Lettre à Georges

par Intelle
samedi 22 octobre 2011

Mon cher Georges,
 
Le 29 octobre cela va faire trente ans déjà que tu as cassé ta pipe ! Tu as rejoint le gorille, le curé, Jeanne et les autres, j'espère que tu emporté avec toi les bancs publics et la claire fontaine, que les femmes infidèles que tu as aimées n'ont pas été rossées par leurs maris...et que tu penses souvent au petit cheval blanc.
 
Je crois que le monde que tu as quitté te plairait beaucoup moins maintenant, tellement les choses ont changé. Et le nombre de "cons" que tu as si souvent chantés a considérablement augmenté ! Quand j'écoute tes chansons, je pense à la petite fille émerveillée que j'étais lorsque je t'ai entendu la première fois, je voudrais bien revenir à cette époque où la vie n'était pas si cruelle que de nos jours pour les pauvres gens.
 
Si tu étais toujours parmi nous, tu aurais encore des sujets d'inspiration pour tes chansons, il y aurait toujours un Auvergnat quelque part pour sauver un miséreux ou un gars qui a mal tourné.
 
Nous sommes toujours en république, mais le président se prend pour un roi, il fait faire, par ses sbires, la chasse aux mauvaises herbes (ce sont les pauvres, qu'on nomme aussi "cancer de la société").
 
Tu n'aurais pas non plus aimé, cher Georges, que l'on traite tes parents comme on le fait pour les étrangers aujourd'hui, car ils étaient Italiens, tu as vécu dans l'amitié de tes copains d'abord, dans l'amour de Jeanne. Maintenant l'amour est galvaudé, ce n'est plus du tout romantique, le sexe est devenu une arme et l'argent un symbole de pouvoir absolu. La guerre n'a pas disparu partout, on s'entretue pour le pétrole et le pouvoir des dictateurs est odieux. Et il y a toujours des gens qui meurent pour des idées !
 
Mais où sont donc les amoureux des bancs publics, ton arbre où tu te sentais si bien, et les filles de joie qui sont devenues les proies de sordides proxénètes ?
 
Maintenant on ne se demande plus forcément en mariage et on ne chasse plus les papillons, victimes comme de nombreux autres êtres, des poisons qu'on diffuse dans l'air et sur terre.
 
Tu nous manques, Georges, avec tes gros mots et ta poésie, des artistes t'ont rendu hommage, régulièrement, ils n'ont pas voulu t'imiter, seulement faire comme s'ils étaient toi. Tes chansons sont immortelles, comme les poèmes des auteurs qui t'ont inspirés pour écrire, grâce à ton professeur de français. 
 
Il y a encore des hommes et des femmes qui vivent d'amour, rassure-toi, tout n'est pas perdu, on laisse les "cons" au bord du boulevard du temps qui passe, et même si tu as dit qu'il n'y a pas d'amour heureux, j'y crois, il faut aller plus loin, peut-être passer le pont...
 
Je ne connais pas Sète ni sa plage, tu as pourtant supplié pour qu'on t'y enterre, ce n'était pas possible, la mer t'aurait emporté, mais le petit cimetière où tu reposes est magnifique, je t'assure. Et je t'informe qu'il y a des écoles, des centres culturels et des rues qui portent ton nom, alors on n'est pas prêts de t'oublier. Certains artistes ont reçu la légion d'honneur, je crois que tu l'aurais refusée, car ce n'est jamais qu'une médaille !!!

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