« « Madame, vous êtes une prof de merde ! » - Quand enseigner devient un enfer »
par Paul Villach
mercredi 16 décembre 2009
Les témoignages se suivent et se ressemblent malheureusement. Un rédacteur a publié, le 14 décembre dernier, sur AgoraVox l’interview par M.-O. Fogiel réalisée, semble-t-il, le 15 septembre 2009, sur Europe 1, de Charlotte Charpot, auteur d’un livre intitulé « Madame, vous êtes une prof de merde - Quand enseigner devient un enfer », publié aux éditions de l’Arbre. (2)
Des âmes sensibles seront sans doute heurtées par ce titre comme elle l’ont été par ceux de deux récents articles (1). Il faudra bien qu’elles s’y fassent. Peu importe, d’autre part, que la publicité du livre présente son auteur comme une ancienne professeur qui ose « briser l’omerta » ! D’autres l’ont fait avant elle. Mais, c’est vrai, l’omerta existe, car ce qui est à cacher n’est pas joli à voir ! Et même si elle n’est pas la première à la briser, l’omerta est comme la glace : elle se reforme toujours plus épaisse après chaque fracture. On ne sera jamais trop pour à nouveau tenter de la rompre.
1- L’incompétence professorale exhibée en toute candeur
Seulement, à en juger par son interview, quel triste portrait du professeur brosse Charlotte Charpot ! C’est le même que celui qui était ressorti du témoignage qu’on a commenté le 10 décembre dernier : voici encore l’incompétence professorale exhibée en toute candeur ! Une jeune professeur se montre incapable d’assumer sa fonction. On la voit, en effet, à l’œuvre, dans une citation de son livre : « Mon premier jour de classe à Bruxelles, écrit-elle, a été pour le moins folklorique. Je m’apprêtais à enseigner à des 4ème technique, des enfants entre 17 et 18 ans. Ils sont entrés dans la classe tel un troupeau déchaîné. Je suis resté sans voix devant l’énormité de la chose. Dans la cohue un élève lance : « Allez, laissez la se présenter, ne soyez pas dégueulasses ! » Et ce n’a été que les cinq premières minutes. La deuxième heure de cours, j’ai pris une pièce de monnaie sur le verre de ma lunette qui a explosé. La troisième heure on m’a traité de pute ! »
Comment ne casse-t-elle pas la baraque d’entrée en imposant le respect des règles de la classe, quitte à mettre au pied du mur l’administration responsable de l’ordre dans l’établissement et à tout plaquer puisque c’est la seule issue si rien ne change radicalement ? Au lieu de cela, elle démissionne ! Non, elle ne s’en va pas ! Du moins pas encore ! Elle se contente de ne pas remplir sa mission, et c’est la pire des choses ! Elle ne sait pas ce qu’est un professeur. Elle l’avoue elle-même, elle reste proprement « sans voix », dit-elle, devant la violation répétées des règles de la classe : cohue insupportable à l’entrée en classe pour se préparer à un travail intellectuel, interventions intempestives d’élèves qui font la loi, agression et bris de verre de lunettes, injures !
Mais comment prétendre commencer à enseigner dans un tel contexte de violence physique et morale ? Comment un professeur peut-il l’accepter, sans transmettre aux élèves le message implicite suivant : voyez comme je suis veule et ne mérite pas d’être respectée ? Elle se résigne au contraire à cette « routine un peu violente » comme elle dit. Inutile d’aller chercher plus loin ! En réagissant ainsi, le professeur est le premier artisan de son propre malheur par sa passivité et sa pleutrerie. Elle met le pied à l’étrier de ses agresseurs dès qu’ils franchissent le pas de la porte. Quand on la traite de « pute », elle ne trouve rien de mieux que de répondre minablement qu’ « on ne dit pas pute, mais Madame pute » et elle ose poursuivre son cours comme si de rien n’était ? C’est à pleurer !
