Les Cavaliers de l’Apocalypse
par Laconique
mercredi 21 octobre 2026
Le livre de l’Apocalypse est à la fois l’un des plus célèbres et l’un des plus mystérieux de la Bible. Contrairement à l’idée reçue, il ne s’agit pas tant d’un discours sur la fin des temps que d’une « révélation », d’un « dévoilement » de l’histoire. Comme l’a bien montré Jacques Ellul, l’Apocalypse n’est pas vraiment un texte posthistorique, mais plutôt un texte transhistorique. La venue, la Passion et la Résurrection du Fils de l’homme ont dépouillé les Puissances de leur prestige, de leur pouvoir d’attraction sacré, et elles ont permis de les considérer dans toute leur vérité crue. En ces temps troublés, il peut n’être pas inutile de se pencher une nouvelle fois sur ce message d’espérance et de lucidité.
Je discutais l’autre jour avec un ami protestant.
« Connais-tu le livre de l’Apocalypse ? me demanda-t-il. Il s’agit du dernier livre du Nouveau Testament, du dernier livre de la Bible. Jacques Ellul lui a consacré un essai fort éclairant, intitulé L'Apocalypse, Architecture en mouvement. On trouve dans l’Apocalypse un épisode célèbre, assez mystérieux. Au chapitre 5, l’Agneau s’avance devant le Trône et reçoit le Livre aux sept sceaux. Tous les anges du ciel s’exclament alors : « Tu es digne de prendre le Livre et d’en ouvrir les sceaux, car tu fus immolé, rachetant pour Dieu, par ton sang, des gens de toute tribu, langue, peuple et nation. » Au chapitre suivant, l’Agneau ouvre le premier sceau. Ce qui se produit alors a marqué l’imaginaire occidental. Quatre chevaux se présentent, qui se mettent à parcourir la terre.
Le premier cheval est le cheval blanc : « Celui qui le montait tenait un arc, une couronne lui fut donnée, et il sortit vainqueur, pour vaincre à nouveau. » Ce cheval, c’est celui de la Parole de Dieu. Il tient un arc, qui est le symbole de l’Alliance. Au bout du compte, c’est lui qui sera vainqueur. Mais il y a encore trois autres chevaux.
Le second cheval est le cheval rouge feu : « À celui qui le montait il fut donné d’enlever la paix à la terre, pour que les gens s’entretuent, et une grande épée lui fut donnée. » L’image est transparente, il s’agit bien entendu de la guerre qui traverse l’histoire des hommes.
Le troisième cheval est le cheval noir. Son cavalier porte une balance, et il dit : « Un denier, la mesure de blé ! Un denier, les trois mesures d’orge ! Ne fraude pas sur l’huile et sur le vin ! » Ce cheval représente l’activité économique, et plus précisément les fléaux liés à cette activité : les famines, la pauvreté, la dette, les crises économiques.
Vient enfin le quatrième cheval, le cheval verdâtre : « Celui qui le montait se nomme la Mort, et le séjour des morts l’accompagnait. » Ce cheval, c’est la peste, les épidémies et leurs ravages.
Il est ensuite précisé dans quelle mesure ces trois puissances néfastes s’exerceront : « Il leur fut donné pouvoir sur un quart de la terre pour tuer par le glaive, par la famine et par la peste. » Dieu pose donc une limite : un quart de la terre leur sera soumis, pas plus, mais pas moins.
Jacques Ellul explique bien qu’il ne s’agit pas là, comme on le pense généralement, d’une peinture de la fin des temps : non, c’est un « dévoilement » de l’histoire humaine (d’où l’image des sceaux que l’on ouvre pour avoir accès au livre), une description de son déroulement : « Telles sont les forces, écrit-il, sans lesquelles il n’y aurait pas d’Histoire. Et toute l’Histoire en dépend et il n’y a que ces forces-là dans l’Histoire. »
Mon ami s’interrompit un instant, puis il me regarda : « Laisse-moi te poser une question. Te semble-t-il que dans notre histoire récente, dans notre futur proche, ou dans notre passé proche, nous ayons été confrontés, ou nous risquons d’être confrontés, à des choses telles que des conflits armés sur le sol européen, à des crises économiques, à des crises de la dette, ou à des pandémies mondiales ? Ce texte date de deux mille ans. Te semble-t-il y avoir un autre texte antique qui dépeigne de façon plus exacte ce que nous avons vécu ou sommes sur le point de vivre ? »
Je ne répondis rien, tandis qu'un frisson de terreur pure se mit à parcourir lentement mon échine.
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- À consulter aussi, sur AgoraVox : L’Apocalypse, Architecture en mouvement, Jacques Ellul