Macron-Benalla : bel et bien une affaire d’État

par Sasha
dimanche 29 juillet 2018

"Lorsque nous agissons, nous créons notre propre réalité. Et pendant que vous étudiez judicieusement cette réalité, nous agirons de nouveau, créant ainsi de nouvelles réalités, que vous étudierez également. Et les choses se mettront en ordre de cette manière. Nous sommes les acteurs de l'histoire et vous, vous tous, ne resterez qu'avec l'étude de ce que nous faisons".

Karl Rove, conseiller du président George W. Bush

 

C'est à l'aune de cette déclaration sans ambage qu'il faut analyser ce qui est en train de se passer dans l'affaire Benalla. Nous pourrions tout aussi bien l'appeler l'affaire Macron, car c'est bien du mode d'exercice du pouvoir de ce dernier dont il est question.

Nous vivons dorénavant dans une ère de pure communication, le mot lui-même étant une dérive sémantique novlanguienne du mot antérieurement utilisé de propagande. Joseph Goebbels lui-même ne pourrait vraisemblablement pas imaginer le degré infini de mensonge dans lequel nous évoluons tous chaque jour à présent, et l'affaire qui nous occupe en est un exemple parfait. L'inversion est désormais totale, bienvenue dans la Caverne de Platon.

Le Diable est dans les détails. Et le Diable, comme le dit Guénon, "ne peut s'empêcher de laisser échapper toujours quelque sottise, qui est comme sa signature..."

Nous voici donc avec le sieur Benalla au journal de 20 heures de TF1. Il est rasé de près, et comme lors de son interview donnée au Monde auparavant, il est entouré de la crème des "communicants", visant à lisser son discours et à tordre les faits. (Au passage, qui paie pour la prestation vraisemblablement exorbitante de ces spécialistes ? Encore nos impôts ? Mais je digresse...) Tout dans son attitude ainsi que dans son language et sa gestuelle, jusque dans ses lunettes d'intellectuel, indique une volonté de gommer l'image de crapule que l'on peut sans peine distinguer dans les diverses vidéos et autres témoignages le concernant. Les questions gênantes s'accumulent pourtant. Par exemple, comment se fait-il qu'un tel personnage dispose d'une si parfaite tribune télévisuelle ? Et comment se fait-il que la présidente de la commission d'enquête de l'Assemblée Nationale soit si incroyablement subjective dans sa manière de mener les débats ? La démission fracassante de Guillaume Larrivé, vice-président de la commission d’enquête, tente d'y répondre : "Je pose la question : est-ce que l'Elysée souhaite torpiller les travaux de notre commission ? Je le crois, je le crains. Instruction a été donnée aux députés du groupe En Marche de bâcler la préparation d'un vrai-faux rapport". Ça se passe de commentaire. Que faisait-il régulièrement avec l'insigne des agents de sécurité rapprochée du président ? Comment s'est-il procuré l'équipement, la radio et le brassard de police qu'il arborait lors de la manifestation ? Quant à l'acte de violence lui-même, son exercice de contrition tombe à l'eau au regard de la seconde vidéo du Jardin des Plantes, de nouveau avec son comparse Crase, qui lui était équipé d'une arme de poing sans aucune autorisation. D'ailleurs comme se fait-il que Benalla lui-même ait eu un permis de port d'arme, ainsi qu'une accréditation Secret-Défense, s'il n'avait, comme lui, son suzerain et ses sbires le clament à tout vent, aucune fonction liée à la sécurité ? Et pourquoi diable avait-il accès à l'Assemblée Nationale ? Ne me citez pas son excuse de la salle de sport, on nage en plein délire.

Les faits tendent à infirmer beaucoup des déclarations de l'ex "chargé de mission". Le rapport de l'IGPN démontre que c'est bien à sa demande qu'il était présent sur la manifestation du 1er mai. M. Gibelin, directeur de l'ordre public de la préfecture de Paris, dément lui avoir fourni les équipements qu'il arborait ce jour-là. Les témoignages affluent sur son habitude de passer en force par dessus les autorités policières, voire de leur donner des ordres directs. Il est compréhensible de ce point de vue que le personnage ait généré de fortes inimitiés. Son arrogance était apparemment sans bornes, et contrairement au mauvais numéro d'acteur auquel nous avons assisté au journal de 20 heures, il est évident qu'il avait beaucoup de mal à passer les portes...

La stratégie viserait-elle non pas à simplement atténuer ses agissements afin de désamorcer la crise, mais à tout bonnement le réhabiliter ? Ce scandale serait donc uniquement la faute de la presse, de l'opposition, et "des gens qui ne supportent pas la chaleur et la fatigue" ? 

Encore une fois, le mépris total du peuple français et des institutions est sans bornes. Ce discours hallucinogène de Don Macron devant ses troupes exhortant les "autres" à venir le chercher alors qu'il se sait en toute impunité ajoute l'insulte à la parodie. Après avoir enduré avec honte les mandats de Sarkozy et Hollande, je ne sais si nous sommes dorénavant rendus au niveau maternelle ou à l'aile des forcenés de l'asile psychiatrique. Le danger autocratique est en tout cas bien présent.

L'importance évidente de cet énergumène dans le dispositif Jupiterien serait-elle derrière la tentative avortée de récupérer à tout prix hier sa voiture de fonction à la fourrière ? Une grosse casserole dans la boîte à gants, peut-être ?

Décidément beaucoup, beaucoup trop de questions.

 

Comme le dit la maxime du Watergate :

"Ça n'est pas le crime qui fait une affaire d'État, c'est sa dissimulation".

 


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