Les écrits vains
par C’est Nabum
mardi 14 avril 2026
Tout en pissant dans un violon.
Il se dit qu'il y eut une religion du livre et que par la suite, le livre se fit vecteur de croyance au point même qu'il en est encore qui jure sur la bible alors même que nombreux sont parmi ceux-là qui ne lisent plus ou ne lisent jamais à commencer par l'actuel et déplorable président des États-Unis d'Amérique. À quoi bon écrire quand de tels personnages commandent le monde et que l'Intelligence Artificielle entend remplacer ceux qui écrivent encore ?
Prêcher dans le désert a pu, en un temps fort lointain, mettre le pied à l'étrier à un prophète qui se fit un nom dans l'histoire de la pensée. Même si son parcours se termina fort mal, on peut encore affirmer que sa parole constitua longtemps le clou du spectacle dominical. Il est vrai qu'il avait su trouver une estrade pour se faire entendre avant qu'on lui cloue le bec de manière fort cavalière.
D'autres alors se firent ses porte-paroles par la plume, manière de passer du pupitre à l’épître dans une discipline commune qui en fit les bons apôtres de la nouvelle Jérusalem. Il eut été cependant préférable de semer le bon grain sur une autre terre de manière à ne pas y concentrer tous les germes d'une rivalité inexpugnable.
Le prêcheur était pourtant certain d'avoir trouvé sa bonne étoile alors même que c'est elle qui était venue à lui. Il faut avouer que c'était là une entrée en matière qui ne devait jamais le laisser sur la paille. Il y avait là un plan de communication fort élaboré que n'a toujours pas trouvé son pareil dans notre époque. Le créateur avait mis cartes sur étable et depuis personne n'a jamais fait mieux.
La malédiction du livre vint plus tard quand un certain Gutenberg voulut mettre du plomb dans ses cases vides. Une pure folie qui mit le livre à la portée de tous les regards, laissant sans voix les copistes dans leurs monastères. L'histoire prenait son envol avec la diffusion à grande échelle de toutes les opinions y compris les plus subversives.
Il fallut mettre le poing sur la table et tendre l'index pour trier le bon grain du livre interdit. Une autorité suprême s'imposait pour faire le ménage dans les rayonnages afin de ne laisser que les lectures saines et conformes au dogme ou à la doxa. Hélas, la liberté d'expression vint souffler le vent de la révolte et le désir de tout écrire pourvu que ce fut sans faute.
Les lumières éclairèrent cette période faste qui ne dura malheureusement pas très longtemps. La main de Dieu n'ayant plus d'index, celle du diable mit le feu aux poudres et aux montagnes de livres nocifs à la bonne gouvernance d'un peuple sous le joug. Une forme élaborée d'œillères qui permettait de ne pas pouvoir lire ce qu'il ne fallait pas.
On crut ce temps révolu avec le retour de la démocratie jusqu'à ce que celle-ci déroule le tapis rouge à une forme plus pernicieuse de censure, celle par l'argent et le matraquage des consciences sans oublier de vider avec une formidable persévérance les cerveaux humains. Fort de ces efforts conjugués au service des puissances de l'argent, les livres mis en avant par les médias devinrent d'une parfaite innocuité.
Il resta un espace de liberté d'expression qui surfait sur la toile. Il fallait agir au plus vite pour que cessent de nuire les lanceurs d'alerte et tous ceux qui entendaient donner de la matière à réflexion à leurs semblables. Plutôt que de les faire taire, les réseaux trouvèrent plus malin d'inonder de sornettes, d'images stupides ou salasses, de propos inoffensifs cet espace qui perdit tout caractère nocif.
À force de les abreuver d'inepties, les maîtres du monde donnèrent l'envie à la foule conditionnée de se lancer elle aussi dans cette aliénation des cerveaux, chacun y allant de son commentaire sans intérêt, de sa publication inepte. Le succès fut colossal, la communication devint vide de sens et les malheureux qui entendaient encore donner du grain à moudre se retrouvaient le nez dans la farine.
Ils sont quelques-uns à croire encore au miracle, à publier des avertissements, des dossiers étayés, des enquêtes sérieuses, des écrits vains puisque plus personne ne prend désormais le temps de lire ce qui pourrait mettre en péril ce système parfaitement rôdé d'abrutissement général des masses.