Les Zozos et les Marrons

par Jacques-Robert SIMON
lundi 13 octobre 2025

Les Zozos se donnent pour mission de conquérir la planète en mettant à bas le patriarcat. Les Marrons resteront en charge de tout ce qui est rebutant ou salissant..

Les Zozos regroupent des hommes, des femmes, de toutes couleurs et de toutes nationalités qui pensent qu'il est temps de se débarrasser d'un patriarcat devenu stérile et menaçant. La tutelle d'un Père était aussi bien spirituelle que matérielle allant de Dieu au simple patriarche. Les Zozos auraient eu des difficultés pour définir leurs propositions de société, mais ils étaient bien organisés pour vaincre toute force qui se réclamait peu ou prou d'un système qui ne leur plaisait pas.

La plus simple des structures consiste en une seule et unique pyramide hiérarchique couronnée par un dirigeant qui décide pour tout ce qui est essentiel et qui laisse une certaine liberté aux autres échelons pour ce qui concerne le nécessaire ou l'insignifiant selon la place occupée dans la pyramide. Le collectivisme est optimum, l'aspect libéral ne concerne que le dirigeant ou, dans une moindre mesure, ses plus proches sbires. Ceci représente la structure honnie par les Zozos même si le mérite est e seul critère permettant d'accéder aux responsabilités. L'équilibre pyramidale est moins stable qu'il pourrait paraître au premier abord car les subordonnés vont souvent s'ingénier à monter dans la hiérarchie et les esclaves ont la tentation de se soulever n'ayant pas grand-chose à perdre. Les Zozos ne mettent pas à terre les institutions existantes mais ils y infiltrent leurs fidèles qui les tailleront à leur mesure. Pour ce faire ils s'attaqueront à la notion même de mérite, les postes doivent être attribués selon les caractéristiques personnelles du candidat et non pas en considérant son aptitude à exercer les responsabilités inhérentes à ce poste. Un mérite genré est préconisé relatif aux différences biologiques ou non, mais les caractéristiques sociales, culturelles importent également. La méritocratie sélective s'exerce uniquement au sein d'une même sous-catégorie clanique.

L'exact opposé de la structure précédente est possible grâce aux réseaux (sociaux ou non). Chacun s'exprime librement créant souvent de vastes mouvements incohérents et contradictoires. Le jeu consiste à récupérer les forces affectives ainsi libérées pour les mettre au profit de sa propre cause. Les élans collectifs sont repris par une structure hiérarchisée donc puissante. Les Zozos affectionnent ce type de fonctionnement et savent en tirer tous les avantages possibles en engendrant les émois qui les servent au sein des réseaux. Dans ce type de logique, la hiérarchisation ne provient pas d'un quelconque mérite mais de la grandeur des élans affectifs que l'on a su engendrer. On est jugé non pas sur ce qu'on fait mais sur ce qu'on est, ou plutôt sur l'image que l'on a su créer dans un monde virtuel. Les Zozos se posent donc en victimes de redoutables dominateurs pour la seule raison de dominer à leur place. Indépendamment de toute tentative d'améliorer la société dans laquelle ils vivent, les Zozos, par leur seule existence, veulent servir de référence en tout, quitte à vilipender tout ce qui s'oppose à leurs desseins. La capacité de libre-arbitre, déjà limité dans le mode ancien, est cette fois éliminé en proie à toutes les exaltations collectives.

Le collectivisme Zozo peut se passer de Politburo, de la Tchéka, de Soviet Suprême, de Président tout puissant mais pas de Parti unique. Il lui faut neutraliser les ploucs et les prolos qui représentent aux yeux des adeptes tout ce qu'ils exècrent, la Famille, le Travail. Ils utilisent pour ce faire les processus électoraux des Démocraties. Il faut en premier lieu abâtardir suffisamment la population pour qu'elle ne voit plus d'issue en votant pour les uns ou les autres qui de toute façon feront très exactement la même chose. Des émanations insubstancielles, sous couvert de libéralisme, conviendront. Il s'agit d'éteindre toute notion de bien commun liée aussi bien à une Patrie qu'à une autre valeur en remplaçant l’Homme par des groupes sociétaux et en mettant un prix sur toute chose même lorsqu'elle est inestimable. Les richesses marchandes s'accumulant suffisamment vite, une relative quiétude de la population est possible en distribuant avec force publicités des monceaux de choses inutiles. La course au profit est assimilée à la course au bonheur. Depuis les années 1980, il est avéré qu'une perturbation climatique mettant en péril la Planète entière était en cours. Tous reçurent les données scientifiques concernant ce réchauffement mais ce fut la classe politique qui fut en charge de prendre les décisions qui s'imposaient. Le transport est un des principaux contributeurs à la pollution par le dioxyde de carbone émis et il contribue très fortement au déséquilibre observé. Il fallait donc promouvoir d'une petite voiture (600 cm3 de cylindrée, 6 litres de consommation pour 100 km, 650 kg), soit à peu près les caractéristiques de la Trabant produite à plusieurs millions d'exemplaires sous un régime totalitaire. Les "marchés" conduisirent à toute autre chose. Plus de 40% des voitures vendues en France, postérieurement à 2020, furent des Sport Utility Vehicle (SUV) pesant 2 500 kg et polluant beaucoup plus que la moyenne des voitures anciennes.

