Les marchands du temple
par Deneb
mardi 31 juillet 2007
La gratuité, un mot qui fait peur aux puissants.
Denis Olivennes, le patron de la Fnac, devient membre de la
mission d’études des moyens de lutte contre le téléchargement, mise en
place par le gouvernement. En effet, son ouvrage La
gratuité, c’est du vol, est dans la plus pure ligne idéologique du
pouvoir en place. Nicolas Sarkozy a déclaré que "la gratuité tuait la
culture", et Valérie Pécresse, ministre
de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a déclaré le 24 juillet
sur France Inter : "Ce qui est gratuit n’a pas de valeur."
La culture que veut le gouvernement est donc une culture basée sur le mercantilisme, une culture produite par l’industrie culturelle, étroitement contrôlée par les grands capitaux. La Fnac, acteur majeur de cette industrie, aura donc son mot à dire dans les nouvelles dispositions du gouvernement pour casser du hacker, comme Vivendi avait son mot à dire dans l’élaboration de la loi DADVSI.
Le pouvoir a donc pris fait et cause pour une culture mercantile. À ce propos, posons nous quelques questions fondamentales :
. La première concerne la motivation de l’artiste. En effet, lors du process de la création d’une œuvre, le premier souci de l’artiste est-il d’ordre économique ? Se dit-il : "Je vais pouvoir bien en vivre, de cette idée que je suis en train de mettre en œuvre" ? ou se dit-il : "Voici une idée que je trouve belle et j’ai hâte de pouvoir la partager avec d’autres humains" ? Qu’est-ce qui tue la culture : le partage ou le mercantilisme ?
. La deuxième question concerne la dématérialisation du support. À l’heure de l’Internet, le support physique a cédé la place au support virtuel à un prix dérisoire. De moins en moins de gens écoutent la musique à partir d’un CD. La musique est aujourd’hui stockée sur un support numérique, comme une mémoire flash ou un disque dur. La conséquence est que l’artiste n’a pratiquement plus besoin d’intermédiaires pour être diffusé. Et tout le monde sait que, dans l’industrie culturelle, un artiste ne touche qu’une petite partie du profit qu’engendre son œuvre, une très grande partie allant aux intermédiaires. Qui empoche la différence entre une œuvre achetée sur support physique et une œuvre téléchargée, payée pratiquement le même prix sur le site de la Fnac ? La culture sert-elle à alimenter un bulldozer bureaucratique ?
. La troisième question concerne les projets collectifs participatifs, comme Wiki, Linux, Open source... La viabilité des œuvres collectives n’est plus à démontrer. Wikipedia concurrence les plus grandes encyclopédies sur le marché. Linux devient accessible aux néophytes avec des interfaces comme Ubuntu. Les ordinateurs des députés à l’Assemblée nationale en sont équipés, ainsi que d’Open Office. N’est-il pas dangereux pour un État mercantile de laisser fleurir les projets collectifs ? Si l’on prouve qu’un projet collectif peut aller plus loin qu’un projet lucratif, la "Démocratie 2.0" Open Source peut, à terme, rendre l’État inutile et l’argent obsolète. Les mécanismes d’autodéfense de l’État vont probablement avoir une forte odeur de la dictature. Va-t-on essayer de saboter les projets collectifs pour sauver le marché ?
À l’instar de Jésus, qui a chassé les marchands du temple, l’Histoire ne va-t-elle pas tout simplement éliminer le mercantilisme du tout ce qui est immatériel, de ce temple qu’est la culture et l’imagination humaine ?