Les cadavres dans le placard de Charly (5) : le vrai Charnier était du SAC
par morice
vendredi 17 juillet 2015
Le volet drogue est tellement important chez Charly, que je l'ai divisé en trois parties distinctes, cet épisode et les deux suivants. Car notre gouailleur se retrouve aussi cité dans l'affaire de la French Connection, ce trafic d'héroïne qui va occuper pendant deux décennies le devant de la scène, obligeat en 1971 les USA et la France à se rapprocher pour endiguer le fléau. Un fléau dans lequel les services secrets des deux pays se retrouvent très bien comme on va le voir.....
On retrouvera le même Venturi bien plus tard avec un compte en banque ouvert à HSBC Genève, ou plutôt celui de son petit-fils Jean-Christophe Rapetto, qui s'alimentait étrangement à plusieurs reprises : "Jean-Christophe Rapetto, gérant de la SARL Le Café parisien et de la société JCR Holding, possédait un compte à la banque HSBC à Genève, ouvert en 2003. Le 21 août 2007, il reçoit 100 000 dollars, venant du compte Baraka, ouvert à la Rothschild Bank de Monaco ; et le 5 décembre 2007, 377 388 dollars, toujours du même compte et du même établissement financier. Si Jean-Christophe Rapetto ne se demande pas l'origine des fonds, HSBC Private Bank à Genève ne se montre guère plus curieuse. Pourtant, le patron, Alexandre Zeller, déclarait dans la presse suisse à la même époque : "Je n'ai aucune crainte de cas de blanchiment dans notre banque. S'il y avait le moindre souci, nous l'aurions dénoncé." Des banques (suisses) qui ne savent pas qui leur verse de l'argent, avouez que ça devient croquignolet à ce stade.
D'où vient donc cet argent ? Officiellement, des... pommes de terre, raconte sans sourire Venturi : "quand il ouvre un compte à la Deutsche Bank à Monaco en juillet 1998, "Nick" Venturi se présente comme "producteur de patates", résident à Casablanca (Maroc). Il y verse un million de dollars. Puis il ouvre en 2005 un nouveau compte baptisé Baraka. Deux ans plus tard, les économies déposées sur ce compte Baraka partent à la banque HSBC à Genève sur le compte détenu par Jean-Christophe Rapetto, son petit-fils, qui récupère au total 477 000 dollars. Jean-Christophe Rapetto est le fils de Jeannette Venturi, la fille de "Nick" Venturi, divorcée de Jean-Jacques Rapetto". En réalité, Nick Venturi est surtout connu du bureau des "narcotics" américains, qui au début des années soixante, l'ont ciblé comme responsable du réseau d'importation de l'héroïne aux USA, via ce qu'on a appelé la « French Connection ». En 1964, un apport du Congrès américain sur « le crime organisé et le trafic illicite de drogues » le citait en bonne place. Or, à ce moment là installé au Canada, son frère Jean Venturi travaillait pour Ricard et était toujours un proche de Charles Pasqua.... dont la belle famille est canadienne (sa femme Jeanne Joly, est une Québécoise rencontrée à Grasse).
Le port de Marseille est déjà la plaque tournante de la drogue, et cela attise des convoitises. Vient s'y mêler la CIA, qui surveille de près l'évolution de la France et craint la tentation communiste dans le pays. La création du syndicat FO est la preuve tangible de cette grande peur de contagion communiste : "la CIA se tourna donc vers un certain Pierre Ferri- Pisani, ancien déporté et ancien de la Section française de l’internationale ouvrière (SFIO) mais exclu de ce parti politique suite à diverses manœuvres de Gaston Defferre qui redoutait son ascension. Encouragé par la CIA, Ferri-Pisani utilisa deux méthodes d’action pour reprendre le contrôle du port de Marseille. Il avait d’une part promu l’adhésion à Force ouvrière (FO), syndicat créé en 1947 par Léon Jouhaux suite à une scission d’avec la CGT. Jouhaux refusait la mainmise du PCF ou de la SFIO sur le syndicalisme. D’autre part, Ferri-Pisani utilisa les parrains en accord avec la CIA, notamment l’ancien résistant « socialiste » Antoine Guérini, afin d’intimider les dockers cégétistes voire « convaincre » certains d’adhérer à FO, syndicat favorable à la reprise du travail dans les ports français et plus généralement au plan Marshall dénoncé par Staline."
