Louis XVII, l’enfant du temple ; son portrait authentique mais oublié. Le crime de la République

par Emile Mourey
mercredi 11 mars 2020

Enfermé dans la prison du Temple, le jeune Louis Capet a vu son père et sa mère partir pour l'échafaud. Il s'est retrouvé seul, abandonné au cordonnier Simon. Manquant d'hygiène, atteint de tuberculose, il est mort à dix ans, enfant innocent, et la Révolution n'a pu que l'enterrer à la sauvette. 
Retrouver les portraits authentiques du petit roi relèverait, si l’on en croit tout ce qui a été dit, écrit et publié, de l’enquête policière. Et pourtant, c’est bien le peintre Greuze de Tournus qui est la piste la plus intéressante. En 1791, avant l’incarcération de la famille royale, il a fait un premier portrait de l'enfant alors qu'il n'avait que six ans (en dessous, à gauche). Il n’est pas besoin d’être un grand spécialiste pour constater une ressemblance probable avec le portrait oublié que j'ai replacé au milieu, compte tenu, bien entendu, qu’en quatre ans, un visage d’enfant s’allonge mais que certains détails ne changent pas (la bouche avec sa lèvre inférieure déjà bourbonienne, la chevelure, le nez, les yeux). L'enfant a pourtant bien changé. Les épaules sont tombantes, la poitrine étroite et rentrée, le visage émacié. Les joues se sont creusées, la bouche ne sourit pas et le regard n'est plus le même.

Ce tableau oublié tout à fait inconnu s'est vendu dans une salle des ventes parisienne, le 11 octobre 1981. La description était la suivante : "Portrait présumé du dauphin Louis XVII, attribué à Greuze" L'inscription collée au dos donnait les précisions suivantes : "Portrait du dauphin Louis XVII à l'âge de dix ans. Huile sur toile attribuée à Greuze, non signée, portant en haut et à droite les armes de la famille royale de France. Provenance : vente Sotheby au château de Mentmore (Buckinghamshire) en 1977 de la collection de Lord Rosberry et précédemment du baron Mayer de Rothschild (catalogue portant le titre de “Chrysanthemum)". Toujours au dos du tableau figure une étiquette “1945”, une autre “Tennant Heirlooms 1907” et une autre “Sotheby Parke Bernet et Co, registered Office : 34-35 New Bond street London W1A 2AA.

Le tableau est merveilleusement peint. Les cheveux blonds sont d'une grande finesse. L'expression du visage est d'une étrange délicatesse mais révèle un état maladif. Madame Vigée-Lebrun, amie de Marie-Antoinette qui fit plusieurs portraits de la famille royale ayant émigré dès 1789, ne peut en être l’auteur. En revanche, plusieurs artistes ont pu peindre l'héritier de la couronne. Tout d'abord Ducreux qui a dessiné Louis XVI au Temple, Prieur qui peignit Marie-Antoinette à la Conciergerie, et tous ceux qui firent les portraits des héros de la Révolution… mais c’est bien le tournusien Greuze qui est la piste la plus crédible. Il était alors à Paris. C'est d’ailleurs l’hypothèse retenue dans le catalogue “Chrysanthemum” qui fait par ailleurs remonter l'origine du tableau jusqu'au baron Mayer de Rothschild.

Mayer de Rothschild, fondateur de la célèbre dynastie, vivait à cette époque en Allemagne, à Francfort. Commerçant avisé, agent de change, banquier du prince et de la principauté, il est probable que ses affaires ont prospéré lorsque les émigrés arrivèrent dans la région avec leurs problèmes, leur argent et leurs objets précieux. Peut-être leur racheta-t-il des tableaux venus par des voies plus ou moins détournées ?