2- La somatisation et la victimisation comme défense
Sa seule défense est alors une somatisation : toute la part inconsciente de son être forcément se révolte contre la veulerie de sa conscience : « En l’espace d’un mois, avoue-t-elle, j’ai commencé à me couvrir de pustules, de psoriasis, à accumuler les épisodes de migraines, de somnolences, d’angoisse, ronger mes ongles, frotter mes yeux ». Elle croit pouvoir se disculper en soutenant qu’elle n’est pas la seule à qui ça arrive. Elle fait référence à des collègues qui ont vécu le même drame et la dépression. La seule issue est la médicalisation. Mais les médecins consultés la trouvent en trop bonne forme pour la mettre en congé de longue durée : ils lui auraient conseillé plutôt d’avoir un enfant ; elle pourrait bénéficier de congés et même d’un mi-temps pour l’élever … C’est pitoyable !
Comme dans le précédent témoignage, pour seule défense est brandie l’image polie et repolie du professeur victime. La jeune femme se plaint de sa solitude « face à la meute » ; elle ne rencontre aucune solidarité auprès de ses collègues : oser leur faire part de ses difficultés, c’est encourir « l’opprobre généralisée ». C’est juste, mais elle n’explique pas pourquoi ; l’ignore-t-elle ou n’ose-t-elle pas briser l’omerta ? Elle parle de « fatigue », de « charge de travail » comme excuses. Vraiment ? N’aurait-elle pas idée apparemment des motivations d’un tel comportement, comme la course courtisane à la faveur auprès de l’administration ?
3- Une analyse déficiente de la politique de l’administration
C’est que si elle dispense des faveurs, en effet, l’administration prive de tout soutien le malotru qui « ne sait pas tenir sa classe », selon la formule consacrée, faite pour masquer le plus souvent le désordre dans l’établissement dont elle est responsable. Il est singulier qu’à aucun moment, Charlotte Charpot ne nomme les responsables de l’ordre dans l’établissement, le chef d’établissement et son adjoint. Elle en déplore pourtant l’inertie et la politique de dissimulation : ainsi le bris de ses lunettes n’a-t-il entraîné aucune sanction. Mais elle se soumet docilement au mauvais conseil qui lui est donné de « se taire », de ne rien faire.
Curieuse cette soumission aveugle à l’autorité ! Il semble que ce soit, en effet, l’attitude la plus répandue dans cette profession exercée par d’anciens bons élèves. Stanley Milgram, auteur d’expériences célèbres sur la soumission à l’autorité, qualifie d’ « autoritarien » le profil de celui qui ne trouve son équilibre psychologique que dans une soumission aveugle à l’autorité. C’est le portrait tout craché du bon élève devenu professeur modèle !
Mais ce n’est assurément pas le meilleur caractère pour assumer la fonction de professeur. Il est amusant de voir la jeune femme célébrer son nouveau métier dans la finance et les assurances. Quelle raison première met-elle en avant ? « J’ai un chouette patron, dit-elle, réjouie, en bonne autoritarienne. Je suis très contente d’avoir un patron ». Peut-être veut-elle parler d’un patron bienveillant. C’est en général ce qui manque, en effet, à l’Éducation nationale ! Mais, on le voit, sans patron, la pauvre jeune femme est perdue.
Elle devine bien, sans doute, une des motivations de la direction de l’établissement : « Cacher un fait de violence, dit-elle, c’est toujours préserver la réputation d’un établissement. Donc ça peut arranger de nombreuses personnes ». C’est juste, mais de quelles personnes au juste parle-t-elle ? Elle n’en dit mot. Son analyse, en tout cas, ne va pas plus loin. Elle ignore pourquoi les comportements délinquants sont tolérés et quels objectifs ils permettent d’atteindre comme la maîtrise des professeurs indociles et la préparation d’une privatisation du service public d’éducation qu’il faut rendre répulsif en se montrant cyniquement plein de compassion pour les voyous.
