Les Proto-indo-européens (PIE) seraient, selon la thèse la plus communément admise, un peuple ancien qui a diffusé sa langue, sa culture, ses codes et ses croyances à la quasi-totalité des peuples de l’Europe actuelle. L’archéologue Marija Gimbutas les identifie avec les porteurs de la civilisation des Kourganes dans la steppe pontique (cf. Wikipédia). Changement de langue ne signifie pas nécessairement remplacement violent des populations, mais plutôt adoption de nouvelles cultures (Wikipédia).
L’archéologue Colin Renfrew propose de voir le foyer d’origine en Anatolie d’où partent les groupes qui de proche en proche apportent la civilisation néolithique et l’agriculture en Europe à partir du Ve millénaire avant notre ère (Wikipédia). Directrice de la mission archéologique El Kowm-Mureybet en Syrie, Danielle Stordeur déclare (extraits) : L’Europe a reçu le néolithique comme un cadeau, arrivé tout prêt du Proche-Orient..., avec ses villages, son blé, ses moutons et ses chèvres, sa poterie et ses symboles ; une révolution totale pour les descendants des chasseurs-cueilleurs de Lascaux... Bien avant Uruk, il y avait déjà des hommes civilisés dans les premiers villages du Levant.
Revenons sur notre terre pré-gauloise !
Si l’on veut bien accepter mon interprétation militaire, à savoir que le site néolithique de Chassey-le-Camp (vers 3 500 av. J.C.), en Bourgogne, ne peut s’expliquer que s’il gardait l’entrée d’un territoire, on comprendra à la fois, comment ce territoire pouvait correspondre à la description pré-citée en italiques et comment le horst de Mont-Saint-Vincent - future Bibracte selon moi - pouvait en être, au centre, la position ultime de défense et de refuge.
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/naissance-d-une-civilisation-de-la-34394. Je n’ignore pas que cette hypothèse est dérangeante car elle prouverait que, dès cette époque, la population néolithique était en mesure de penser une défense, de la mettre en place et qu’elle disposait déjà d’une langue suffisante pour cela.
Du bon usage du mot "Celte".
Sur quels textes les historiens se fondent-ils pour dire que les Celtes étaient les habitants de l’Europe. Je n’en vois pas. Le premier à parler des Celtes, au VIème siècle av. J.C., Hécatée de Millet, les présente seulement comme les habitants d’une ville. Evoquant notre région "barbare", il ne cite que trois villes : Narbonne, Marseille qu’il situe en Ligurie et, au-delà de Marseille, Nuerax, habitée par les Celtes. Dès lors que j’ai montré, d’une façon on ne peut plus claire, qu’on ne pouvait placer Bibracte qu’au Mont-Saint-Vincent, on comprend tout de suite que Nuerax est synonyme de Bibracte
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/mais-ou-diable-la-bataille-des-67412. Qu’Hécatée la désigne sous le nom grec que les Grecs itinérants ou marchands lui donnaient n’est pas un problème.
Au Vème siècle, Hérodote confirme mon interprétation. Il ne dit pas que les Celtes étaient les habitants d’un pays qui s’étendait des Pyrénées aux sources du Danube comme certains historiens le pensent ; il nous dit seulement qu’ils étaient les habitants d’une cité (Nuerax/Bibracte) qui se trouvait sur un itinéraire qui menait aux sources du Danube, près des monts Rhippées (le Jura), et non Pyrénées ce qui est une mauvaise lecture .
Au IIème siècle, Polybe confirme une deuxième fois mon interprétation en disant qu’une grande partie du cours du Rhône suit une vallée profonde au nord de laquelle vivent les Celtes ardyens. Cela signifie qu’il voit toujours ces Celtes au nord du cours supérieur du Rhône, dans la même région où Hécatée les a situés.
Enfin, au Ier siècle avant J.C., c’est Tite-Live qui nous relate les premières grandes invasions gauloises du VIème siècle (date contestée). D’où les fait-il partir ? Réponse : d’une Celtique relativement réduite et sous forme d’une coalition limitée aux Eduens de Bibracte/Mont-Saint-Vincent, Arvernes de Gergovie/Le Crest, Bituriges de Chalon/Cabillo, Ambarres du Revermont, Aulerques de Brancion et de Blanot, Lingons du mont Lassois, Senons de Château-Landon (cf. mes ouvrages). Cela ne représente qu’un territoire "celte" modeste par rapport à ce qu’il sera plus tard.
