Libye : alors, Al-Qaïda ou pas ?

par morice
mardi 12 avril 2011

Cela fait plusieurs semaines maintenant que la rumeur, insidieuse, est revenue : dans les troupes révolutionnaires libyennes, il y aurait des membres d'Al-Qaida d'infiltrés, paraît-il. Chez les neocons, en effet , impossible d'imaginer que des gens se révoltent sans brandir d'anathème religieux. Chez eux, le concept rance du "choc des civilisations" est toujours vivace, hélas. Derrière chaque palmier, il y aurait un "barbu" qui se cache, comme ils disent dans les sites islamophobes dont je ne vous donnerai pas le nom, pour simplifier, disons... En fait, même les pontes de l'armée US ont reconnu que ce n'était pas le cas. Alors, comme ils tenaient à leur islamiste de service, ils en ont imaginé un. Ou plutôt ils en ont trouvé un, qui certes, ne cache pas ses idées islamistes, mais qui, selon ces mêmes neocons, serait d'autant plus dangereux qu'il aurait séjourné à Guantanamo, estampillant ainsi parfaitement son appartenance à Al-Qaida. Al-Qaida, qui serait donc, via sa présence, caché parmi les révolutionnaires libyens ! Nous verrons ici ce qu'il en est exactement. Al-Qaida en Libye, il n'y a pas que moi pour en douter : un journaliste de TF1, au détour d'un reportage sur les bunkers de Kadhafi s'est un peu lâché en affirmant que pour lui, c'était aussi du flanc. La saillie inattendue du prénommé Maurice va nous mener à une réflexion un peu plus poussée, je pense... 

 En fait, Maurice Olivari, puisque c'est de lui qu'ils s'agît, semble bien avoir découvert les bunkers après d'autres, mais le sien valait le détour également. Sa visite demeure assez ahurissante à vrai dire. Il nous montrait ce midi-là un bunker perdu en plein milieu du désert, ou presque, dans lequel traînaient encore des documents, au sujet desquels Maurice Olivari s'était permis une remarque assez étonnante : selon lui, les militaires libyens envoyaient de faux rapports à Kadhafi sur la présence (fictive) d'Al-Qaida, uniquement par ce que "c'était justement ce que Kadhafi voulait bien entendre". Même chose sur de prétendues menaces de la CIA : une parano, ça s'entretient, selon lui, et les militaires libyens, soucieux de garder leur place, l'ont largement entretenue ! Toujours selon Maurice ! Le dénicheur de bunkers souterrains de TF1 nous a-t-il donné l'air de rien son opinion sur ce qu'il pense de la présence d'Al-Qaida en Libye ? Pour sûr, et pour lui, elle se résume à du vent, et l'on peut facilement expliquer pourquoi notre homme en doute autant. Le coup d'Al-Qaïda en Italie, ça lui a rappelé de sérieux souvenirs...

Ses raisons semblent toutes personnelles, mais rappelons quand même qu'il est correspondant dans un pays où un enlèvement d' islamiste avéré par des gens de la CIA s'est terminé, justement, par la condamnation de tout le bureau local de cette même CIA ce qui avait en son temps constitué une première pour tout dire. Cela s'était passé en 2003. Des faits graves, un enlèvement raté, qui ont about à un jugement de tribunal rendu le 4 novembre 2009 seulement... entaché de l’habituel poids diplomatique qui a empêché les vrais coupables, à savoir les responsables, d’être condamnés. "Secret d’Etat" à t-on appris au dernier moment (où à la dernière tractation, si vous préférez) ! Mais ce n’est pas la condamnation (par contumace, pas un des membres de la CIA n’était présent !) qui nous a semblé l’élément le plus notable de cette affaire. Ce sont les résultats de l’enquête, qui ont démontré dans le détail ce que l’on soupçonne ici depuis de nombreux épisodes, à savoir que la CIA a agi en Italie avec l’aide pressante et constante de l’ambassade américaine à Milan et à Rome, et a utilisé du matériel fourni par cette même ambassade, plus a bénéficié de l'aide des services de renseignement de l'armée italienne. Cela tout en agissant avec un amateurisme désolant, qui rendrait en comparaison intelligent notre célèbre Jack Idema. Et tout en ayant aussi recours à la torture, perpétrée en Egypte, via avion spécial : bref, un schéma bien connu des lecteurs d'Agoravox, désormais. Parmi ceux qui avaient ajouté de l'eau au moulin de l'armée, notre polémiste de droite bien connu, Olivier Guitta, qui avait clamé partout à l'automne 2007 qu'Al-Qaïda avait envahi la Libye, ou y préparait "des attaques terroristes potentielles". Voilà qui était pour aider Kadhafi... Guitta, l'ineffable neocon dont on déjà dressé ici le portrait. Fort peu élogieux, à vrai dire (lisible ici et là).

