Les étudiants continuent à donner de la voix contre la loi Pécresse
par joséfa
vendredi 30 novembre 2007
Pour la troisième semaine consécutive, les étudiants de Lettres et Sciences Humaines se sont de nouveau réunis lors d’une assemblée générale pour trois heures de prises de parole mercredi 29 novembre.
Sur le tableau noir, le programme de cette réunion est écrit à la craie à côté du A d’Anarchiste. Les thèmes abordés : la manifestation de la veille, mais surtout la répression policière, la coordination nationale, les rapports des différentes commissions, la mobilisation nationale et locale suivis de débats puis, le moment tant attendu, le vote du blocus. Parmi environ 1 300 étudiants, quelques journalistes se font discrets, espérant pouvoir assister à l’intégralité de cette séance. Plusieurs fois de suite, les médias avaient été exclus à la majorité, accusés de ne pas retranscrire ce qui se déroulait réellement durant les AG.
Le brouhaha ambiant cessant peu à peu, les prises de parole peuvent commencer. Des étudiants d’horizons divers prennent le micro et se positionnent sur les points proposés. La répression policière suite à la manifestation de la veille occupe le dialogue. L’utilisation de flash-ball, de matraques et les charges violentes des CRS et de la Bac ont fait plusieurs blessés. Choqués les étudiants ont besoin de faire partager cette expérience « On nous envoie les CRS et la Bac (Brigade d’action criminelle). Sommes-nous des criminels ? Nos manifestations sont pacifiques alors pourquoi nous faisons-nous tabasser ? Rien ne justifie ces violences ! J’ai eu très peur », confie Lydie, étudiante en licence 2 de Lettres. « Cette répression énerve et fait peur, mais il faut rester mobilisé avant tout, montrer au gouvernement qu’on peut lutter contre "ce roi" président. C’est lui qu’il faut accuser des violences faites aux étudiants ! Au niveau de la répression, ils ont franchi un cap. J’ai vu de la haine dans les yeux des CRS », conclut Tiphaine en L2 LEA. Les applaudissements fusent.
Tout de même plutôt contents du succès de la manifestation du 28 qui a réunis 3 500 personnes à Nantes dont beaucoup de lycéens et plus de 30 000 dans toute la France, les étudiants se félicitent de cette réussite. La coordination nationale réunie le week-end précédent a d’ailleurs déjà prévu d’autres initiatives : une journée lycéenne le 30 et une journée de solidarité contre le loi sur l’immigration lundi 4. Les étudiants commencent donc véritablement à s’organiser grâce à des commissions interne, externe, médias, action pour faciliter la vie à la fac, organiser des actions coup de poing ou améliorer les relations avec les médias. Toutefois, quelques imperfections sont décelables « Ca serait bien que les choses soient plus précises, que ça ne se fasse pas à la dernière minute et que les gens sachent pourquoi ils manifestent et où ils vont », crie un jeune homme du fond de la salle. Continuer la mobilisation, tel reste quand même le mot d’ordre de la majorité des étudiants réunis dans l’amphithéâtre. « Il faut lutter contre ceux qui veulent casser la mobilisation comme les universités, les CRS et aider les lycéens qui veulent agir, mais qui ne peuvent pas se réunir car leur AG sont interdites par le recteur. »
Dans l’ensemble, les étudiants présents sont pour la grève, pour le blocage des facultés et donc contre la loi Pécresse qu’ils veulent voir retirer malgré la suppression de nombreux articles par la ministre. Certains osent tout de même critiquer les moyens d’actions un peu brutaux « On peut travailler et militer en même temps. Pourquoi toujours avoir recours au blocus ! » clame un étudiant en Histoire. « Il faut mettre les choses au clair, il y a un grand flou général vis-à-vis de l’application de ce blocus. Les master 2, master 2 pro, les Capes et agreg peuvent assister aux cours, mais qu’en est-il de ceux de master 1 ? L’administration les autorise à y aller, les bloqueurs non ! » La communication paraît donc quelquefois difficile entre certains et après trois semaines sans cours, le ton monte facilement entre les pro et les anti-blocage. Le vote du blocus clos la séance : le POUR l’emporte largement sous les applaudissements. Pendant que les étudiants sortent de la salle, quelques derniers conseils sont donnés : « Des signes apparaissent, cela prouve que le mouvement ne sert pas à rien. Tant qu’à faire, il faut y aller, il faut tenir ! Le mouvement doit rester étudiant avant tout, ne parlons pas des associations comme l’Unef ou Sud ». 17 heures, l’amphi se vide et la fac aussi pour une nouvelle semaine de revendications.