Pour "sécuriser" le tout la CIA, comme aux Etats-Unis, songe à faire appel à la pègre : « Ce tandem est prêt à tout pour renforcer ses rangs. Adepte des liaisons dangereuses, Brown [de la CIA] et Ferri-Pisani auraient participé à une réunion à Bordeaux en 1952 pour ‘‘sécuriser’’ le port, avec des amis du milieu Corse – Antoine Guérini, Jo Renucci, Jean Colonna et le chimiste de la drogue Jo Césari. Dans sa lutte anticommuniste, Brown est même favorable à l’utilisation de néonazis ou de personnages troubles mouillés dans la collaboration ». Ainsi, sous l’influence directe de la CIA, certains parrains prirent de l’importance dans le contrôle des activités portuaires : « Quand le milieu eut ajouté la prise de contrôle des quais à l’influence politique qu’il avait acquise avec l’aide de la CIA en 1947, le conditions se trouvèrent réunies pour que Marseille devienne le laboratoire d’héroïne de l’Amérique ».
Car offrir les quais de Marseille à l'influence de la mafia, c'est obligatoirement y favoriser le trafic de drogue : que n'auront-ils pas fait pour éviter la gangrène communiste !!! "Ainsi aux Etats-Unis, en mai 1971 alors que la campagne antidrogue prenait de l’ampleur, un nouveau rapport de Morgan F. Murphy et Robert H. Steele, deux membres de la Chambre des représentants américaine, faisait le constat de l’implication des Corses dans le trafic. Le rapport, qui n’eut quasiment aucun écho dans la presse française, présentait les choses ainsi : « Au cours des dix dernières années, chaque affaire de stupéfiants à Marseille a impliqué une ou plusieurs des quatre familles corses : les frères Venturi (Jean et Dominique), Marcel Francisi, Antoine Guérini et Joseph Orsini. Il y a aussi d’autres groupes qui apparaissent de temps en temps mais ces quatre familles sont au cœur de la production illégale d’héroïne à Marseille » Bien que ce rapport exagérait sans doute l’influence de ces quatre clans sur la totalité du trafic, les Américains qui avaient poussé certains de ces réseaux via la CIA, voyaient en quelque sort l’arme se retourner contre eux. C’est ce que synthétise l’historien Alfred W. McCoy : « Le rôle de la CIA dans le trafic d'héroïne était simplement une conséquence négligée mais inévitable de sa tactique dans la Guerre froide »... Tout cela sous les yeux d'un SAC consentant : il est aussi anti-communiste, sinon pire encore...
Selon elle cela aurait commencé en 1962, et aurait duré jusque les années 80. Or, étrange coïncidence Charles Pasqua a effectivement travaillé chez Ricard pour développer la filière marocaine, et Jean Venturi a travaillé avec lui. "Lors du démantèlement de la « French Connection » (1971), qui faisait parvenir de l’héroïne aux États-Unis via le Canada, les noms de Jean-Charles Marchiani et de Charles Pasqua sont cités par la presse anglo-saxonne. Pendant près de neuf ans, Jean Venturi était l’importateur et le distributeur en Amérique du Nord du pastis Ricard, statut qui lui servait de couverture pour assurer plus facilement l’importation d’héroïne provenant de Marseille. Son supérieur hiérarchique était alors Charles Pasqua". Selon Bourequat, " Pernod-Ricard servait de couverture aux services spéciaux français, pour le trafic de drogue comme pour le reste".
La demande de naturalisation de Jacqueline Pilé et de Ali Bourequat acceptée rapidement par les USA nous donne un autre élément important de l'affaire, comme le note ici un posteur : "depuis l'indépendance des USA, ce pays a accordé 5 droits d'asiles pour cause de persécution politique à des Français... Bourrequat (journaliste franco-marocain encagé avec sa famille par Hassan II durant une longue période) et Aymard (ex-épouse du Directeur de Pernod, associé de Ricard... dans le fondation de labos au Maroc... pour "faire du Pastis", qu'on se rassure... ce fut elle qui dénonça les magouilles et les comptes off-shore de la société et de son époux) en furent les N° 4 et 5 !... Deux d'un coup !... Pour les soustraire aux doubles équipes de tueurs de la Pasqua and C° ; le SAC d'une part... les flics de l'autre puisque l'impayable Charly était parvenu à ridiculiser Vidoc en se hissant au poste de Ministre de l'Intérieur (Vidoc le bandit-policier n'ayant pas passé le cap de préfet de police !) Une vidéo conférence du couple fut retransmise dans l'hémicycle ou les braves députés (peu étaient présents... pour quoi faire ?) se reconnurent "choqués"... sans autre forme de soutien à la démocratie pourtant sérieusement mise à mal."