Rappelons les faits, qui sont ahurissants, nous apprenait le Figaro : "Ce 17 février 2003, l'Égyptien Oussama Nasr, dit Abou Omar, quitte son domicile pour se rendre à la mosquée de la via Jenner, un nid d'islamistes du centre de Milan. Cet ancien de la Jemaah Islamiyah, un mouvement insurrectionnel égyptien des années 90, anime le lieu de culte installé au fond d'une cour pavée. Abou Omar a l'habitude d'y prononcer des prêches incendiaires. Mais ce lundi, peu avant midi, l'imam est interpellé avant d'atteindre la via Jenner. Il est gazé et poussé par un policier italien - un homme blond portant des lunettes noires - dans un véhicule conduite par des agents de la CIA."  Un scénario d'enlèvement plutôt expéditif note le journal : "Le véhicule rejoint la base militaire américaine d'Aviano, au nord de Venise. Abou Omar est embarqué les yeux bandés à bord d'un Learjet jusqu'à la base de Ramstein, en Allemagne, puis transporté au Caire par un autre avion. Là, il se voit proposer de travailler pour la police secrète égyptienne. Il refuse. C'est le début d'un long calvaire : le prisonnier est enfermé dans un cachot bombardé de sons assourdissants ; on le transfère d'un sauna à haute température à une chambre froide ; on le suspend par les pieds avant de le passer à la gégène". En résumé, l'homme s'est retrouvé torturé façon Guantanamo après avoir voyagé façon "renditions" : la routine, pourrait-on dire, en plein paranoïa bushienne ! C'est compter sans la justice italienne, qui va patiemment remonter les faits et faire son travail avec sérieux et méticulosité : "à Rome, l'antenne de la CIA en Italie fait croire qu'Abou Omar se trouve dans un pays des Balkans. Mais la justice s'interroge sur la mystérieuse disparition de cet islamiste mis sous écoute dans le cadre d'une affaire de réseau de volontaires pour le djihad en Irak. Le procureur Armando Spataro, le chef du puissant bureau antiterroriste du palais de justice de Milan, enquête". Et c'est lui qui va découvrir le pot aux roses. L'auteur du rapt s'appelle... Bob, et il est bien américain !

"L'écran de fumée de la CIA s'estompe avec l'interception, le 20 avril 2004, d'une conversation téléphonique édifiante entre Abou Omar et son épouse restée en Italie" poursuit le journal. "Le captif téléphone d'Alexandrie pour donner des nouvelles : il a été remis en liberté provisoire. À Milan, l'examen des relevés d'appels passés depuis des téléphones cellulaires à l'heure du rapt dans le secteur de la mosquée Jenner confirme la piste d'un enlèvement par la CIA puis d'un transfert en Egypte. Dix-sept portables étaient en contact sur les lieux du kidnapping. Leurs propriétaires ont pris la route d'Aviano. Leurs véhicules de location ont même été flashés pour excès de vitesse ou filmés par des caméras pour d'autres infractions au code la route". En somme, superbe gag, c'est la police italienne et sa surveillance façon "Homeland Security" à la Bush qui va perdre notre bonhomme, bien trop confiant : la CIA deviendrait-elle amateur, c'est ce qu'on est tenté de croire à voir comment va tomber notre fameux "Bob" : "un numéro de téléphone fixe revient dans les listings, celui de Robert Seldon Lady, 53 ans, le patron de la CIA à Milan". Un numéro en clair, que tout le monde avait écrit quelque par... avouez que ça ne fait pas très... professionnel. Nous ne somme pas loin des aventures de cet autre membre de la CIA... et de ses sorties en boîte de nuit.