Quelles conclusions en tirer ?
1. Que ce n’est qu’à partir du VI ème siècle et qu’en partant des rives de la Saône que les Celtes - mot devenu nom générique - s’enfoncent vraiment dans le territoire européen. Grâce aux auteurs antiques, on en suit la trace, l’histoire et les limites, Scordisques, Taurisques, Boïens, Alauni de la Norique, Senons, Galates, Volques etc.
2. Que, dès cette époque, les Celtes sont bien installés à Bibracte/Mont-Saint/Vincent, qu’ils sont soutenus par d’autres cités voisines également bien installées. Au IVème siècle av.J.C., il en est de même, ce qui fait dire à Ephore que ces Celtes sont l’une des quatre plus puissantes peuplades du monde barbare (barbare = étranger au monde grec). Les Thraco-cimmériens en étant une autre.
3. Je n’ignore pas que la tendance actuelle est de corriger Tite-Live et de repousser les expéditions gauloises au IV ème siècle. Je suis étonné. Si tel avait été le cas, Hérodote (Vème siècle) n’aurait jamais pu écrire que le Danube appartenait aux Celtes comme le Nil l’était aux Ethiopiens, puisqu’ils ne l’avaient pas encore conquis.
La tentative celte pour dominer l’Europe.
Admettons que, durant le Hallstatt, Bibracte/Mont-Saint-Vincent ait développé la métallurgie du fer avec un temps de retard sur l’Orient et les Thraco-cimmériens. En est-il de même à l’époque de la Tène ? Il ne semble pas. Le fait que les mercenaires celtes soient un peu partout, que leurs ambassadeurs parlent à égalité face aux Grecs, que leurs expéditions sèment la terreur, tout cela indique, une montée en puissance, une probable avancée dans le domaine des techniques et des arts. Dans les tombeaux des grands princes celtes, que trouve-t-on ? un art venu des steppes ou un art venu de Bibracte et de Gergovie ? Qui occupent les sites de Hallstatt et de la Tène ?
Je ne veux pas me poser en historien de l’origine des peuples du Centre-Europe mais tout ce que je peux dire sur le plan militaire est, primo, que la forteresse de Heuneburg sur le Haut-Danube m’apparait comme une base avancée de départ et de recueil tout ce qu’il y a de plus logique pour soutenir une vaste opération en vue de la conquête du Danube ; secundo, que l’expansion gauloise n’a vraiment buté que sur la Grèce et le royaume de Pergame, et que la Thrace qu’ils ont pillée de 279 à 216 n’était toujours qu’en Thrace.
En revanche, il est tout à fait étonnant de constater la production artistique du monde thraco-cimmérien qui fait comme un pendant avec la production artistique du monde celte, de part et d’autre d’une Europe qui tarde à s’éveiller. Y a-t-il eu des courants entre ces deux mondes... ou une rivalité ? Rivalité qui se règlera sur le champ de bataille de Mursa le 28 septembre 351. Ce n’est plus un combat, écrira l’empereur Julien, c’est un règlement de comptes entre les Illyriens et les Celtes.
De l’origine phénicienne des Celtes.
Il y a lieu de considérer l’expansion des Celtes comme un phénomène de colonisation... écrit Venceslas Kruta. C’est encore plus vrai pour les groupes qui, depuis le Bosphore, se sont lancés dans la longue migration est-ouest . Plaignons les serre-files qui buttaient sur ceux qui, devant, occupaient le terrain tout en refusant le passage ! Il me semble que les migrants - autrement dit colons - qui ont voulu pousser jusqu’en Gaule, avaient tout avantage à contourner le continent et à remonter le couloir Rhône/Saône pour coloniser la Bourgogne, et ensuite le reste du pays, même avec des effectifs limités.
Quand se sont-ils installés ?
