Les « sous-hommes » ?
par ddacoudre
jeudi 4 février 2010
Peut-on être fier d’organiser la régression salariale, il semble que oui, certains considèrent qu’il y a là un acte républicain, enfin de pouvoir au nom de l’égalité supprimer cette caste de privilégiés que sont les fonctionnaires.
En sachant tous cela je n’arrive pas à me convaincre que je suis un « sous-homme », ou va donc se nicher l’estime de soi pour nous garder en vie.
Je me souviens de 1974 où je défendais seul la cinquième semaine de congé payé dans les usines où j’étais employé, personne n’y croyait. Les ouvriers n’étaient pas plus courageux qu’aujourd’hui, j’ai dû les haranguer faire le tour de France des usines, mais ils ont certainement trouvé les raisons qui les ont conduit à me suivre et j’ai signé l’accord sur la cinquième semaine de congé, Huit ans avant que la loi ne la généralise.
Alors aujourd’hui sont-ils moins courageux, n’y aurait-il plus d’harangueur ou n’ont-ils seulement plus d’espérance, ou ont-ils seulement succombé à l’entreprise de désinformation gigantesque qui a conduit à supprimer la critique, ou ont-ils succombé au spectacle compassionnel, ou aux alouettes médiatiques des peoples, un peu de tout mon seigneur lié avec une sauce de peur.
Les héros ne sont que dans le monde de l’illusion, je l’ai toujours su, mais le sort que le pouvoir réserve au fonctionnaire à une histoire à laquelle chacun de nous avons participé, et pas comme des héros que nous ne sommes pas.
Le premier coup fut porté par Mr Barre alors premier ministre qui disait en substance la France vit au dessus de ses moyens, et il mit un terme à l’échelle mobile des salaires en 1978.
Ce fut le début d’une régression que l’élection de Mr Mitterrand ralentit à peine.
Même au nom de la réalité ses divers gouvernements ont fait le lit, d’un désengagement syndical au bénéfice de solutions politiques qui ne tiendront pas leurs espérances et abandonneront de fait, le seul réel soutient qu’ils pouvaient attendre de leur solidarité. Mais voilà il faut ne pas oublier que Mr Mitterrand avait déclaré la fin de la lutte des classes, et que ce que l’on appelle la Tertiarisation s’est développée et avec elle une servitude propre aux petites unités de production.
Le terrain s’est trouvé encore plus favorable avec l’écroulement du communisme, où, dans ce vide « sidéral » s’est engouffré le patronat qui a réclamé la liberté de tout « marchandiser » au moindre coût.
Petit à petit le bouclier social qu’est le code du travail fut remanié pour se flexibiliser à la demande « moderniste » afin de préserver l’emploi était-il expliqué.
En 1995 Bill Gate à la réunion de Davos disait à ses semblables « qu’ils devraient mettre la pédale douce car ils allaient à nouveau réveiller les velléités contre le capitalisme ».
Fallait-il donc que ce soit visible, au point que la grève de cette même période semble sonner le déclin de la puissance syndicale ou le dernier baroud d’honneur, et que le feu d’artifice de l’an dernier n’a pas revigoré.
Alors s’installe plus nettement ce qui s’était développé insidieusement, une espèce de comportement malsain qui visait à opposer les salariés du privé et du public entre eux par des comparaisons qui paraissaient anodines, sur les salaires qui régressaient toujours dans le privé, mais se maintenaient dans le public, sur les difficultés du régime général, qui laissaient paraître ceux d’exceptions comme des privilèges, le dénigrement plus général concernant la fonction publique comme tampon d’ajustement au chômage, son financement perçu comme gouffre du budget de l’état, sur la précarité des uns et la garantie d’emploi des autres. Se développe ainsi à l’encontre du public une jalousie perfide qui tisse son manteau de jeux de mots vilains et contribuer à un climat de velléité à son encontre.
J’ai connu les temps où peu voulaient aller travailler dans la fonction publique malgré les garanties d’emploi, salaires trop bas, et au fil du temps parce que les salariés du privé n’ont pas su défendre les leurs, ceux de la fonction publique leur sont passés devant, innommable horreur, ces bons à rien, c’est non productif gagnent mieux et sont plus protégés que ceux qui enrichissent les actionnaires, de ceux qui créaient la richesse dont ils ne bénéficient plus.
C’est monstrueux alors que ce public représente indirectement une charge qui grève les capacités de productivité des entreprises et réduisent le pouvoir d’achat des salariés du privé, par les prélèvements et les impôts.
Haro au nom de l’égalité républicaine sur leurs avantages. Nous n’avons honte de rien, j’ai connu sur Marseille des salariés qui ont payé pour être sélectionné dans un emploi.
Comment pouvons-nous être tombés aussi bas, et nous n’avons pas de mots assez fort pour cracher sur les organismes de solidarité.
Alors pourquoi voulez vous que le pouvoir se prive de poursuivre son dogme libéral. Le pouvoir n’a jamais caché ses intentions, ils les a même fait voter aux dernières élections, je sais, je sais il fallait être capable de traduire le langage des communicants et ne pas croire au héros.
Mais allons, la peur n’empêche pas d’avoir du bon sens et chacun est capable de savoir quand il est veule. Si ce n’est pas le cas, c’est que c’est encore plus grave docteur, il ne faut plus des élites politiques à la France, mais des psychiatres.
Alors jusqu’à quand allons nous nous réjouir de voir les salariés encore épargnés par la précarité y entrer, non pour des raisons économiques, mais pour des choix dogmatiques.
Si nous poursuivons cette voie sans réaction, sans lutter pour réclamer une organisation sociale mondiale auprès de la CISL pour rétablir une compétition à armes égales, comme les marchands ont réclamé l’OMC, alors faisons nous incinérer, comme cela les générations futures ne pourront pas venir cracher sur nos tombes.