Sommée par Fogiel de proposer des solutions, au cas où le ministre de l’Éducation nationale l’entendrait, elle parle vaguement de « pistes pédagogiques » à explorer. Pas un mot sur le respect prioritaire des droits de la Personne et des règles élémentaires de vie sociale dans un établissement, qui pourtant coule de source après le calvaire qu’elle a subi ! L’administration en ressort, du coup, exonérée de son impéritie, de sa malveillance et, pour tout dire, de son machiavélisme.
Qu’elle a eu raison de quitter cette jungle ! Du moins son témoignage n’est-il pas inutile : il s’ajoute à tous ceux qui, depuis des années, affluent et que, pendant longtemps, on n’écoutait pas. Pour qu’une radio comme Europe 1 fasse la publicité de ce livre, il faut croire que la situation est trop dramatique pour continuer à la cacher. Mais, on le voit, seule la victimisation du professeur et sa responsabilité intéresse Fogiel pour stimuler le voyeurisme des auditeurs. Comme si l’École se réduisait à un face-à-face entre un professeur et des élèves sans personne autour ! Pas question encore de détailler la politique calamiteuse d’une administration en charge de l’ordre qui manque aux devoirs de sa mission affichée ! Il ne faut pas compromettre un processus de décomposition du Service public qui ouvre la voie à une privatisation grâce à cette politique machiavélique. Paul Villach
(1) Paul Villach,
- « Ouah ! Elle boite ? Elle s’est fait enculer ou quoi ? » s’écrie en classe un élève au sujet de sa professeur. », AgoraVox, 10 décembre 2009.
- « Allez vous faire enc… » ont écrit des lycéens à leur professeur. Comment est-ce possible ? », Agoravox, 27 novembre 2009.
(2) Transcription de l’essentiel de la Vidéo de l’interview par M.-O. Fogiel sur Europe 1 du 15 septembre 2009 de Charlotte Charpot, auteur de « Madame, vous êtes une prof de merde ».
« Une ex-prof de français, reconvertie dans la finance, brise la loi du silence dans un livre intitulé « Madame vous êtes une prof de merde ». Pas besoin de vous écrire un roman pour expliquer le désarroi des profs face à des élèves qui ne savent pas ce que le mot respect veut dire. Elle est assez explicite à ce sujet. »
M.-O. Fogiel . - Pour vous, prof, ce n’est vraiment pas le plus beau métier du monde ? Vous le pensiez, vous ne le pensez plus ?
Charlotte Charpot . - C’est le plus beau métier du monde dans l’absolu. Ça devient peut-être l’enfer sur terre, vu les conditions de travail à l’heure actuelle.
M-O F - L’enfer sur terre ! Vous écrivez « Mon premier jour de classe à Bruxelles a été pour le moins folklorique. Je m’apprêtais à enseigner à des 4ème technique, des enfants entre 17 et 18 ans. Ils sont entrés dans la classe tel un troupeau déchaîné. Je suis restée sans voix devant l’énormité de la chose. Dans la cohue un élève lance : Allez, laissez la se présenter, ne soyez pas dégueulasses ! Et ce n’a été que les cinq premières minutes. La deuxième heure de cours, j’ai pris une pièce de monnaie sur le verre de ma lunette qui a explosé. La troisième heure on m’a traité de pute ! »
C C - Oui, oui, la routine un peu violente, mais c’est vrai que c’était devenu la routine. Quand on commence dans les cinq premières minutes à ce degré de violence-là, on se doute où cela peut finir. Et ça a d’ailleurs assez mal fini, puisque j’ai fini par démissionner.
M O F - Et vous avez même eu des symptômes physiques, puisque vous écrivez « En l’espace d’un mois, j’ai commencé à me couvrir de pustules, de psyorasis, à accumuler les épisodes de migraines de somnolences, d’angoisse, ronger mes oingles, frotter mes yeux », c’était ça votre quotidien.