Réponse facile. Il suffit de dater les murailles de Mont-Saint-Vincent, notamment celles de l’oppidum ovale. Et il faudra bien se dire que cela entrainera automatiquement la datation du temple/église qui se dresse à l’autre bout du horst. Il serait en effet impensable que les fondateurs phéniciens (voir ci-après) n’aient pas élevé en même temps, sur ce site, un temple à Héraklès, puisque c’était l’usage et qu’ils l’ont fait ailleurs. Et puisqu’il est dit que c’est entre 1200 et 800 que se multiplient, en Gaule, les oppidum fortifiés, j’espère qu’on tiendra compte de la date que j’ai proposée dans mon article précédent : au Xème siècle.
http://home.nordnet.fr/ glanquetin/histoire/celtes/celtes.htm.
Quels fondateurs ?
Diodore de Sicile est le plus prolixe. Il nous dit qu’Héracklès bâtit une grande ville... nommée Alésia. Il mêla même à ses citoyens beaucoup de gens du pays, mais comme ces derniers l’emportaient en nombre, il arriva que tous les habitants tombèrent dans la barbarie. Les Celtes jusqu’à ces temps-ci ont en honneur cette ville qui est pour eux le foyer et la métropole de toute la Celtique (extraits de l’Encyclopédie de l’Arbre Celtique). Il est bien évident que cette Alésia est notre Bibracte du Mont-Saint-Vincent.
Notez la phrase importante : "Comme les autochtones étaient les plus nombreux, tout le monde retourna à la barbarie". Cette phrase signifie que les colons oublièrent leur langue sémite d’origine et qu’ils se mirent à parler le dialecte proto-indo-européen de leurs sujets.
Dans une autre citation, Diodore ajoute :
Anciennement, dit-on, régnait sur la Celtique un homme illustre qui avait une fille.... Or, Héraclès, lors de son expédition contre Géryon, passa par la Celtique où il fonda Alésia. La fille du roi le vit, et, ayant admiré sa valeur et sa taille surhumaine, reçut de tout coeur, et avec l’agrément de ses parents, les caresses du héros ; de cette union naquit un fils qui fut nommé Galatos et qui surpassait de beaucoup ceux de sa nation par la vaillance de son âme et par la force de son corps. Arrivé à l’âge d’homme et ayant hérité du royaume de ses pères, il conquit une grande partie du pays limitrophe et accomplit de grands faits de guerre. Devenu fameux par son courage, il appela de son nom Galates les peuples rangés sous sa loi et ce nom s’étendit à toute la Galatie (extraits de l’Encyclopédie de l’Arbre Celtique). Là encore, il s’agit de notre Bibracte au Mont-Saint-Vincent.
Autre témoignage : au Ier siècle avant J.C., s’inspirant manifestement d’un autre auteur, Denys D’Halicarnasse écrit qu’Héraclès, au cours de sa course errante, se serait uni à l’atlantide Astéropè. Deux fils seraient nés de cette union, Ibéros (les Ibères d’Espagne) et Keltos (les Celtes de la Gaule).
Autre témoignage : Parthénios de Nicée, contemporain de César, nous donne une version un peu différente, à savoir que Keltos était fils d’Héraklès et de Keltinè, fille de Brétannos, roi de Bretagne.
Nous avons donc trois témoignages qui désignent Héraklès comme étant les colons qui se sont unis aux autochtones de notre région. S’agit-il d’un Héraklès thébain ou d’un Héraklès phénicien ? Influencé que je suis par les fondations phéniciennes de la Méditerranée, je penche pour l’Héraklès tyrien.
Un Héraklès phénicien, certes, mais issu de quelle population ?
Constatant que ces fondateurs n’ont donné à leurs enfants, ni le nom de Tyrien, ni celui de Sidonien, il ne me reste comme choix que les noms d’usage par lesquels la Bible désigne les habitants de l’arrière-pays. A part les Chaldéens et les Cananéens, je n’en vois pas d’autres. Ces noms ne sont devenus péjoratifs qu’avec le développement du christianisme. Comme je l’ai écrit dans mon précédent article, il me semble difficile de ne pas faire le rapprochement entre les Kaldaï/Chaldéens et les Keltoï/Celtes de Bibracte, entre les Kinneriens/Cananéens et les Kinnesioï de Gergovie.
Les lions de Sumer et de Sem se sont avancés jusqu’en Phénicie, et de là, ils ont fait un bond jusqu’à Bibracte.