On serait bien tenté de les croire en effet, tant la proximité des trafiquants et de Charly est grande. Toujours dans "D comme Drogue", on peut aussi lire en effet ceci : « Jean Venturi assure l’acheminement de la drogue vers le Canada et le rapatriement des capitaux vers la Suisse ou la France. Il est au même moment représentant au Canada du Pastis Ricard. Le directeur commercial chargé des exportations chez Ricard est Charles Pasqua, un des fondateurs du SAC., grand recruteur de truands et de barbouzes. Au moment où Pasqua a Venturi sous ses ordres, il ne peut absolument pas ignorer les activités de son représentant, puisqu’elles ont fait l’objet d’une fiche du FBI publiée aux Etats-Unis, qu’il y a à Marseille un copieux dossier de police consacré aux frères Venturi et que le nom de Venturi ne peut à l’époque, en aucune façon, être ignoré du moindre directeur commercial de la région marseillaise ». L'argent arrivé sur le compte miraculeux du petit-fils béni est bien le produit de la drogue et non de la vente d'hypothétiques patates marocaines... et ça, Pasqua devait donc obligatoirement le savoir !
De fait, la French Connection était un circuit d'héroïne fabriquée au départ de Marseille, la morphine-base venant de de Turquie, d'Indochine ou de Syrie. Une drogue faite dans des labos discrets de l'arrière-pays, sous la houlette de Joseph Cesari, le chimiste le plus connu de la French Connection , une héroïne réputée pour sa qualité qui était vendue ensuite aux Etats-Unis transportée par bateau dissimulée dans les carrsseries de voitures. "Lucien Aimé-Blanc, commissaire de police originaire de Marseille et qui officiait notamment à la Brigade des stupéfiants dans cette ville de 1974 à 1976, est catégorique sur les origines de la présence d’opium dans la ville : « L’opium, cela commence avec des marins Corses et Marseillais partis en Indochine avec les Messageries Maritimes » note dans son mémoire de 2009 "Le démantèlement de la French Connection : la répression internationale des filières françaises de l’héroïne "Michaël Bénichou.
La drogue venue de Syrie était tout simplement "pêchée" au départ par de petits canots, indétectables (le procédé existe toujours avec les cargos amenant la coke colombienne en Europe) : "La technique la plus couramment utilisée était la suivante : l’équipage du cargo de transport larguait la marchandise en mer, elle était attachée à des bouées. Une équipe de porteurs était ensuite chargée de la récupérer avec des canots. Les porteurs revenaient alors dans un port discrètement, ils pouvaient sinon cacher la marchandise dans des criques et elle y était récupérée plus tard. Enfin, la marchandise pouvait aussi passer directement par les ports mais cette technique était bien plus risquée : on ne pouvait pas larguer la marchandise si les douanes décidaient de fouiller les cargaisons, notamment si elles avaient été préalablement informées par un aviseur. Au total, plus de 1234 kilos de morphine base et plus de 1070 kilos d’opium introduites par les Turcs furent saisis en France entre septembre 1966 et mars 197281. Ce bilan apparaissait bien maigre comparé à l’essor du trafic, donc en général tout se passait comme prévu, sans accrocs, exceptées les querelles entre truands qui se réglaient d’homme à homme. Une fois la matière première arrivée à bon port, il ne restait plus qu’à la livrer aux organisations qui faisaient travailler des chimistes. "
Un trafic bien rodé : on a estimé à 40 tonnes par an l'intensité du trafic à sa grande époque des années 70. C'est dans ce circuit que tombera l'animateur vedette de la télé française, Jacques Angelvin, présentateur de l'émission Télé-Paris. Dans sa Buick Invicta, les stups avaient découvert 52 kg d'héroïne pure, Angevin ayant perçu pour le transport seulement 10 000 dollars : il sera condamné à 6 années de prison.
Une drogue marseillaise réputée : « d’autres que les Marseillais ont essayé de fabriquer une héroïne pure comme la leur. Ils y sont arrivés en produisant une héroïne pure à 70%, les Marseillais eux c’était 95, 97%. Pourquoi ? Parce qu’ils avaient un secret. Ce secret c’était d’arriver au point de fusion de la patte, 229°, d’arriver au point de fusion à un bon rythme. Il fallait être patient, savoir attendre. Et l’un des chimistes les plus connu de la French Connection, qui s’appelait François Scapula, a dit un jour : ‘‘C’est comme la bouillabaisse, il faut avoir le truc’’ » Le fait était que la réunion du pavot turque, sans doute le meilleur au monde et qui plus est monopolisé par les Marseillais via le Liban, associé à l’habilité des chimistes qui avaient derrière eux une longue tradition dans ce domaine d’expertise, faisait de l’héroïne marseillaise la meilleure au monde, sans aucun doute possible. Souvent pure à 95%, certains, comme Jo Césari, arrivaient à produire une héroïne proche de la perfection : 99%. Jo Césari signait d’ailleurs ses productions d’une pastille spéciale afin qu’elle puisse être reconnue et vendue plus cher en guise de qualité.
