Les Juifs peuvent-ils être antisémites ?

par Jacques-Robert SIMON
samedi 22 mai 2021

 « Sémite est un mot inventé en 1781 par August Ludwig Schlözer pour désigner trois langues parentes : l’hébreu, l’araméen, et l’arabe.

Il est formé à partir du nom de Sem et en désignerait les descendants comme le mot Japhétites nommerait les descendants de Japhet, et comme Chamites serait associé aux descendants de Cham (Cham, Sem et Japhet étant considérés, d'après la Genèse, comme trois grands ancêtres de l'humanité, en qualité de fils de Noé). Aujourd’hui, les peuples qu’on peut qualifier de sémites sont essentiellement les Juifs et les Arabes, Rien ne dit que Sem aurait été forcément rose, Cham forcement noir et Japhet forcément jaune. »

 Les Juifs éthiopiens, désignés souvent par le terme péjoratif Falashas, descendraient selon les dires d’une des 12 tribus d’Israël. Ils règlent leur vie sur la Torah. De 1948 à 1975, 320 Éthiopiens juifs émigrent en Israël, la plupart illégalement. En 1973, Ovadia Hazzi pose officiellement la question de la judaïté des Falashas au grand rabbin d’Israël. Le gouvernement d'Israël reconnaît ensuite leur judaïté et à partir de 1977 la plupart des Falashas émigrent en Israël. Ils sont alors en butte à de multiples discriminations. Ils organisent alors diverses manifestations de protestation.

 Arrivés en Israël, les Falashas sont obligés de changer de nom en hébraïsant les prénoms et en empruntant de nouveaux patronymes. Les juifs ultra-orthodoxes (haredim) ne les reconnaissent pourtant pas comme juifs. Compte tenu d’un écart important entre les qualifications des Falashas et les besoins des entreprises israéliennes, un chômage important est constaté chez les immigrants. Ceci explique en partie la délinquance importance chez les jeunes d’origine éthiopienne.

 En 2005, le maire d'Or Yehuda a refusé d'accepter une douzaine d'élèves Falashas dans les écoles de sa commune, pour protester contre les décisions de répartition qui ne lui permettaient pas « une absorption contrôlée des immigrants ». Un Juif éthiopien, déclare à Haaretz « Israël est l’un des États les plus racistes au monde envers les Noirs. » L'affaire des contraceptifs de longue durée injectés à leur insu à des émigrantes Falashas dans les années 2000 fit scandale. Un sondage publié par le Jerusalem Post en 2005 indique que 43 % des Israéliens ne souhaitent pas qu’eux-mêmes ou leurs enfants épousent un ou une Falasha. Lors d’une manifestation de juifs originaires d'Éthiopie pour dénoncer les discriminations à leur égard, la diffusion d'une vidéo d’une caméra de vidéosurveillance montre un jeune soldat d'origine éthiopienne être pris à partie par un policier qui le roue ensuite de coups. En 2019, un jeune originaire d'Éthiopie est tué par le tir d'un policier qui n’était pas en service. "Depuis 30 ans, nous souffrons du racisme... Dans l'éducation, dans le logement. Si on veut par exemple louer un appartement, les gens ne veulent pas la plupart du temps, parce qu'on est Ethiopiens, on est Noirs", explique Ohad, 32 ans. Une députée d'origine éthiopienne s'est vue refuser un don de sang, au motif que son sang était "particulier".

 Les Barya (peaux noires) sont maintenant officiellement reconnus comme Juifs, mais les distinctions sociales persistent, et des préjugés racistes virulents existent à leur encontre. Certaines populations prétendent qu’ils sont sales, ignorants, sauvages, maudits et … surtout impurs.

 Les arabes font eux aussi partie des peuples sémitiques. 

 En 1949, entre 520 000 et 530 000 personnes sont déplacées pour permettre l’installation des colons juifs et le ‘droit au retour’, bien que demandé par les instances internationales, ne leur sera jamais accordé. Les arabes représentent de nos jours environ 20% de la population totale d’Israël.