 
Bob, c'est en effet l'homme qui en faisait trop : "l'agent est un ancien des opérations de contre-guérilla en Amérique centrale. Il aime la campagne piémontaise, la cuisine milanaise et les gadgets technologiques. Bob, comme on l'appelle ici, a conseillé la police locale pour la sonorisation de la mosquée Jenner. L'agent secret s'est mis aux abonnés absents dès qu'il a compris que Spataro devenait trop curieux. Mais il a fait preuve d'insouciance en omettant d'effacer des preuves comme s'il était convaincu que le magistrat n'irait pas au bout de ses investigations. Lors de la perquisition de sa maison de campagne, la police a découvert dans son ordinateur des photos de surveillance d'Abou Omar ainsi que la trace d'une visite sur un site Internet où Bob Lady avait calculé l'itinéraire le plus court entre le domicile de l'islamiste enlevé et la base d'Aviano". Bob est fait. Ses collègues passent pour des crétins notoires, en prime, dans le rapport implacable d'Armando Spataro, : "l'équipe spéciale de la CIA séjournait le week-end dans les palaces de Venise ou de la côte méditerranéenne. Soucieux de gagner des points dans des programmes de fidélité, des membres de l'unité de choc ont utilisé des cartes à leur nom dans de grands hôtels de Milan. Les frais de service de cette version hollywoodienne de l'affaire Ben Barka se seraient chiffrés à quelque 150 000 dollars"... Aux frais du contribuable US, bien sûr ! Résultat : au procès, l'équipe de pieds nickelés américains, qui a été depuis rappelé dans le pays, écope de peines retentissantes, car c'est aussi la première fois que l'on condamne la CIA à l'étranger ! Le 16 février 2007, en effet, un juge italien, Oscar Magi, avait déjà inculpé 26 Americains, mais aussi un colonel de l'Air Force, Joseph L. Romano III, davantage passionné de golf que de sa base (à gauche sur la photo), ainsi que Nicolo Pollari, le responsable des services secrets militaires de l'Italie, mouillés eux aussi jusqu'au cou dans l'affaire. Le 4 novembre 2008, le responsable de la CIA en Italie, Robert Seldon (alias"Bob") écopait de 8 années de prison, ainsi que 22 de ses employés condamnés eux aussi à de façon moindre. Tous étaient bien entendu absents lors du procés, rapatriés en quatrième vitesse aux States.

Pour ce qui est de l'Egypte, c'est l'ex vice-président Omar Suleiman qui dirigeait les tortures, affirme Geoffrey Mock. "Selon le journaliste Stephen Grey, Suleiman était le conduit direct en Egypte vers les États-Unis sur les vols de "renditions" étroitements liés à la torture. Beaucoup de ces vols ont décollé d'un aéroport dans le comté de Johnston, NC, à moins d'une heure de chez moi à Durham. Le livre de Grey, "Ghost Plane" commence par le voyage du comté de Johnston qui a conduit à la restitution et la torture de deux hommes égyptiens, qui ont ensuite été relâchés sans jamais avoir été accusés d'un seul crime". C'est bien dans ces prisons qu'Abou Omar avait été torturé : au sortir de prison, il pouvait en montrer les marques laissées sur son corps. Et ajouter à la figure de martyrs qu'affectionnent tant les islamistes radicaux. La CIA obtenait l'effet inverse de ce qu'elle avait souhaité au départ...

