Le tort des élites
par Françoise Beck
lundi 18 mars 2019
Autant le préciser d'emblée, mon titre est tristement ironique. Il est provoqué par la réponse d'une personne qui justifie la destruction du Fouquet's par sa fréquentation par "l'élite" (sic), à qui je demandais des précisions, et qui m'a répondu laconiquement qu'elle n'avait pas versé de larmes, juste émis quelques rires. Et cette femme fait partie de l'éducation nationale.
Réunir l'élite signifie digne d'anéantissement ? Car, en somme, l'élite correspond à la crème, au meilleur. Et comme l'affirmait Gustave Le Bon : "Le véritable progrès démocratique n'est pas d'abaisser l'élite au niveau de la foule, mais d'élever la foule vers l'élite" (Hier et demain). Apparemment, cette exigence présente un caractère trop ardu à comprendre pour certains.
Rejeter l'élite relève du populisme. C'est, ni plus, ni moins, s'opposer agressivement à ce qu'on voudrait atteindre sans se l'avouer.
On est loin du temps où les habitants de Koenigsberg passaient sous les croisées de Kant en baissant la voix pour ne pas le déranger.
Lakis Proguidis (1) dit : "Aussi longtemps qu'à l'intérieur d'un groupe humain les liens sociaux sont solides, le fameux fossé entre le peuple et les élites dont on parle tant aujourd'hui n'existe pas". Et effectivement, le lien social est actuellement dissolu et, pire, il semble que certains le détruisent à plaisir. Nous pataugeons dans une repoussante démagogie. Et Proguidis d'ajouter : "Un peuple digne de ce nom est attentif à son élite". Il sait, ainsi, qu'il fait partie d'une société créatrice. Et il renforce son texte d'un titre resplendissant : "Sans élite, pas de peuple"- (1) www.revueargument.ca
Mais, les petits balbutieurs soucieux de balayer l'élite d'une phrase creuse confondent l'élite dirigeante et l'élite culturelle. Les deux groupes sont en principe dominants, mais, la médiocrité des destructeurs, démunis de tout autre proposition, ne laisse plus sa juste place aux faiseurs de culture. Il est vrai que, souvent, ils y sont aidés par l'élite politique dirigeante ! Las, on s'est éloigné de "La République" de Platon et de ses élites politiques. Et pourtant ... et pourtant ... les démocraties ont besoin d'élites, comme l'indique Frédéric Mion dans les Echos.fr. Si elles étaient plus entendues, on baignerait indubitablement moins dans le simplisme et les réactions irréfléchies. On voterait moins extrémiste, on gueulerait moins pour agir mieux, on débattrait et on ne casserait pas tout.
Françoise Beck