Libre analyse de la forte présence chinoise en Afrique
par Selay Marius K.
mardi 18 mars 2008
Depuis l’exploitation des réserves de mines de cuivre de Chambezi en Zambie jusqu’aux champs pétrolifères soudanais en passant par la production sucrière en Sierra Leone et l’exploitation des fermes zimbabwéennes, presque partout en Afrique, la présence chinoise se fait sentir et se fait voir.
Aujourd’hui, presque chaque pays africain témoigne d’une
présence chinoise croissante. Cette présence chinoise ne date pas d’hier, même
si elle s’est accrue tout récemment. La présence chinoise en Afrique s’est
manifestée depuis les années 60 par l’offre de diverses compétences techniques
aux pays africains (dans le domaine agricole surtout). La récente influence
chinoise en Afrique a été promue par le premier Forum de coopération sino-africaine qui a eu lieu à Beijing en 2000 ; le but de ce forum étant de
promouvoir les relations diplomatiques, le commerce et l’investissement entre la Chine et les pays africains.
Depuis lors, le commerce sino-africain n’a cessé de croître.
D’où vient ce regain d’intérêt croissant pour l’Afrique ? Que représente
l’Afrique pour la Chine
aujourd’hui ?
Ce que vaut l’Afrique pour la
Chine
Le gouvernement chinois encourage les entreprises
chinoises, particulièrement les PME, à augmenter leurs investissements en
Afrique. En effet, l’Afrique revêt une importance capitale pour les
investisseurs chinois.
L’Afrique renferme des ressources naturelles abondantes. C’est d’abord une
source-clé de matières premières, surtout de pétrole brut dont la Chine est actuellement le
deuxième plus grand consommateur avec plus de 25 % de ses importations de
pétrole venant du Soudan et du golfe de Guinée. L’Afrique, c’est aussi un
créneau pour les produits chinois à faible coût de production. L’Afrique offre
également à la Chine
la possibilité d’investir dans les infrastructures telles que les centrales
hydroélectriques, les oléoducs et les usines. La Chine convoite également en
Afrique bien d’autres créneaux potentiels où l’Occident se laisse dissuader par
les préoccupations politiques telles que les sanctions ou l’instabilité. En
clair, le fait que la Chine
soit peu ou pas du tout soucieuse de l’impact que pourrait avoir son
association avec des régimes répressifs et corrompus sur sa réputation fait
d’elle une collaboratrice attirante aux yeux de certains régimes. Aussi,
l’absence de toute concurrence avec les multinationales occidentales dans
certains pays jugés corrompus et non soucieux du respect des droits humains
profite à la Chine
et lui offre la possibilité d’y faire plus de recettes.
La stratégie chinoise de pénétration du marché africain diffère de celle des
ex-pouvoirs coloniaux en bien des points si bien que la Chine est loin d’être
soupçonnée de couver des ambitions impérialistes.
Stratégies de pénétration du marché africain
Dans son opération de charme en vue de la pénétration du marché africain, la Chine propose aux pays
africains, en plus du support technique, une aide financière, des prêts à des
taux d’intérêt bas, renouvelables ou annulables. C’est d’ailleurs la
disponibilité du prêt chinois qui a permis à l’Angola de résister à la pression
exercée par le FMI et les pays occidentaux pour que ce pays, considéré comme
l’un des pays les plus corrompus au monde, améliore la transparence de son
secteur pétrolier et qu’il mette en place des réformes dans ledit secteur et
dans plusieurs autres secteurs. Bien plus, la capacité de la Chine à présenter aux pays
africains une offre dépourvue de toute conditionnalité extra commerciale, comme
le respect des droits humains, le respect de la liberté de presse, la
convention contre la corruption, fait d’elle une source alternative
d’investissements et d’aide inconditionnelle. Ainsi, la Chine est perçue par
beaucoup de gouvernements africains comme une alternative aux pays du G8, parce
qu’avec la Chine,
ils n’ont guère à se soucier de la bonne gouvernance. La Chine, bien plus, a déclaré
son respect du principe de la souveraineté nationale des pays africains et la
non-interférence dans leurs affaires internes.