En Italie, lors du procès, un témoin clé était aussi apparu le 6 novembre 2008 : c'était Dick Marty, dont je vous ai déjà parlé ici dans une autre affaire : rapporteur de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) sur les "transferts illégaux de détenus et détentions secrètes en Europe", il avait remis le 6 août 2007 un copieux rapport, justement, sur les fameux vols de "renditions" et venait ajouter une pierre à l'édifice de la justice italienne : "il a été questionné en détail sur les résultats de son enquête. Il a notamment montré comment l’affaire Abou Omar s’insère dans une stratégie globale de la CIA impliquant de nombreux Etats européens – une stratégie « en dehors de tout cadre juridique et gravement contraire à la Convention Européenne des Droits de l’Homme ». Et vlan, voilà nos fins limiers de la CIA encore plus meurtris. La CIA, en Italie a donc fait chou blanc : cela a-t-il influencé le journaliste de TF1 qui s'est épanché en affirmant que de l'Al-Qaïda en Libye, il n'y en avait pas plus que trois bosses à un chameau ? Al-Qaida en Libye ? Toute la presse neocon nous ressort pourtant en ce moment le buffet froid de sa présence parmi les insurgés, qu'il ne faut donc pas armer d'engins sophistiqués pour ça, afin qu'ils ne deviennent pas des armes de terroristes. Sachant que ce sont ceux qui ont donné jadis des Stinger à des afghans pour s'évertuer après à les racheter, dans la même crainte d'un usage contre eux, il y a de quoi sourire, si cela n'engageait pas la vie de centaines de victimes potentielles. Ceux qui s'engouffrent dans la dénonciation d'une présence d'Al-Qaida en Libye devraient relire les rapports surréalistes de l'armée de flagorneurs de Kadhafi. Et pas mal de gens partagent cette opinion, sauf ceux bien sûr qui ont tout intérêt à noircir la révolte. Et parmi eux, un autre président, tiens : celui du Tchad.

"Si l'on en croit le président tchadien Idriss Deby, dans un entretien à Jeune Afrique à paraître ce lundi, Aqmi aurait d'ailleurs profité du soulèvement en Libye pour s'emparer de missiles sol-air. "Les islamistes d'Al-Qaïda ont profité du pillage des arsenaux en zone rebelle pour s'approvisionner en armes, y compris en missiles sol-air, qui ont été par la suite exfiltrés dans leurs sanctuaires du Ténéré", Si c'est exact, et nous n'en savons rien, c'est une très mauvaise nouvelle pour les militaires français présents au Sahel..." raconte Merchet dans son blog. Sans détenir la moindre preuve des faits, lui aussi. Deby, présenté ailleurs comme un alcoolique notoire (son propre fils en était mort à Paris dans des circonstances sordides) a-t-il plus de crédit que le dénommé Abdul Hakim el-Hasadi, présenté lui comme un ancien de Guantanamo et l'un des leaders de la révolte à Derna ? Ce qui est affligeant, en fait, et ce que la presse n'a absolument pas relevé, c'est que ce même Abdul Hakim el-Hasadi n'a jamais mis les pieds à Guantanamo ! Et c'est bien ce qu'il a raconté pourtant dans le journal italien que cite notre collègue Merchet, sans donc l'avoir traduit, visiblement : "Dans une récente interview accordée à Il Sole, une publication italienne, al Hasadi expliqué : « Je n'ai jamais été à Guantanamo. J'ai été capturé en 2002 à Peshawar au Pakistan, alors que je revenais de l'Afghanistan, où je me suis battu contre l'invasion étrangère j'étais remis aux Américains, détenu pendant quelques mois à Islamabad, livré ensuite à la Libye, et en suis sorti en 2008", nous dit Thomas Jocelyn dans Trheat Matrix. Ce même el-Hasadi affirmant qu'il avait envoyé plus tard 25 combattants "djihadistes" en Libye... le fait est, en tout cas, que l'homme présenté comme ayant été un dangereux membre d'Al-Qaida enfermé à Guantanamo n'y a effectivement jamais mis les pieds ! Islamiste ayant pris les armes, nous le confirmons sans hésiter : ne nous trompons pas non plus de personnage, nous ne sommes pas là pour le défendre non plus, loin de là ! Mais sur les 759 cités par le gouvernement US lui-même le 15 mai 2006, il n'y figure pas, la liste comprenant ceux déjà libérés (en février 2011, il n'en restait plus que 172). D'affirmer que c'était un ancien de Guantanamo est donc bel et bien un mensonge.

