Les Juifs peuvent-ils être antisémites (question avec réponse argumentée cette fois) ?
par amos zot
mardi 1er juin 2021
Dans un autre article paru sur AgoraVox quelqu’un d’autre posait cette question sans vraiment y répondre de manière argumentée et donnant de nombreux exemples où des Israéliens juifs se comportent mal laissant sous-entendre que ces cas minoritaires sont la règle et que dans d’autres pays ou communautés la situation serait meilleure ; sans parler des nombreuses contrevérités qu’il y énumérait en se contentant souvent de reprendre tout simplement le narratif palestinien. Enfin, dans la dernière ligne de son article, il nous assénait de manière péremptoire et sans aucune argumentation que les Juifs ne pouvaient être antisémites.
Wilhelm Marr (16/11/1819 - 17/ 7/ 1904) était un journaliste allemand qui a créé le terme « Antisemitismus » (antisémitisme) pour remplacer « Judenhaß » (haine des juifs). Il a ainsi introduit ce terme dans le vocabulaire politique.
L’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA – site : https://www.holocaustremembrance.com ) rassemble des gouvernements et des experts dans le but de renforcer et de promouvoir l’éducation, le travail de mémoire et la recherche sur l’Holocauste ( Shoah ) et de mettre en œuvre les engagements de la déclaration de Stockholm de 2000.
La définition opérationnelle de l’antisémitisme, non contraignante, a été adoptée par les 31 États membres de l’IHRA le 26 mai 2016 :
« L’antisémitisme est une certaine perception des Juifs qui peut se manifester par une haine à leur égard. Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme visent des individus juifs ou non et/ou leurs biens, des institutions communautaires et des lieux de culte. »
Les exemples suivants, destinés à guider le travail de l’IHRA, illustrent cette définition :
L’antisémitisme peut se manifester par des attaques à l’encontre de l’État d’Israël lorsqu’il est perçu comme une collectivité juive. Cependant, critiquer Israël comme on critiquerait tout autre État ne peut pas être considéré comme de l’antisémitisme. L’antisémitisme consiste souvent à accuser les Juifs de conspirer contre l’humanité et, ce faisant, à les tenir responsables de « tous les problèmes du monde ». Il s’exprime à l’oral, à l’écrit, de façon graphique ou par des actions, et fait appel à des stéréotypes inquiétants et à des traits de caractère péjoratifs.
Parmi les exemples contemporains d’antisémitisme dans la vie publique, les médias, les écoles, le lieu de travail et la sphère religieuse, on peut citer, en fonction du contexte et de façon non exhaustive :
- l’appel au meurtre ou à l’agression de Juifs, la participation à ces agissements ou leur justification au nom d’une idéologie radicale ou d’une vision extrémiste de la religion ;
- la production d’affirmations fallacieuses, déshumanisantes, diabolisantes ou stéréotypées sur les Juifs ou le pouvoir des Juifs en tant que collectif comme notamment, mais pas uniquement, le mythe d’un complot juif ou d’un contrôle des médias, de l’économie, des pouvoirs publics ou d’autres institutions par les Juifs ;
- le reproche fait au peuple juif dans son ensemble d’être responsable d’actes, réels ou imaginaires, commis par un seul individu ou groupe juif, ou même d’actes commis par des personnes non juives ;
- la négation des faits, de l’ampleur, des procédés (comme les chambres à gaz) ou du caractère intentionnel du génocide du peuple juif perpétré par l’Allemagne nationale-socialiste et ses soutiens et complices pendant la Seconde Guerre mondiale (l’Holocauste) ;
- le reproche fait au peuple juif ou à l’État d’Israël d’avoir inventé ou d’exagérer l’Holocauste ;
- le reproche fait aux citoyens juifs de servir davantage Israël ou les priorités supposés des Juifs à l’échelle mondiale que les intérêts de leur propre pays ;
- le refus du droit à l’autodétermination des Juifs, en affirmant par exemple que l’existence de l’État d’Israël est le fruit d’une entreprise raciste ;
- le traitement inégalitaire de l’État d’Israël, à qui l’on demande d’adopter des comportements qui ne sont ni attendus ni exigés de tout autre État démocratique ;
- l’utilisation de symboles et d’images associés à l’antisémitisme traditionnel (comme l’affirmation selon laquelle les Juifs auraient tué Jésus ou pratiqueraient des sacrifices humains) pour caractériser Israël et les Israéliens ;
- l’établissement de comparaisons entre la politique israélienne contemporaine et celle des Nazis ;
- l’idée selon laquelle les Juifs seraient collectivement responsables des actions de l’État d’Israël.
En relisant un des exemples susmentionnés (mis en gras par moi pour être retrouvé rapidement) à savoir :
le traitement inégalitaire de l’État d’Israël, à qui l’on demande d’adopter des comportements qui ne sont ni attendus ni exigés de tout autre État démocratique
Il apparaît donc très clairement que toute personne (juive ou non) usant de double standard à l’encontre d’Israël verse dans l’antisémitisme. Les cas ne sont pas si rares, ils sont dus à de multiples raisons : la difficulté de résister au rouleau compresseur de nombreux médias qui désinforment, un genre de syndrome de Stockholm pour se faire bien voir dans un milieu hostile aux Juifs, garder ou obtenir des avantages (ex. : être invité sur certains chaînes,.) ,…..
Cette définition de l’IHRA a été votée également par le Parlement européen et de nombreux pays dont les 31 membres de l’IHRA.
Amos Zot, géopolitologue