C C - Oui, mais c’était déjà le quotidien en France et c’est le quotidien de la plupart de mes collègues. J’ai rencontré plein de personnes extraordinaires. Et puis après toutes ces personnes extraordinaires ont fait une dépression, ont changé de route, ont repris leurs études, ont déménagé à l’étranger pour s’en aller, pour fuir. Et ça c’était en France, donc…
M O F - En France où vous racontez très bien dans le livre un peu la loi du silence. Dans la salle des profs avec vos collègues et même avec vos responsables, on n’en parle pas vraiment. Vous dites « la fatigue, la charge de travail et la faiblesse des plus jeunes enseignants rendent presque impossible l’échange et le soutien entre collègues »
C C - Eh bien, c’est-à-dire quand on est vraiment crevé, et en état de résistance et de survie, on n’a plus l’énergie d’aller écouter le collègue qui est lui aussi dans la même situation. Il y a un moment où on échange plus ; on rentre chez soi pour dormir, ça devient vital.
M O F - Vous dites dans le livre que vous êtes un peu seule face à la meute, en ce qui concerne la direction de l’établissement, on vous dit carrément de vous taire, notamment quand on vous casse vos lunettes puisque vous, vous avez subi des violences verbales pas physiques, mais des lunettes cassées. On vous explique quoi ?
C C - Je pense simplement que ça arrange bien tout le monde à l’heure actuelle de faire disparaître les faits de violences des fichiers. Donc on connaît tous ce rapport publié par Le Point qui a été publié il y a quelques années, qui a créé la polémique et le scandale. On en dira ce qu’on veut ! Mais bon ! Cacher un fait de violence c’est toujours préserver la réputation d’un établissement. Donc ça peut arranger de nombreuses personnes !
M O F - Et donc on vous a dit carrément sur vos lunettes par exemple qu’elles étaient tombées et puis voilà quoi !
C C - Oui, je suis tombé toute seule ! Je n’ai pas eu d’accident ni d’agression !
M O F - On vous met même en cause quand vous racontez la difficulté d’une classe violente. On vous dit : non, cette classe n’est pas si violente que ça, c’est peut-être toi qui fait mal ton travail. C’est la réalité que vous, vous avez vécue.
C C - Oui, c’est la routine, si les élèves sont stressés, c’est parce que l’enseignant est stressé lui-même, on lui renvoie son propre stress. C’est un joli tour de passe-passe. Et en plus si on est le premier à dire qu’on est en difficulté, alors on sait pertinemment que les collègues seront en difficulté dix minutes après. Mais c’est pas grave, quand on est le premier on est toujours le sujet de l’opprobre généralisée. On a du mal à dire : hou la la ! ça va pas, aidez moi !
M O F - Ce que vous racontez très bien dans le livre, c’est que les élèves, c’est pas une découverte, finalement ne valorisent pas le métier d’enseignant. Les élèves vous disent par exemple qu’en trafiquant un peu, ils gagnent deux fois plus que vous en deux jours.
C C - Ah ! oui, oui, ça se sait partout que des petits malfrats gagnent beaucoup plus qu’un enseignant, quoi ! Et puis on en est au stade où quand on arrive c’est : Hou regarde ! C’est le professeur qui n’a pas su faire de meilleures études, c’est celui qui n’a pas réussi, qui ne gagne pas d’argent. Forcément on arrive avec le sourire et on dit : réussite les enfants, réussite ! Forcément, il y a un paradoxe évident ! On peut pas…
M O F - Vous dénoncez un certain nombre de choses. On va continuer. Mais est-ce que vous proposez des solutions ? Quelles sont les solutions si Luc Châtel nous écoute ce matin, vous lui dites quoi ?
C C - Mon livre trace une comparaison directe entre la France et la Belgique qui est présentée chez nous comme un Eldorado où on fait des économies effarantes. Or la Belgique est dans un état pire que le nôtre à l’heure actuelle. Le rapport Pochard qui est pour l’instant écarté, proposait toute une série de mesures qui sont en route, notamment la mastérisation qui pour nous est le symptôme de la diminution de la qualité des études. Je pense qu’il faut partir sur des pistes qui plus qu’économiques doivent être pédagogiques, sinon on va dans le mur.