Le soupçon, pourtant, demeure, au point que l'amiral Stravidis a été obligé de faire une mise au point raconte Great America (de Lorraine Millot et Fabrice Rousselot ) : "L’amiral James Stavridis, commandant des forces de l’OTAN en Europe, a reconnu mardi lors d’une audition au Sénat que les renseignements occidentaux ont des « soupçons » de présence d’Al-Qaïda ou aussi du Hezbollah parmi les opposants libyens. Les services américains se souviennent surtout qu'en Irak, ils avaient capturé de nombreux combattants libyens plus ou moins affiliés à Al-Qaïda et pour la plupart originaires de l'est de la Libye où les rebelles sont aujourd'hui à l'oeuvre. Pour Bruce Riedel, ancien officier de la CIA et conseiller occasionnel de l'administration Obama, Al-Qaïda joue bel et bien un rôle dans la révolte libyenne : "Il est pratiquement certain qu'au moins une partie" de l'opposition inclut des membres d'Al-Qaïda, a-t-il expliqué au Washington Post, rappelant que par le passé les opposants anti-Kadhafi à Benghazi ont été "associés de très près à Al-Qaïda". "J'espère que nous avons bien évalué maintenant l'opposition en Libye, poursuit Riedel, et que nous pouvons dire que cela (les éléments associés à Al-Qaïda, ndlr) représente 2% et pas 20%". A ce jour, l'estimation officielle des services américains reste que la plupart des rebelles sont plutôt des "good guys" et n'ont pas grand chose à voir avec Al-Qaïda. L'amiral Stavridis l'a assuré : "Les renseignements que je reçois pour le moment me donnent l'impression que les dirigeants que je vois sont des hommes et femmes responsables qui se battent contre le colonel Kadhafi". Si les américains le disent eux-mêmes, maintenant..

Des gens d'Al-Qaïda, ou plutôt de qui reste du Groupe islamique de combat libyen (GICL), en Libye ? Les experts, sur le cas du GICL disent non, non plus : "pour Thomas Hegghammer, spécialiste de l'islamisme radical au Norwegian Defence Research Establishment, "rien ne permet de dire, sur le terrain, que les insurgés sont des sympathisants d'Al Qaïda". "Aucun slogan, aucune déclaration, aucune vidéo ou quoi que ce soit ne permet de suggérer qu'ils sont liés ou même inspirés par les objectifs d'Al Qaïda", ajoute-t-il. "Et de même rien du côté des dirigeants d'Al Qaïda ne permet de suggérer le moindre lien avec les rebelles". Quand le colonel Kadhafi affirme, à la télévision libyenne, qu'Al Qaïda distribue des "pilules hallucinogènes" à des adolescents pour les inciter à descendre dans les rues, "cela en dit plus long sur Kadhafi et à quel point il est coupé de la réalité que sur ce qui se passe réellement en Libye", estime M. Hegghammer" précise la Libre Belgique. Ajoutons que le GICL avait été laminé dans le pays par la police de Kadhafi... les seuls à évoquer sa présence étant aujourd'hui les sites neocons, ou ceux tenus par de bien étranges écrivains, dont par exemple, celui qui possède un titre bien anodin, le"Journal des infos", en fait la "lavoixdesmartyrsdelaplume", créé en 2008 par l'algérien Abderrahmane Hakkar, qui titre successivement depuis plusieurs semaines : "Horreur à Benghazi : L’emprunte d’Al-Qaïda", ou "Lybie : la présence d’éléments d’Al-Qaïda se confirme" ou encore "Les informations de notre radar se confirment de plus en plus :« Al-Qaïda reconnait sa participation en Lybie » ou encore "L’Algérie sort de son silence :« La présence d’Al-Qaïda en Libye est très inquiétante » et "Des armes de guerre pour « Al-Qaïda au Maghreb Islamique » ??", ou pourquoi pas pour terminer "Le fruit des « révolutions arabes » : Pauvreté, Insécurité et « Harragas » par milliers"... un florilège pas si étonnant quand on voit qui se cache derrière. En tout premier texte paru dans ce blog, on avait bien en évidence le "La lutte antiterroriste n'aurait pas de résultat sans l'éradication totale de ce fléau à partir de ces racines." signé Daniel Pearl ! Proposé par un journaliste qui parle également de la mort de l'otage français Germaneau... selon lui tué par deux terroristes, alors que tout porte à croire qu'il est mort de maladie, et faute de soins. Et qui avait aussi salué la nomination de Kadhafi à la tête de l'Union Africaine ! On retrouve le même au Nouvel Obs et chez Mediapart (il paraît aussi chez Aschkel  !), pour y parler "des forces du mal"... étrange, très étrange propos... les services secrets algériens font tout actuellement pour raviver le spectre d'un Aqmi dont qu'ils ont créé de toutes pièces, on le sait. Et les articles successifs du blog y participent largement, pour sûr. Les USA, on le sait aussi, se rapprochent de l'Algérie dont ils convoitent les ressources pétrolières, et le meilleur moyen pour ça c'est de présenter un Al-Qaïda aux portes du pays. Ce que l'on entend beaucoup ces derniers mois... chez les neocons.

