Les pubs Nespresso, armes de destruction massive du cerveau

par Joaquim Defghi
vendredi 21 mars 2014

Connaissez-vous la pub Nespresso où George Clooney s’assied à la table d’une femme charmante pour aller ensuite chercher un autre « voluto » ? N’avez-vous pas ri ou à minima souri la première fois ? Qu’un acteur avec autant de sex-appeal que Mister George puisse ainsi se faire mener par le bout du nez provoque une profonde satisfaction. Mais attention ! Ce rire enchaîne.

Nous sommes entrés dans l’ère du normal. Le président est normal, les acteurs sont normaux, et il est normal qu’ils gagnent cent fois le SMIC. Afin de croire à cette normalité, rien de tel qu’un moment de détente où nous pouvons rire de ces gens qui nous surpassent tant, aussi bien par leur beauté (George Clooney only) que leur autorité (et encore, s’agissant de Hollande, à part faire la guerre, on ne sait pas trop comment il pourrait en avoir).
 
Nespresso surfe sur cette vague en y mêlant le rêve américain. En effet, la pub se déroule sur une terrasse, il ne s’agit pas d’un vulgaire bouiboui coincé au creux d’une ruelle sombre. Non, la lumière du soir abonde à profusion, elle illumine ces visages parfaits qui se dévoilent sous notre regard ébahi. Dans un premier temps, George Clooney entame un pas classique de drague, demandant avec un zeste de timidité de s’asseoir à la table d’une femme charmante.
 
Jusque là, tout va bien. Puis, la charmante créature accepte, ingénue, la proposition de George d’aller lui chercher un autre café. Alors que ce dernier est au bar, elle crie à l’ensemble d’une population à écrasante majorité féminine : « George Clooney est à l’intérieur ». Cette diversion lui permet de savourer le café oublié stupidement par l’acteur. Nous rions alors aux dépens de l’icône américaine qui pourtant ne perd rien dans cette mini-scène de son charme et de sa prestance.
 
L’hilarité permet d’évacuer la frustration de n’être qu’un Bidochon assis dans son canapé en vêtements décontractés, et non une star en costard au dernier étage d’un immeuble en train d’accoster une superbe créature. Si la femme n’inversait pas la domination en envoyant George aller se faire écharper par une meute de bimbos en furie, on pourrait qualifier cette pub de machiste, mais il ne faut pas prendre les publicitaires pour des demeurés, surtout quand ils sont payés aussi cher.
 
La pub permet donc de rapprocher l’acteur du spectateur en le rendant plus normal, plus humain, il se fait avoir comme tout le monde. De plus, tout en conservant le machisme de base par le décor et la troupe de femmes réagissant bêtement, elle le dédramatise, parce qu’au moins une femme n’est pas complètement débile. Mais une hirondelle fait-elle le printemps ?
 
J’en arrive au point essentiel, l’objectif du spot : la femme préfère le café à George Clooney. Cet élément ne peut être que risible, mais il est occulté par ce que j’ai décrit précédemment, il passe ainsi comme une lettre à la Poste. En fait, c’est encore plus pervers que cela. Le produit Nespresso agit comme un substitut à la satisfaction réelle. Plutôt que de vivre une expérience qui sera forcément moins parfaite que cette pub, pur produit de l’imaginaire, vous vous satisfaites de la consommation d’un produit qui vous rappellera, telle la madeleine de Proust, une scène que vous n’avez même pas vécue en vrai ! Une simple publicité vous enchaîne ainsi à ce monde imaginaire qui ne peut causer que tristesse et désillusion.

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