Libération (51) : la visite guidée des découvertes
par morice
mardi 26 juillet 2011
Revenons à notre "fondu" d'U-Boot. L'homme, je vous le disais, est un passionné, américain, très porté sur les sous-marins plutôt allemands de la seconde guerre (la preuve), et ce trimballe une idéologie qui sent fort l'extrémisme de droite (à voir ses adhérents porteurs de croix de fer... dont un commandant d'U-Boot de 18 ans !). Son site, qui parle des sous-marins, s'ouvre par une photo de Reagan, qui lui aurait paraît-il encensé son travail "historique" sur les USA. C'est vrai que son travail d'archives, dans la revue qu'il édite est important : chaque sous-marin est l'objet ou presque d'une monographie très complète. Mais ce n'est pas ça qui nous intéresse aujourd'hui : non ce qui est assez ahurissant, c'est que poussé par sa soif de tout savoir, notre homme s'en entiché de visiter le monde entier... ou presque à savoir là où il peut trouver des éléments sur sa passion... ce qu'il fait durant ses loisirs, qui un jour, l'ont mené... en Argentine, après avoir visité tous les bunkers d'Europe (?). Et à vrai dire, ce qu'il a rapporté comme photos est assez renversant. Place au trekking argentin d'un chasseur de requins, puisque c'est comme ça qu'il a intitulé son groupe de recherches historiques, qui existe depuis 28 ans maintenant !
Le trekking de notre fondu se trouve perdu dans sa page de voyages. Celle où chaque visite commence par l'hôtel où il a descendu, la visite des bunkers à faire dans la journée et le repas du soir au restaurant. Il faut se rendre tout d'abord dans son site à "Argentina Expedition", en 2009, pour tomber sur les photos fort intriguantes. L'homme, précautionneux, a particulièrement bien préparé son voyage et a même inclus dans ses valises un détecteur de métal XMT-300 et même...un compteur Geiger. C'est dire qu'il a déjà une petite idée derrière la tête sur ce qu'il souhaite voir ou trouver... on passe sur l'arrivée du samedi, et on se rend le lendemain au coin de la rue Calle Florida puis dans le quartier de San Telmo à Buenos Aires, ou sur les étals de vendeurs de rue on trouve ça, déjà. Décidément, la présence nazie en Argentine n'est plus à prouver et elle s'étale partout. Les deux jours suivant, l'auteur prend l'avion : décollage pour un endroit qu'il va appeler "stadt", et que l'on découvre à partir du mardi suivant (et demain, logiquement, chez nous). Jour où il va effectuer un peu d'histoire en se rendant sur la tombe de Ludwig Graf von Bülow, qu'il retrouve envahie par un pin argentin.
Le lendemain, autre tour du lac, avec l'inévitable restaurant, et le lendemain, vendredi... visite de bunker ! Du bon, du gros, du costaud, mêlant briques et béton armé.. comme ceux de l'organisation Todt... ; ceux que l'on voit ici dans le Nord sur la côte du Détroit du Pas-de-Calais. L'inspiration allemande des constructions est évidente. Les morceaux de béton renversés sont énormes. L'auteur se demande "qui a bien pu construire ça" ?, et nous, plutôt "à quoi cela pouvait-il servir en plein milieu de l'Argentine ?" Le soir, retour... à l'hôtel, mais pas n'importe lequel : il a été ouvert le 9 janvier 1938 et se trouve à 24 heures au moins par bus de Buenos Aires, nous apprend notre U-bootiste. Mais le 26 octobre, hélas, il prenait feu : construit en rondins de bois, il était parti en fumée. Il rouvrait quand même le 26 décembre 1939, trois mois après le début de la guerre, et reçoit après celle-ci la visite d'Eisenhower. Imposant hôtel, très imposant : il est immense !
Le lendemain, après avoir serré la main au nazi échappé (notre U-bootiste se révélant tel qu'il est), on retraverse le lac pour se rendre à un autre embarcadère, derrière lequel trône une immense maison, faite elle aussi de pierres de béton, de briques et de rondins de bois. Vide, mais avec des plantes en pot dedans. Etrange impression. Autour, des petits abris de bois, qui lors d'une visite en 2008 étaient couverts d'excréments de rats qui ont disparu, note le visiteur, qui venait donc là pour la deuxième fois (en pélerinage ?) : quelqu'un entretien le lieu... qui est pourtant vide. Et le serait depuis très longtemps, paraît-il : l'auteur cite 1955 comme date de l'abandon, alors que visiblement c'est depuis fort peu : les grandes vitres de la villa sont toujours intactes ; comme son toit. Dans un des petits abris, une génératrice d'électricité dont il manque le moteur. Dans un autre, une chaudière. Autour, des cottages aux immenses baies vitrées. Tous abandonnés. Vides. Complètement vides. Au bout, l'embarcadère à bateaux et un large ponton. Vraiment large, pour y remonter les bateaux des éventuels visiteurs ou ceux de la maison, qui ont disparu. Le lendemain, changement de décor, avec visite de ranch et promenade à cheval. On est déjà arrivé au lundi suivant, et l'étonnant voyage est déjà terminé. On reste abasourdi par ce qu'on a pu entrevoir.
Que vient donc de redécouvrir notre passionné de sous-marins au beau milieu d'un lac argentin ? Et où donc cela se situait-il exactement, puisque l'auteur du compte-rendu n'a pas voulu donner le nom de l'endroit (en le réservant pour sa revue sur abonnement !) ? Ah, et bien ça, vous l'apprendrez demain si vous le voulez bien. Un peu de patience.