Les cadavres dans le placard de Charly (8) « terroriser les terroristes », la bonne blague
par morice
lundi 20 juillet 2015
De tous les épisodes, c'est celui où appararaît le plus, je pense, toute la rouerie du personnage, et son extrême capacité à mentir effrontément devant une caméra. Pasqua est en effet celui qui s'était un jour vanté de "terroriser les terroristes". Et quand il n'en trouve pas.. il en fabrique.
L'opposition Daech-Assad étant un des marronniers de l'extrême droite fan de Poutine, il y a de quoi se poser des questions sur ce journaliste qui effectue ses "conférences" au même endroit que l'un des mentors de l'extrême droite française, Alain de Benoist. Car l'action du fameux "Charly" vis à vis du terrorisme islamique est tout simplement à l'opposé de ce qu'il raconte. Pour mieux l'expliquer ; il faut revenir sur un épisode qui frise le grandiose de la bête médiatique qu'était Charles Pasqua. Retour en France, sur le « chef d’œuvre » de « Charly Pasqua ».... il y a 17 ans maintenant. Car notre gouailleur professionnel était venu raconter et fourguer une histoire bien à lui, sur les écrans du JT national, le soir d'un mois d'octobre 1993. A bien regarder, une de ses plus belles performances télévisées...
Revenons-en aux circonstances. Nous sommes alors en 1993, et Charly vient tout juste d'inventer la fausse prise d'otage, pour faire plaisir à ses amis algériens (on apprendra bien après que c'était eux qui lui avaient soufflé l'idée). Ceux-ci sont confrontés à des activistes, et pour les contrer, ils ont lâché dans la nature... de faux, commettant des horribles exactions imputées aussitôt au GIA, le GSPC, voire à Al-Qaida "L''affaire commence en 2003. Alors que le gouvernement algérien déploie d'intenses efforts diplomatiques pour obtenir de Washington un soutien financier et militaire, M. Abderrezak "El-Para", un ancien officier des forces spéciales de l'armée algérienne officiellement passé à la guérilla du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), va donner un sacré coup de main au régime. Le 4 janvier, à la veille de l'arrivée à Alger d'une importante délégation militaire américaine venue envisager une reprise des ventes d'armes à l'Algérie dans le cadre de la lutte anti-terroriste, son groupe attaque un convoi militaire près de Batna. Bilan : quarante-trois soldats tués et une émotion considérable dans la population". Le coup est plutôt réussi, personne ne sait que Para travaille pour le gouvernement algérien, qui en rajoute aussitôt : "évoquant un enregistrement vidéo qui se révélera plus tard un faux, les services secrets de l'armée algérienne, le tout-puissant département de renseignement et de sécurité (DRS, ex-Sécurité militaire), s'efforcent d'en persuader l'opinion internationale : El-Para serait un "lieutenant de Ben Laden" chargé d'"implanter Al-Qaida dans la région du Sahel". Peu après, les Etats-Unis allègent l'embargo sur les armes à destination de l'Algérie et annoncent la vente d'équipements militaires antiterroristes. A Alger, fin 2002, M. William Burns, secrétaire d'Etat adjoint américain au Proche-Orient, avait déjà déclaré que "Washington [devait] beaucoup apprendre de l'Algérie en matière de lutte contre le terrorisme". Les américains, qui n'attendaient que ce prétexte en profitent pour établir une base secrète en plein désert. Mais l'Algérie souhaiterait embarquer la France dans le système. "Toujours début 2003, une nouvelle opération d'El-Para va contribuer à accélérer le rapprochement entre Alger et Washington : entre le 22 février et le 23 mars, trente-deux touristes européens (seize Allemands, dix Autrichiens, quatre Suisses, un Suédois et un Néerlandais) sont enlevés dans la région d'Illizi, en plein Sahara algérien. Ils y seront retenus pendant de longues semaines, avant d'être libérés - après d'obscures tractations dont rien n'a filtré - en deux groupes successifs : les premiers à la mi-mai, les seconds à la mi-août. Une Allemande décédera dans le désert, où elle sera enterrée." C'est le déclencheur : les Algériens en appellent alors à la France, pour expulser non pas les terroristes, mais les opposants au régime de Bouteflika, car toute l'opération n'est qu'un vaste prétexte pour juguler cette opposition tenace réfugiée en France... et qui n'a strictement rien à voir avec le terrorisme. Pasqua va donc échafauder une incroyable histoire et venir la présenter telle quelle au journal de 20 heures, ou sa gouaille est toujours une tranche impayable de télévision...