C'est l'éternelle piste d'Al-Qaïda, elle-même soufflée passablement par Kadhafi en personne, sous son parapluie grotesque, qui s'efffondre donc, en Libye, et les neo-cons en sont encore une fois pour leurs frais. En réalité, le seul détenu de Guantanamo qui ait été renvoyé directement en Libye y est mort, sous les sévices des hommes de Kadhafi. J'avais raconté sa terrible histoire ici-même.  Le 10 mai 2009 il avait été annoncé comme s'étant "suicidé", dans l'effroyable prison libyenne d'Abou Salim.. Or qui était-il cet Al-Libi ? "Il avait eu son heure de gloire en 2003 : c’est bien lui qui était devenu l’informateur principal...de Colin Powel, oui, l’homme à la fausse fiole d’Anthrax onusienne" vous avais-je dit. Lui et l'autre menteur, Rafid Ahmed Alwan (al-Janabi), qui a depuis avoué avoir trompé tout le monde, le fameux "CurveBall". Al-Libi avait en réalité raconté n'importe quoi dès le départ, sous les sévices de la police égyptienne, lui aussi, police dont on découvre aujourd'hui les méthodes violentes, et la CIA avait repris le relais dans le même registre. Des tortionnaires, eux aussi, dont les aveux extorqués des suppliés avaient servi à Powell pour nous vendre la fable des WMD... Al-Libi avait été réexpédié en avion Gulfstream en 2006 en Libye, alors qu'on annonçait toujours officiellement sa présence à Guantanamo ! D'un côté, on a donc eu un prisonnier absent mais annoncé comme présent, de l'autre un homme jamais détenu à cet endroit présenté comme habitué des lieux : avouez qu'avec ça, les futurs procès qui auront lieu a huis clos (ils resteront militaires a décidé Obama !) s'annoncent particulièrement ridicules, avec en tête d'affiche le recordman du monde du waterboarding, j'ai nommé le Sheikh Mohammed !

Al-Libi, condamné à mort par son renvoi en Libye, ça n'avait choqué personne à l'époque aux USA. "Deux envoyés spéciaux de Human Rights dépêchés le 27 avril sur place en Libye avaient pu brièvement renconter un Al-Libi furieux, qui n’avait pas mâché ses mots à leur égard :"où étiez vous donc quand on me torturait dans les prisons américaines ?" Confirmant ainsi qu’il avait bien fait un séjour à Guantanamo et avait été reéexpédié en 2006, en Libye, sans jamais avoir vu personne et encore moins un avocat. Toute la splendeur de l’inhumanité de Guantanamo lancée au visage des deux envoyés. Une sorte de prisonnier fantôme, errant de lieu de rétention en lieu de rétention, au bon gré des programmes de vols des discrets avions blancs. Ou de L’USS Bataan et l’ USS Peleliu, qui servaient de bateaux-prisons flottantes. Ce seront ces dernières paroles. L’homme qui aurait pu nous confirmer que cette histoire d’armes de destruction massive était du flan était mort sans pouvoir nous le confirmer. Un de plus. Les placards de Bush ressembleront bientôt à des fosses communes". Et celui qui visite les mêmes placards, aujourd'hui, c'est Kadhafi. Qui n'est pas à un mensonge près. Car qui donc avait accusé au départ Abdul Hakim el-Hasadi d'être un ancien de Guantanamo et d'être affilié à Al-Qaïda ? Kadhafi lui-même, comme l'avait écrit mot pour mot le 24 mars le Weekly Standard. En ajoutant avec insistance : "Abdul Hakim al Hasadi n'a jamais été détenu à Guantanamo"... Maurice Olivari, avec sa petite phrase, nous a mené bien plus profond, en définitive, que l'endroit qu'il nous avait fait visiter. Et sur lequel nous reviendrons aussi, très certainement....


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