Un Luchese lié lui-même à deux gangsters montréalais, Pepe et Vincenzo Cotroni, un des larrons du trafic portant même le nom d'Anthony Di Pasqua (aucun rapport de famille, rassurez-vous) !!! Un homme d'affaires français est aussi mouillé : Jean Jehan, surnommé " "Pépé la Schnouf". Scaglia sera condamné à 22 ans, les fréres Fuca à 15 ans chacun. Si les transferts se limitent à une centaine de kilos maximum, le 29 février 1972, au large de Marseille est arrêté un chalutier, le Caprice des temps, en avec 425 kg d'héroïne à bord, destiné à rejoindre Miami.
Une chose confirmée par les narcotiques US : selon le détective Sonny Grosso le pivot central du réseau d'héroïne était bien "le corse Jean Jehan". "Jehan avait arrangé le passage de de 64 livres d'héroïne "pure", d'une valeur à la revente de 220 millions mais il n'a jamais été arrêté pour sa participation(engagement) dans la contrebande d'héroïne internationale". Selon Grosso, toujours, toutes les demandes américaines d'arrestation de Jehan sont restées vaines. "Pendant des années ensuite, Jehan a été rapporté pour être vu arrangeant et opérant(exploitant) des activités de médicament(drogue) à volonté partout en Europe". Ses liens avec le SAC lui ont toujours suffit pour obtenir l'immunité en France. Des liens, obligatoirement, avec... Charles Pasqua, responsable du SAC ! Le 27 mai 1971, l'orage vient une première fois des USA : deux députés américains, Robert Steele et Morgan Murphy, lâchent le morceau :dans lans leur rapport sur les « Problèmes mondiaux de l’héroïne » il citent des noms de truands marseillais responsables selon eux du trafic d'héroïne : "Les frères Venturi ( Jean et Dominique dit "Nick"), Marcel Francisi, Joseph Orsini et Antoine Guérini. » De l'héroïne envoyé aux USA par divers moyens....
Les américains le savent, car ils ont suivi de près, juste au sortir de la guerre, les exploits d'un de leurs mafieux, liés à la maison mère italienne : "deux délégations de mafieux italiens et américains se réunissent du 10 au 14 octobre 1957 au Grand Hôtel des Palmes à Palerme. Cette réunion décidée par Lucky Luciano (ci-dessus) doit permettre d’inonder le marché américain d’héroïne. Pour s’assurer le contrôle de tout ce trafic, Lucciano s’associe avec deux marseillais, Jo Renucci et Antoine Guérini que l’on retrouvent dans la « French - Connection » en compagnie d’un autre contact de Luciano, Etienne Léandri. C’est le ministre français, Martinaud Desplat qui a dépêché Jo Renucci au Maroc avec quelques hommes de main afin de juguler, par tous les moyens, les mouvements d’opposition qui veulent sortir le Maroc de l’influence française. De son côté Etienne Léandri, qui deviendra un ami très proche de Charles Pasqua, a été un collaborateur notoire pendant la guerre et doté d’un uniforme de la Gestapo, il s’était enfui en Italie pour échapper à sa condamnation à vingt ans de travaux forcés. Léandri va représenter Luciano auprès de la C.I.A., dont il rencontre plusieurs fois le patron, Allen Dulles. La « maison » apprécie l’anticommunisme de Léandri et va même obtenir en 1955, l’annulation de sa condamnation. C’est ainsi que l’on retrouvera Léandri auprès de Jean Charles Marchiani, de Pasqua et de son fils, des réseaux et de la vente d’armes jusqu’à sa mort en 1995"... Charly, ce bon résistant, a de biens étranges amis... corses. Leandri étant aussi un des piliers des Trois Canards, le café parisien devenu plaque tournante parisienne du grand banditisme !!!
"
sources :
http://gangstersinc.ning.com/profiles/blogs/the-man-who-stole-the-french
http://www.sciencespo-rennes.fr/mediastore/fckEditor/file/Benichou.pdf
http://www.algerie-francaise.org/barbouzes/foccart-pasqua.shtml