Une farce, qui a vu Pasqua tenter de dissimuler au mieux ses propres erreurs : Quelques semaines après leur libération, sur laquelle on n'a strictement rien su, (ils ont été tous bêtement relâchés par leurs fort prévenant ravisseurs) Michèle Thévenot et son mari étaient mutés dans les Iles Fidji... histoire de ne pas avoir à raconter trop de choses, ou les seules qu'on leur a demandé de répéter ! Une des personnes arrêtées, Moussa Kraouche, porte-parole de la Fraternité algérienne en France (FAF) et chef du Front islamique du salut (FIS) sur le territoire, l'avait été à Taverny (dans Val-d'Oise), et c'était plutôt une bonne prise, selon Pasqua, car dans sa sacoche les policiers avaient trouvé des documents "fort compromettants" : une feuille signée du "Conseil suprême des forces armées islamiques" (CSFAI) sur la libération des otages, une autre qui est communiqué du "Groupe islamique armé" (GIA) et même un avertissement aux étrangers signé "Abou Mériem". Le jour même de l'interrogatoire, la police avait émis elle-même des doutes sur ce qu'elle venait de trouver : tous les textes étaient rédigés en français, et c'étaient des copies carbone et non des originaux... en fait des documents sortis du commissariat, des traductions provenant d'un interrogatoire précédent !!!
On découvrira que c'est Smain Lamari, le N°2 de la sécurité militaire algérienne, qui avait été à l'origine de l'enlèvement, selon le capitaine Hacine Ouguenoune, Ex-officier de la sécurité militaire : Smain a proposé plusieurs scénarios à Marchiani, dont le rapt de l’ambassadeur de France. Mais finalement, on a pris les fonctionnaires. Ils ont été très bien traités. Ils étaient dans des appartements qui appartenaient aux services… Marchiani ayant soigneusement relayé l'info à Charles Pasqua, son mentor. On découvrira aussi que d'autres avaient su ou flairé le montage de l'histoire, tel le gendre des époux Thévenot, Thiery Goursolle, alors de sécurité au consulat de France à Alger :
Goursolle :
- Ben… l’affaire aurait été montée par les services, des gens des affaires étrangères le savaient.
Michèle :
- ils étaient sympa, ils auraient pu nous prévenir !
Goursolle :
- Ben, ouais ! surtout que vous auriez du être zigouillés… enfin, pas tous !
Toi, Michèle, tu n’étais pas loin, je peux te le dire
Thiery Goursolle connaissait donc le repère des terroristes. Etonnant. Intrigués par son attitude, nous le retrouvons quelque temps plus tard, sans ses beaux parents. Il va nous faire de nouvelles confidences. A Alger, il travaillait secrètement pour le compte des services français. Son boulot : prendre des photos, le plus discrètement possible.
Le lendemain de l’enlèvement de Jean-Claude et Michèle, c’est un de ses collègues de la DST, un certain « Lionel », qui lui dit de ne pas s’inquiéter pour ses beaux-parents, car l’opération est montée par les services.
Goursolle :
- Il m’a fait comprendre que de toute façon, si l’enlèvement a été fait, c’était un coup monté, cela, c’était sûr.
-« Ce mec de la DST savait que l’enlèvement avait été commandité par Alger ? »
-Oui. De toute façon, les mecs de la DST, à 6h50, ils étaient là.
-A la limite, on a l’impression que les mecs de la DST, ils étaient là avant que l’enlèvement soit fait.
-« La DST française ? »
-Oui…
-Il vaut mieux partir avant, comme un copain à moi, il a préféré demander à être rappellé… en tant que Français, en tant que compatriote, c’était des amis, difficile de mettre quelqu’un à la boucherie, en plus, c’était des amis… mais je ne peux pas leur dire qu’ils ne risquent rien,…
« Que c’est du théâtre ? »
-Le mec se dit, j’aurais du sang sur les mains, Thiery, c’est nous, tous, les services, les mecs qui bouffent avec toi à l’ambassade…
-on aurait pu dire à Jean-Claude et Alain : on vous a enlevés, pour raison d’état, on vous connaît, vous êtes d’anciens militaires, vous vous taisez et tout ira bien. « Et ils leur ont pas dit ? »
-Et ils leur ont pas dit…
Effarant scénario ou Pasqua a joué avec les nerfs de ses propres compatriotes : et on viendrait vanter à son décès son "sens de l'Etat " ??? Mais quel cynisme !!!
"Aujourd’hui, de plus en plus d’anciens militaires algériens confirment le scénario. C’est le cas du lieutenant Abdelkader Tigha (**), un officier de la sécurité militaire qui a fui son pays en 1999. En poste dans la région d’Alger à l’époque de l’affaire Thévenot, il confirme que leur enlèvement avait été organisé par ses collègues. Abdelkader Tigha, Ex-lieutenant de la sécurité militaire :
Sous-titre : « C’est nous qui avions organisé cela. C’est pour avoir le support des européens et le support des français… »
Nous avons une histoire avec la France, quand même.
