte s’est reposée et que l’on s’aperçoit des "victimes" sur champ de bataille. L’hébergeur dans le temple, on s’en doute, avec les manettes de contrôles dans les mains, a ses fans, ses privilégiés.
Il faut du respect entre les membres, nul ne le conteste. Ce respect s’harmonise parfaitement avec un temps de parole équitable et aucun passe-droit.
En "stand alone", parfois, avec les copains du café de commerce, c’est le pied. Pour les fans du système, au rythme du "stand alone", on n’a pas le temps d’aller lire les autres articles du forum et encore moins de les commenter. On s’appauvrit, de fait, dans la consanguinité. Donc, sus aux abus de présences trop unicellulaires.
On espère, alors, plus de garde-fous, plus de modération, pour les autres mais pas, nécessairement, pour soi. Demeure chaste et pure dans une ambiance "cool" de l’auberge espagnole.
Les aubergistes aiment se voir associer sur la grande piste de leu "Inaccessible Etoile" sur une sorte de grand Jeu d’ Échecs, avec des mots comme "Roi", "Reine", à la rigueur, "Cheval" ou "Tour", mais, alors là, pas du tout comme "Fou" et encore moins comme "Pion". Comme les Pions sont légions, pour eux, on a un régime de faveur, la télé et le fauteuil.
La précarité, sur l’autel du temple, serait-elle une histoire de Pions, la richesse celle des Rois et des Reines ? La renommée pour les uns, le renom pour les autres.
Du rêve, pardi. De l’air. De la diversité.
Des philosophes, aujourd’hui, il n’y en a jamais eu autant. Le virtuel a l’avantage de sortir de l’ombre, avec des pseudos ou non, pour ceux qui n’osaient exprimer leurs idées dans plus de concret. Et, ceux-là commencent à faire peur chez ceux qui n’y ont vu que du feu de broussaille. On entre , vraiment, dans un monde "métaphysique". Ce monde-là devient une véritable école de maintenance de son ego par rapport avec l’interaction avec l’univers et surtout avec les autres "métaphysiciens".
Dernièrement, je répondais à un ami qui me voulait du bien en me rappelant à l’ordre des réalités pures et dures. Mon enthousiasme m’avait porté à donner mes raisons de ma présence désintéressée sur Internet qui me procurait une joie de pouvoir écrire en sortant du journal personnel ou d’un carnet notes d’antan. Dans ma candeur naïve, je présentais mon désir d’être pro-actif, de rechercher à être utile, de motiver quelques jeunes avec l’expérience qui fut mienne. Il y avait aussi un challenge personnel qui se cachait derrière ma propre version puisque écrire ne m’avait pas effleuré l’esprit avant ces dernières années.
Sa réponse fut laconique : "Tu veux parler de tes blogs ? Quels sujets en particulier ? Connais-tu le nombre de jeunes qui te lisent et/ou ceux qui font des commentaires ?".
Le décor était planté qui pourrait se résumer par la phrase bien connue "Qu’est-ce que tu es aller faire dans cette galère. Tu perds ton temps.".
Non "pratiquant", il n’avait-il pas encore compris ou pas voulu comprendre le phénomène nouveau d’Internet.
Il faut maintenant chercher le ressort et le tremplin vers une gloire interdite. Dans un fauteuil, il y avait des ressorts mais, dont ceux-ci ont été remplacés, pour raison économique, par des sangles. Quant au tremplin, là, ce sera, plutôt, Zorro qui n’en finit pas d’arriver.
Le compte-rendu de l’interview d’un joueur d’échecs qui s’excitait à répondre à un journaliste, était tout aussi explicite. "Les échecs demandent beaucoup de concentration et de patience. Une gestion du temps et de l’espace", disait-il.
Le jeu d’Échec est certainement un microcosme de la vie. Mais, si, c’est vrai devant un mini-échiquier, dans le grand, on est loin de rechercher de tels artifices de calcul. La patience, c’est du temps et du temps, c’est de l’argent et du manque à gagner sur la grande scène de théâtre virtuel que l’on voudrait son théâtre dans la vie réelle.
Vous rendez-vous compte de la gymnastique ?
En même temps, on voudrait arrêter le temps. On voudrait l’économiser. En garder devant soi, pendant qu’on en mettrait de côté pour assurer ses arrières.
L’auto-dérision comme le faisait, dernièrement, Philippe Bouvard dans son livre "Je suis mort, et alors" démontrait bien plus que de l’humour. "Témoignage posthume d’un auteur vivant", était-il dit en chapeau du livre. Articles à tiroirs, pleins d’idées cachées que l’on retrouve d’ailleurs dans quelques titres du livre, pris au vol, dans son passage fictif vers l’au-delà :
"Distribuer son CV à toutes fins utiles",
"Les figures du passé m’aident à trouver le présent moins long",
"Où j’essaye pathétiquement à me rendre intéressant",
"Où je m’offre les délicats plaisirs de revivre les meilleurs moments",
"Où faute d’avoir des lectures, je me racontes des histoires"
"Où je me fais, mais trop tard, amende honorable"
"Où je règle mon compte avec ceux qui n’ont pas réglé mon cas"
"Où je me résigne à ne plus être informé d’une actualité qui se passe de moi"....
Bouvard termine son livre par :
"En fait, c’est seulement maintenant, en me taisant que je vais vraiment mourir. C’est court, une vie. C’est long, une mort".
Je ne pouvais trouver meilleure fin. Etre reconnu par ses pairs mais pas par ses impairs avec l’art de la finesse.
Quant à "Live and let die", c’est la version "James Bond" et cela reste du cinéma.
L’enfoiré,
Citations :
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"Pour un seul mensonge on perd tout ce qu’on a de bon renom", Baltasar Gracian Y Morales
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" Celui qui est habile en stratégie ne gagne ni renom pour sa ruse ni récompense pour son courage", Sagesse militaire chinoise
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" Le sujet humain est égocentrique, dans le sens où il s’autoaffirme en se mettant au centre de son monde. Mais, dans son "je", il inclut un "toi" et un "nous", et il est capable d’inclure son "je" dans un "toi" et un "nous", Edgar Morin