 Depuis la création d’Israël, les rapports entre les citoyens arabes et l’État ont toujours été difficiles, tous les gouvernements qui se sont succédé les ont considérés avec suspicion. Ils sont exclus des centres de pouvoir et fortement sous-représentés au sein des institutions gouvernementales et dans la vie publique en général. D’une façon surprenante, il existe une discrimination parfaitement officielle entre juifs et arabes dans le droit israélien. Maintes dispositions soulignant les inégalités entre les deux peuples existent dans tous les domaines : la définition de l’État et de ses symboles, l’immigration, la citoyenneté, la participation à la vie politique, la terre, la culture, la religion, la politique budgétaire… À titre d’exemple représentatif, pour la Loi du retour, tout juif de par le monde peut obtenir la citoyenneté israélienne, alors que les réfugiés Palestiniens, après la fondation de l’État, se voient refuser ce même droit.

 La discrimination socio-économique s’exprime par une criante inégalité à propos de la répartition des financements publics. L’absence, depuis plusieurs décennies, d’investissements budgétaires adaptés aux besoins de la population arabe palestinienne a creusé un fossé avec les juifs dans presque tous les secteurs : revenus, chômage, taux de pauvreté, développement des infrastructures, protection de l’environnement, logement, espérance de vie, mortalité infantile, échec scolaire, taux d’incarcération… « En plus d’une discrimination institutionnalisée, les arabes palestiniens sont confrontés, dans l’espace public, à une discrimination au quotidien, à l’expression de préjugés voire d’agressivité. » Un rapport publié en 2003 montre que la pauvreté touche bien davantage les familles arabes que les familles juives : environ 50 % des familles arabes vivant en Israël sont pauvres, contre seulement 15 % des familles juives. 

 Des actes violents et gratuits peuvent être également notés. Par exemple, le lynchage d’une personne présumée arabe à Bat Yam ou les provocations d’un député dans le quartier de Cheikh Jarrah à Jérusalem-Est, manifestant au cri de "Mort aux Arabes".

 L’hostilité est également patente entre groupes juifs de différentes origines.

 La minorité juive ultra-orthodoxe (haredim) représente maintenant au moins 10% de la population totale. La société haredi se sent constamment agressée par un monde étranger considéré comme hostile. Cela mène souvent à des tensions et à des affrontements parfois brutaux avec d'autres Juifs, et plus rarement avec des non-Juifs. Ainsi l’agression en 1983 d’un député par des hassedim qu’ils accusaient de les avoir insulté. Il passera plusieurs jours à l’hôpital. Des kiosques à journaux vendant les journaux d’une autre tendance haredi ont été saccagés. Des pierres ont été lancées contre les voitures roulant durant le schabbat, des cocktails Molotov furent jetés contre des cinémas pour les mêmes raisons. Un groupe religieux est suspecté d'avoir envoyé des hommes de main pour « pénétrer dans le domicile d'une femme de Jérusalem et l'avoir battue parce qu'ils la jugeaient immodeste ». Le journal Haaretz estime que c’est un signe « d'une augmentation de la violence ultra-orthodoxe ». 

 Les juifs Ashkénazes et Séfarades sont probablement également juifs. Pourtant, le taux de mariages « mixtes ? » est quasiment nul lors de la création de l’État d’Israël. Avec le temps, des alliances se sont peu à peu nouées pour atteindre la proportion d’un mariage sur quatre dans les années 1980. Aujourd’hui un mariage sur trois entre enfants juifs de l’Orient et de l’Occident se conclue. Par contre, au niveau des élites et des classes défavorisées le rapport entre appartenance de classe et appartenance ethnique demeure étroit. En 1998, les déclarations racistes d’un député travailliste contre les juifs marocains a rouvert les blessures existant entre Ashkénazes et Séfarades. En particulier, certains se sont remémorés que dans les années 1950 et 1960, un plan officiel des autorités israéliennes avait été établi pour contrôler l'installation des Juifs d'Afrique du Nord : il fallait avant tout peupler le désert du Néguev plutôt que le reste plus accueillant du pays. Deux générations de Séfarades ont ainsi été sacrifiées dans l’intérêt unique des Juifs de l’Est, les Ashkénazes.

 Il ne semble donc pas impossible d’être juif et antisémite.

 


Lire l'article complet, et les commentaires





https://merdekakreasi.co.id/buku/pkvgames/https://merdekakreasi.co.id/buku/bandarqq/https://merdekakreasi.co.id/buku/dominoqq/https://merdekakreasi.co.id/tentang-kami/