Les maux ont un sens

par Pierre d’Artois
mardi 22 mai 2018

Il existe quelques mots-clefs permettant de couper court à un débat tout en culpabilisant son contradicteur. Petit passage en revue...

Si être fier de son pays, de sa richesse, de sa culture, de ses traditions et de sa grandeur est proprement fasciste, alors oui, je suis fasciste.

Si penser que l’apprentissage des savoirs fondamentaux doit constituer la clef de voûte de l’école est proprement réactionnaire, alors oui, je suis réactionnaire.

Si reconnaître l’incapacité de son territoire à accueillir de façon décente des crises migratoires exceptionnelles dans un contexte économique difficile est proprement inhumain, alors oui, je suis inhumain.

Si considérer que la gestation pour autrui constitue un marchandage du corps et une atteinte abson caractère sacré est proprement homophobe, alors oui, je suis homophobe.

Si estimer que l’obligation sociale du port d’un voile intégral est un viol des droits des femmes et que la lutte contre le fondamentalisme est primordiale, est proprement islamophobe, alors oui, je suis islamophobe.

Aucune de ces assertions ne correspond pourtant au qualificatif qui lui a été associé. Cependant, commettre l’outrage de se reconnaître dans l’une d’entre elles expose le malheureux « mal-pensant » à ce genre de désignation. Bien que j’ai exprimé mes convictions profondes à travers ces quelques phrases, je ne me reconnais dans aucun des adjectifs que d’aucuns tentent, faute d’une rhétorique suffisante, d’y associer. Ceux-ci voudraient sans doute, sciemment ou non, que ce procédé cristallise en arguments d’autorité. La défaite de la libre pensée réside aujourd’hui en la victoire et la consécration de cette méthode.

Alors n’ayons plus peur d’exprimer nos réflexions ou ce en quoi nous croyons et faisons fi de la manière, toute aussi déplacée soit elle, dont d’autres bien plus grands dans leurs âmes qualifieront nos propos, nos actes ou plus grave, nos êtres.


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