La coopération sino-africaine présente indéniablement des avantages pour les
deux parties, mais elle semble être, à y voir de près, la répétition-type des
relations commerciales établies par l’impérialisme européen ; la répétition de
la vieille histoire du commerce africain avec l’Europe. On peut oser affirmer
alors, sans risque de se tromper, que l’avenir demeure un défi pour l’Afrique.
L’avenir : un challenge permanent pour l’Afrique
Le commerce sino-africain présente des caractéristiques semblables au
commerce que l’Europe a entretenu des décennies durant avec l’Afrique.
L’Afrique exporte des matières premières vers la Chine qui en retour
approvisionne le marché africain en biens manufacturés. Résultat prévisible :
une balance commerciale négative pour l’Afrique ! L’Afrique exporte des matières
premières vers la Chine
et importe des produits chinois à faible coût de production qui se vendent
moins cher
et rivalisent avec les industries et les entreprises locales. Ainsi,
l’industrie locale se trouve dans une position défavorable à cause de la
croissance des exportations chinoises vers l’Europe et les Etats-Unis. Cette
situation détruit tout espoir pour l’Afrique de pénétrer les marchés européens
et états-uniens et encore l’espoir de voir prospérer les industries et les
entreprises africaines au niveau local.
Les exemples qui illustrent combien de fois les entreprises africaines végètent
dans les profondeurs abyssales de la galère à cause de la forte présence
chinoise sur le marché domestique africain sont légion. Le cas du textile en
est un parmi bien d’autres. A l’expiration de l’Accord multifibre (MFA) en janvier 2005, les exportations chinoises vers les Etats-Unis sont montés en
flèche et les exportateurs africains se sont rendus compte qu’ils ne pouvaient
pas leur faire concurrence. Plus de dix usines textile au Lesotho ont
fermé en 2005 et dix mille employés au moins se sont retrouvés au
chômage.
En octobre 2005, des syndicalistes représentant les industries de vêtements, de
textiles, de chaussures et de cuir de plusieurs pays - le Ghana, le Kenya, le
Malawi, Madagascar, l’île Maurice, la Namibie, la Tanzanie, le Nigeria, le Lesotho, le Swaziland, la Zambie, le Zimbabwe et
l’Afrique du Sud - se sont réunis au Cap dans le but de discuter des effets de
l’expiration de l’Accord multifibre (MFA). Les conclusions de cette réunion
montrent que le continent africain a perdu plus de 250 000 emplois puisque les
marchés domestiques africains avaient été inondés de produits textiles à faible
coût de production ainsi que l’importation de vêtements en provenance de la Chine.
Il serait injuste et peu réaliste de suggérer que la forte
présence chinoise ne fasse naître que des problèmes en Afrique. L’Afrique devrait
apprendre de la Chine ;
elle pourrait tirer de sa présence une expérience profitable.
Les gouvernements africains devraient pouvoir soulever devant le comité
responsable des conflits de l’Organisation mondiale du commerce les pratiques
de dumping de la Chine
et mettre en place des mesures qui limiteraient l’invasion chinoise du marché
domestique africain, comme l’ont fait les Etats-Unis et l’Europe pour les
marchés états-uniens et européens. Aussi, devraient-ils promouvoir dans toute
affaire de commerce et d’investissements l’intérêt des consommateurs et
l’économie au niveau local. Par ailleurs, la société civile africaine devrait
pouvoir exercer une pression sur les gouvernements africains dans une tentative
de renforcer au moins quelques-uns des droits humains et un minimum de bonnes
pratiques environnementales liées à la démarche et à la présence chinoise sur
le continent africain.
Selay M.K.