Malheureux émigrés qui rejoignaient l'armée de Condé du Rhin avec leurs trésors les plus précieux ! Heureux, Guillaume Ier de Hesse-Cassel, amateur de médailles, de monnaies et autres objets d'art ! Très occupé, Mayer de Rothschild, changeur, agent à la cour, qui faisait les transactions pour le prince ! Heureux, les généraux d'armée de la Révolution qui vinrent faire des raids jusque-là pour récupérer sur le prince électeur une partie des trésors nationaux ! Malheureux Guillaume qui devait leur restituer les biens litigieux ! Très occupé, Mayer de Rothschild qui servait d'intermédiaire !
 
Tout cela pour dire qu'on peut remonter l'histoire de ce tableau jusqu'à son origine, ou peu s'en faut. C'est un gage qui plaide en faveur de son authenticité. Dans ces conditions, il y a une certitude absolue pour que le blason aux trois fleurs de lis peint en haut et à droite soit bien d'origine. Ce blason est aux armes de la famille royale régnante et lui est réservé. Les branches latérales n'ont droit qu'à un blason modifié. Quant au futur Louis XVIII, il n'a pas eu de descendance et les enfants du futur Charles X auraient certainement été peints dans une tenue plus riche et plus conforme à la tradition royale.

Il s'agit donc bien de Louis XVII dans sa triste authenticité et non dans une posture académique d'enfant royal.

Curieux, ce Mayer de Rothschild qui conserva dans sa collection le regard d'un enfant français ! Lui-même avait perdu ses parents à l'âge de douze ans. Curieux, ce soutien apporté par ses descendants à Louis XVIII ! Curieux, cette générosité dont ceux-là firent preuve maintes fois à l'égard de notre pays !

Remarque. A l’époque de cette vente, existait un doute sur l’identité de l’enfant mort au Temple (thèse Naundorff). C'est probablement pour cette raison que le tableau n'était qu'attribué. Mais aujourd'hui, il est prouvé qu'il n'y a pas eu substitution d'enfant et que c'est bien Louis XVII qui est mort dans la prison du Temple. Son coeur momifié ayant été par miracle conservé grâce au médecin légiste Philippe-Jean Pelletan qui l'avait examiné, des experts ont pu l'authentifier en comparant son ADN (acide désoxyribonucléique) à celui de la reine Marie-Antoinette. Les conclusions de leurs recherches ont été présentées à la presse le 19 avril 2000 et exposées dans un livre de l'historien Philippe Delorme, Louis XVII, la vérité.

Extraits Wikipedia : Le cordonnier Simon, qui s'est occupé de l'enfant, est jugé par les historiens comme étant un personnage grossier…Par la suite, Louis-Charles fut enfermé au secret dans une chambre obscure, sans hygiène ni secours, pendant six mois, jusqu'à la mort de Robespierre, en juillet 1794. Son état de santé se dégrade, il est rongé par la gale et vit accroupi. Sa nourriture lui est servie à travers un guichet et personne ne lui parle ni ne lui rend visite. Ces conditions de vie entraînent une rapide dégradation de son état de santé. Après la mort de Robespierre, son sort s'améliore relativement, même s'il demeure prisonnier dans la tour du Temple. Fin de citation. 
Il est probable que c'est à ce moment-là que Greuze l'a peint. Sa tenue vestimentaire semble assez proche de celle qu'il porte dans une lithographie anonyme du musée des Estampes et dans l'eau forte - extrait ci-dessous - de la Bibliothèque nationale où il est représenté sur les genoux de son père alors qu'il n'a que huit ans, Louis XVI ayant été guillotiné en 1793. A cette date, on ne lui avait pas encore coupé les cheveux. On dirait qu'il porte toujours la même veste et la même chemise.

Louis XVII meurt dans sa prison, probablement d'une péritonite tuberculeuse, le 8 juin 1795. Il avait un peu plus de dix ans. Son coeur repose dans l'ancienne nécropole royale de Saint-Denis.

Emile Mourey, château de Taisey, le 10 mars 2020. Les images peuvent être soumises à des droits d'auteur.


Lire l'article complet, et les commentaires