Il n’est pas nécessaire d'associer les structures de société à des modalités politiques précises, le degré de collectivisation, qui fait disparaître la nature humaine sous les mécaniques de groupe, est un facteur bien plus pertinent pour ce faire.

Les Zozos bien qu'ils s'en défendent, sont des ardents défenseurs des marchés en décrédibilisant le monde Politique. Le verbe, le bagout, remplacent le faire, le légal remplace la Justice, l'apparence obscurcit le réel. Pour ce faire, aucune décision n'est prise par un individu pouvant posséder (ou pas) des valeurs morales. Des structures souvent complexes, peuplées d'une foule d'experts et de communicants, édictent des normes, des consignes qu'il convient de respecter même si personne ne les comprend. Ces assemblées dictent le évidemment le Bien et il est hors de question de pouvoir le remettre en cause. Pour être certain de figurer au sein des assemblées qui décident de tout il faut conquérir les voix du plus grand nombre, ce qui ne peut s'obtenir qu’en flattant les intérêts de tous les microcosmes mais en ignorant le bien de tous. Il convient alors d'exciter les humeurs pour oblitérer toute pensée construite qui permettrait d'entrevoir l'intérêt général. Dans ce cadre les qualités spécifiques des systèmes libéraux ou collectivisés ne peuvent plus s’exprimer engluées qu'elles deviennent de normes, de lois, de règlements édictés par des comités plus préoccupés par maintenir un flot de d'inutilités spectaculaires pour justifier leurs existences.

Il ne s’agit pas de comparer les performances économiques ou technologiques des divers systèmes possibles, si on perd la notion d'humain dans un système en privilégiant systématiquement la collégialité, rien ne sépare plus les sociétés humaines de machines plus ou moins sophistiquées mais toujours mécaniques. Le taux de prélèvement obligatoire de la plupart des sociétés occidentales, par sa hauteur, ne conduit pas à une justice plus grande mais à un taux de collectivisation plus important qui dépossède l'Homme de son humanité. De plus les structures parallèles dans lesquelles le Peuple n’intervient plus du tout sont légions. Les entreprises multinationales sont par exemple presque complètement hors de portée du pouvoir des citoyens. Le taux d'incompréhension de presque tous des algorithmes et des programmes informatiques est tel, que le résultat d'une recherche sur ordinateur est devenu quasiment un Sacré que l'on ne peut pas remettre en cause. Bien évidemment ceux qui engendrent les algorithmes peuvent orienter les réponses à leur guise. On tient ainsi un merveilleux outil pour pousser un peu plus loin la "robotisation" de l'espèce humaine commencée par la Ford T.. L'aspect collectif des réseaux sociaux rend impalpable la tutelle qu'ils induisent. Les robots seront de plus rapidement assez intelligents pour discourir avec autant de vacuité que les rhéteurs faits de chair et de sang.

Les Zozos vont bientôt accaparer le nouveau pouvoir moral, celui des médias, dans l'ensemble du globe comme ils l'ont déjà dans le centre des mégapoles. Ils s'occuperont de beaucoup de choses mais pas de tout, il restera à collecter les ordures, goudronner les routes, extraire les minerais précieux au fond des mines inaccessibles aux robots, déboucher les sanitaires... toutes choses que devront encore faire les Marrons indépendamment de leur couleur.

On sait qu'il est plus rentable d'adapter l'Homme à la machine que de faire de celle-ci quelque chose d'utile. Et le pire est à venir.

 


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