il faut un dédommagement, au moins moral : leur dire la vérité, leur demander pardon. Oui, nous avons fait cela pour cela…
Dans cette affaire, les Thévenot n’ont vraiment pas eu de chance. A l’époque de leur libération, le ministère des affaires étrangères avait oublié de saisir le fonds de garantie qui aurait permis de les indemniser. Aujourd’hui, à moins de porter plainte contre l’état, ils ne recevront jamais réparation pour leur enlèvement…"
Pasqua, du haut de son ministère enfin atteint, se fera donc tacler par un "petit" juge, et dans les grandes largeurs : "l'analyse du juge d'instruction s'avère implacable : "Force est de constater que les autorités policières n'avaient que pour seul impératif de faire déférer, quel qu'en soit le prix, le chef du FIS en France pour donner un caractère de réussite à l'opération coup de poing "Chrysanthème", dans la mesure où le ministère de l'Intérieur devait apporter une réponse ferme aux agissements du GIA vis-à-vis des intérêts étrangers et français en Algérie. Que sur près de cent interpellations et perquisitions, seules trois personnes avec Moussa Kraouche étaient déférables et qu'il fallait donc compenser cet échec judiciaire par la qualité des personnes déférées [...] en maquillant la vérité pour tromper la justice et en écartant un policier rigoureux qui se mettait en travers de la raison d'Etat." La raison, d'Etat, le mot qui a fait bondir Charly. Et qui devrait aujourd'hui faire réfléchir ceux qui ont osé dire que c''étair le credo de leur idole Charles Pasqua. Un Pasqua que le petit juge déclarait en conclusion à mots bien choisis et feutrés, "inquiétant " : "La manoeuvre policière qui consiste à faire tomber Moussa Kraouche est la seule qui tienne, selon le juge. Je ne sais pas qui nommément a placé les documents dans la serviette de Moussa Kraouche. S'il s'agissait d'une malversation isolée, je dirais "l'erreur est humaine". Mais c'est une administration entière qui a agi de façon concertée et délibérée pour accuser Moussa Kraouche. Quand un inspecteur et un juge ont mis en exergue ces accusations mensongères et ces preuves fabriquées, la hiérarchie policière a couvert et continué à camoufler la vérité. C'est extrêmement inquiétant."
Et ce n'est pas fini sur la manipulation de la crainte terroriste algérienne. Tenu du 16 septembre au 13 octobre 2009, le second procés de Rachid Ramda (en appel) à Paris révélera le jeu trouble d’un autre personnage trouble : Ali Touchent. "Présenté comme "le vrai responsable des attentats", cet "émir" des GIA est vite devenu un agent des "services" algériens (Libération des 16 février 1998 et 5 octobre 2002). Sa faculté d’échapper à au moins trois rafles de la police en France et en Belgique, alors que tous ceux qui l’ont approché étaient tués ou arrêtés, n’est qu’une partie du mystère qui l’entoure. Comment expliquer ainsi que ce "terroriste islamiste", recherché par toutes les polices après les attentats en France, se réfugie... à Alger où, non seulement il ne se cache pas, mais habite dans une cité de CNS (équivalent des CRS) proche de la caserne de Châteauneuf, une zone parmi les plus sécurisées de la capitale". Touchent sera déclaré mort... huit mois après son décès dans un "accrochage", "avec les forces de l’ordre". Touchent n’a pas eu droit aux honneurs des prisons algériennes où l’on sort par la porte dérobée. Déclaré mort, c’est plus intéressant : toujours recherché en France, vivant il était plus embarrassant pour Alger, déclaré mort, la France ne le cherche plus.
A ce procès, saluons une dépostion étonnante, rappelée par Nicole Chevillard : "entendu le 7 octobre, Alain Marsaud, qui fut le chef du Service central de lutte antiterroriste au Parquet de Paris de 1986 à 1989, n’a pas, lui, fait preuve de la même « amnésie » : il a fortement dénoncé devant la cour le « concubinage des services français et algériens » dans les années 1980 et 1990 ; et il a rappelé qu’après les attentats de 1995, « chaque fois que les policiers remontaient les réseaux de Khaled Kelkal, ils tombaient sur la Sécurité militaire algérienne ».
Mieux encore : au procès du 8 octobre 2002, il n’y avait pas eu de Charly. Pasqua n’était pas là. Mais un autre squale aux dents acérées était venu témoigner, et jurer croix de bois croix de fer que non, c’est sûr, le gouvernement algérien n’était pas derrière Touchent. Tout le contraire ce que venait de dire Marsaud. "Bernard Squarcini, n°2 des RG, a également jugé qu’il n’existait rien qui permettait de dire qu’Ali Touchent ait travaillé pour les services secrets français ou algériens. "Je ne sais pas sur quelles preuves flagrantes pourraient être basée une telle affirmation", a-t-il dit. Quant à la fameuse guerre des polices : il nie. Il n’y a eu aucun problème entre les services français de police et de renseignements. Ils ont parfaitement collaboré. Preuve en est qu’il ne leur a fallu que quatre mois pour arrêter les poseurs de bombes. En 1986, il avait fallu plus de treize mois avant que les auteurs ne soient interpellés explique-t-il. M.Squarcini confirme qu’en 1993, Ali Touchent " n’était pas un personnage intéressant. Avant 1995, c’était pas l’individu lambda mais presque. Si on l’avait arrêté en 1993, il aurait été relaché car ce n’était pas quelqu’un qui présentait alors un quelconque intérêt. " Squarcini, surnommé "le squale", venu avant hier nous rejouer le coup de la menace islamiste après avoir huit ans avant blanchi une des personnes impliquées dans les attentats de Paris.... on croit rêver !
(**) auteur du sidérant ouvrage "Contre-espionnage algérien : Notre guerre contre les islamistes" dont je vous recommande chaudement la lecture.