Législatives 2022 : le silence en tête
par thomascordier
jeudi 16 juin 2022
Il est fort probable que le lecteur de cet article soit agacé rien qu’à la lecture du titre, y voyant un énième commentaire d’un premier tour d’élections, largement boudées, afin d’élire la chambre d’enregistrement d’un Président capricieux et autocentré. Il s’agit bel et bien d’une réaction à ce rendez-vous pseudo-démocratique, mais loin de moi l’idée de surfer sur la tendance actuelle. J’y vois seulement l’assouvissement d’un besoin cathartique dont j’espère pouvoir faire profiter le lecteur, lui offrant non pas le marronnier des élections, mais quelques pensées qui, j’espère, nourriront sa réflexion ou du moins calmeront ses humeurs.
La communauté scientifique aimant se pencher sur les problèmes les plus divers, je lui propose de répondre à la problématique suivante : y a-t-il une corrélation entre le niveau des océans et celui de l’abstention, étant donné leur propension à s’accroître d’année en année ? Je crains pourtant que nos chercheurs soient plus préoccupés par la question climatique que par la situation démocratique en France et que cette question reste sans réponse. Et ce n’est certainement pas du côté de nos VRP de la politique politicienne qu’une solution sera trouvée, le but de la comédie législative étant de promettre et de flatter et non de résoudre et raisonner. Urner, ça soulage !
Plus de la moitié des électeurs n’a pas voté mais cela n’empêche pas les partis arrivés en tête de se draper dans la toge républicaine, considérant avec une myopie aggravée de lâcheté 25% des suffrages exprimés, là où un esprit réellement politique, soit attaché au destin de la nation, et non affecté de déficience optique, ne voit qu’à peine 12,5 % du corps électoral… Pas de quoi pavoiser... La situation est de plus en plus problématique car le statu quo règne sans pour autant donner satisfaction à la majorité des Français. Enfin on ne peut pas dire que les électeurs soient particulièrement éclairés. La classe dirigeante sort toujours la carte du barrage aux extrêmes, avec un succès de plus en plus mitigé si l’on en juge par les résultats NUPES (attention encore une fois : 12,5 % du corps électoral), tandis que la vraie majorité, silencieuse, préfère se taire et subir.
Les extrêmes, justement, parlons-en. Parce qu’entre la madone aux matous et le Che Guevara de salon on a de quoi frémir, tandis que Zemmour semble s’obstiner à faire mentir les sondages en sa faveur. C’est là tout le problème de la manie qu’a la classe politique de déformer le sens des mots. Comme le dit si bien le Larousse, est extrême ce qui « dépasse les limites ordinaires, qui est très éloigné du juste milieu, de la moyenne ». Or il n’y a pas de véritable extrémisme chez tous ces candidats n’en déplaise aux biens pensants. Le Rassemblement national se veut désormais rassurer le retraité en renonçant au FREXIT tandis que la NUPES propose comme solution la plus radicale de « désobéir » aux traités européens, prenant visiblement notre nation souveraine pour un enfant de cinq ans.
Comme l’expliquait très bien Christophe Guilluy, qui a théorisé la « France périphérique », les classes populaires sont absentes du programme politique actuel. Tant que la classe politique continue à jouer sur la division sans se soucier de la majorité la situation ne pourra aller qu’en empirant. Comme les dernières présidentielles l’ont démontré ce sont les retraités et les cadres qui ont voté Emmanuel Macron, le parti de l’ordre pour le choix de l’immobilisme.
Les votants refusent le changement et la masse populaire qui l’espère n’a trouvé personne pour l’incarner. Il est pourtant illusoire d’attendre la révolution par les urnes, tant que les modes de calcul de ce qu’elles expriment seront sous le contrôle de l’oligarchie de fait qui détermine les termes du débat, et les modalités de calcul.
Plutôt que de tenter de ranimer un cadavre ou même de tirer sur l’ambulance, il est nécessaire qu’aujourd’hui la politique prenne d’autres chemins que ceux qui sont traditionnellement proposés. Comme l’a analysé le philosophe Dominique Rousseau, les « citoyens considèrent désormais qu’ils peuvent obtenir des décisions politiques en dehors des élections ». Le temps d’un blanc-seing pour cinq ans donné à un gouvernement est révolu, il est nécessaire de créer de nouvelles structures pour défendre ceux qu’un système en phase terminale ne cesse de précariser.