Linky : alerte aux « lanceurs d’alerte » bidons !

par Costa Bravo
samedi 14 mai 2016

Violation de la vie privée, ondes nocives, incendies, crime contre l’humanité (on exagère à peine)... Accusé de tous les maux, Linky ploie sous les critiques d’un petit nombre de technophobes, pour qui le diable, à défaut de s’habiller en Prada, ressemble à un petit boitier en plastique vert. Tout est bon pour taper comme un sourd sur le compteur communicant d’ERDF, et tant pis pour la surenchère, tant pis pour la science, tant pis pour la vérité. Le camp des « anti » accumule les arguments spécieux avec une frénésie déconcertante, et nul ne semble en mesure de stopper sa croisade hallucinée. Ça part sans doute d’un bon sentiment, mais c’est devenu du grand n’importe quoi, qu’on laisse faire sous prétexte de principe de précaution.

Comme chacun sait, nous vivons dans un monde connecté, où l’échange d’informations en temps réel est un enjeu crucial. En l’occurrence, cet échange d’informations numériques ne s’applique pas encore au domaine de l’électricité, et pour cause : aujourd’hui en France, la quasi totalité des compteurs en usage datent au mieux des années 90, au pire d’un temps que les moins de 60 ans ne peuvent pas connaitre. Ça fait sans doute de ces appareils de bonnes affaires pour qui se sent l’âme d’un brocanteur, mais reconnaissons que question modernité, ça laisse à désirer. La modernité pour la modernité, quel intérêt ? Aucun, en effet, mais justement le compteur Linky propose un peu plus que cela. En permettant à chacun d’avoir une connaissance précise de ce qu’il consomme, il invitera à réaliser des économies. La facture d’électricité ne sera plus une donnée monolithique dont les tenants et les aboutissants demeurent obscurs, mais une somme d’informations claires, identifiant les appareils et comportements énergivores. 

Ça, c’est pour la version officielle, séduisante peut-être, mais pas assez pour faire oublier à certains le revers de la médaille, et quel revers : Linky, c’est d’abord et avant tout la promesse d’une mort lente et douloureuse, d’un flicage généralisé de tous les citoyens (« Hey, Robert, tu feras gaffe, activité électrique chez Madame Michu, je pense qu’elle a allumé son sèche-cheveux, elle devrait pas tarder à aller chercher le pain »), à moins qu’on ne périsse tous par le feu dans un brasier dantesque dont la première étincelle, je vous le donne en mille, aura été l’œuvre d’un de ces boitiers sataniques.

D’où viennent ces théories obscurantistes ? D’associations dont le fond de commerce est l’extension du domaine de la peur. On pense à Robin des Toits, évidemment, jamais avare d’une démonstration douteuse. Ainsi en va-t-il des vidéos alarmistes pullulant sur le net, où un appareil de mesure inadapté, quand il n’est pas défectueux, « prouve » que le compteur d’ERDF rayonne de façon inquiétante, sans qu’un mot ne soit dit sur la présence de la caméra qui filme et des ondes qui en émanent. Autres « lanceurs d’alerte », des youtubeurs à la petite semaine, blogueuses modes ou complotistes chrétiens en quête de clics, dont la rigueur scientifique n’arrive pas à la cheville de celle des frères Bogdanov.

Ce verbiage sans queue ni tête se fait parfois au prix de légères contradictions, on n’est pas à ça près. Ainsi, ce que dénonce aujourd’hui Robin des Toits, c’est la technologie du courant porteur en ligne (CPL) permettant au compteur Linky de transmettre des données via le fil de cuivre du courant électrique. Une technologie pas toute neuve, sur laquelle personne n’a jamais rien trouvé à redire jusqu’à l’arrivé de Linky, et à laquelle Robin des Toits semblait même plutôt favorable il y a peu. Il y a une petite dizaine d’année, l’association préconisait en effet l’usage du CPL plutôt que celui du wifi, qui était la bête noire/marotte de l’époque de nos amis électrosensibles. Sur Twitter, Canard PC relaie une capture d’écran savoureuse.

Alors Linky, ennemi mortel ou simple outil de la transition énergétique ? Toutes les études menées à ce jour montrent qu’il émet des ondes, certes, mais extrêmement faibles, bien en dessous de toutes les normes admises, à peu près 800 fois moins importantes que celles d’un grille-pain ! Idem, toutes les autres accusations dont le compteur est victime peuvent être démontées en une poignée de secondes, pourvu qu’on se renseigne aux bonnes sources, c’est à dire auprès de celles dont le sérieux est avéré.

Les « bonnes sources », ça sent la conspiration d’Etat relayée par des médias de masse à la solde du pouvoir, penseront les indécrottables complotistes. Admettons. Reste à se poser cette question : pourquoi les comploteurs, qui seront eux aussi équipés de ces compteurs, mettent-ils leur propre vie en danger ? Pourquoi tous les employés d’ERDF, bien plus au fait que n’importe qui des véritables résultats des mesures réalisées sur Linky, cacheraient-ils ces résultats s’ils étaient mauvais, pour continuer de faire la promotion d’un compteur qu'ils sauraient nocif ? Qu’auraient-ils à y gagner ? Leur santé, mais aussi celle de leurs familles sont en jeu. Le respect de leur propre vie privée est en jeu. Tout ça est absurde. Et c’est par l’absurde, justement, qu’a choisi de réagir le site Science Info aux fantasmes qu’engendre Linky, en imaginant, dans une vidéo parodique, que tous les compteurs sont en fait équipés d’une mini caméra de surveillance. Savoureux.


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