Les volets bleus

par Papybom
samedi 7 novembre 2009

Cette maison n’est pas la mienne, et pourtant je l’aime bien. En m’installant, j’ai juste posé des volets. Des volets bleus à claire-voie. Au travers de ces volets ajourés, tel des moucharabiehs, je regarde l’animation de la rue et la place du marché (L’Agora).

Le premier personnage de cette animation, c’est naturellement, le Maire. Comment vous décrire ce petit monarque imbu de sa personne ? Une impression de rondeur déplaisante. Rien ne se brise sur lui, c’est lui qui brise notre espérance. Héritier de cette charge de son père, qui la détenait lui-même de son père. Le premier magistrat de la ville, n’est qu’un homme politique. Fort avec les faibles, mais faible devant les puissants.
 
Lorsque la politique passe dans la rue, je reste derrière mes volets bleus.
 
Autre personnage du bourg, le Curé. Guère plus mauvais qu’un autre, il place son argumentaire aux plus naïfs. Son entreprise périclite de jour en jour. Les baptêmes ne payent plus, les mariages c’est la galère. Sont fonds de commerce reste les enterrements. Là, naturellement, il se rattrape. La damnation du pécheur, voilà un sujet porteur et rémunérateur ! Mais, le samedi après-midi sapé en péquin moyen, il part en ville. Dans les bras de dames accueillantes, il oublie son prêche du dimanche, pour se vautrer dans la luxure. Utilisation du denier du cu-lte.
 
Lorsque la religion passe dans la rue, je reste derrière mes volets bleus.
 
Impossible d’éviter un autre personnage. Le Brigadier-chef de la gendarmerie. Détenteur de l’autorité, la loi et la justice, c’est lui ! Lorsqu’il descend la rue, le bruit de ses bottes me fait penser à Georges Clémenceau : « Quand les talons claquent, l’esprit se vide ». Dans son uniforme, il brille comme une fille de bordel. Mais sous la dorure, du vent et du mépris pour la vie. Pas la sienne ou celle des décideurs, non uniquement celle du béotien.
 
Lorsque la loi et la justice passent dans la rue, je reste derrière mes volets bleus.
 
Par chance, je devine parfois le pas d’une dame d’un certain âge. Sur son visage, la bonté et l’indulgence masquent les ravages du temps. Avec elle, on peut avoir de belles discussions et échanger des idées sans crainte d’insultes. S’il faut l’aider à survivre, que notre modeste obole soit en accord avec sa vie : la discrétion et la retenue dans nos commentaires. 
 
Lorsque la tolérance passe sur la place du marché, j’ouvre en grand mes volets bleus comme le ciel et je laisse entrer le soleil de la mansuétude.
 
Tout rapprochement entre cet article et le site de la place du marché, est naturellement volontaire. Sur Agoravox, être polis, coule de source.
 
Illustration : http://galeriehoullier.blog.sfr.fr/ateliers-galeries-ventes-directes/tableaux-huiles/peintures-chassis/paysages-architectures/10069bleus.jpg
 

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