M O F - Alors, le mur vous l’avez vu de près. Il y a pour ça des médecins qui aident les profs. C’est assez incroyable quand vous racontez votre relation avec les médecins du travail. Ils vous disent : vous êtes jeune en âge de procréer, si vous faites un enfant vous aurez la possibilité d’accéder à un mi-temps de droit et un arrêt à la naissance pour vous occuper de votre enfant. Ils vous encourageaient plutôt à ça. Ils vous disent également : je ne peux pas constituer un dossier médical vous concernant. Vous êtes trop en forme. Il faudrait que vous justifiiez un état de dépression solide depuis plusieurs années. Finalement, on vous reprochait presque d’aller trop bien.
C C - Ah oui, oui, c’est ça ! Si on n’est pas sous médicaments depuis trois ans avec un suivi psychiatrique, on n’a pas de dossier médical. Par contre quand on est enceinte et qu’on fait un enfant on a un congé d’office. Et puis à partir de là on peut envisager de le prolonger un petit peu et travailler à mi-temps sinon ce n’est pas très légal.
M O F - Combien de temps vous avez enseigné ?
C C - J’ai enseigné 7 ans.
M O F - 7 ans où vous avez appris beaucoup de choses ?
C C - Ben oui quand même, je me suis baladée, je suis partie de Strasbourg, je suis passée par l’Auvergne, j’ai atterri à Montpellier, puis à Nîmes, puis à Castries. Donc j’ai vu des établissements, puisque j’étais à chaque fois sur un ou deux établissements à la fois. Donc j’ai pensé un moment : si sur sept années d’affilée, c’est toujours la même histoire qui se répète, elle devient véritable et symbolique de quelque chose.
M O F - Vous avez décidé de quitté l’enseignement. Vous faites quoi aujourd’hui ?
C C - Je travaille dans la finance et les assurances
M O F - Donc rien à voir ?
C C - Non, mais c’est passionnant, et puis j’ai un chouette patron. Je suis très contente d’avoir un patron et très contente d’avoir mes soirées mes week-ends. C’est vraiment un luxe quand on est prof.
M O F - Parce que ça, vous le racontez aussi dans le livre : on a un peu l’image des profs qui glandouillent finalement et vous dites : s’arrêter régulièrement, c’est pas un luxe, c’est une nécessité quand on est prof.
C C - Oui c’est une nécessité. Et puis il y a une étude qui a été menée par le gouvernement ce coup-ci qui dit qu’un prof qui bosse entre 18 et 20 heures, il a en réalité entre 41 et 45 heures de travail. Donc on n’est pas dans le surréalisme quand on dit qu’on bosse comme des tigres, on travaille vraiment.
M O F - Comme des tigres ; mais en même temps vous dénoncez un certain nombre de choses. Vous écrivez : « le chiffre le plus surprenant est la note d’admissibilité : 6,25/20 Qui ira considérer qu’un professeur de français est qualifié en accédant à son métier avec une note pareille. » Pour être prof, il suffit d’avoir 6,25/20 dans les tests d’admissibilité ?
C C - Attention, c’est un concours. Les meilleurs gagnent évidemment et si la moyenne du concours est 8 ou 6, eh bien ! on passe avec 8 ou 6…
M O F - C’est quand même ça la réalité, on passe avec 8 ou 6. Et pourtant, vous, vous vouliez faire ce métier, plutôt dans des zones difficiles. C’était votre vocation. Vous écrivez : « Je me suis perdue la première fois que je suis arrivée en banlieue. J’ai failli croire qu’il s’agissait d’une décharge, pas d’espaces verts, du verre pilé sur des béton armé, des souterrains sordides, des soupiraux étranges et noirs. » D’un coup, ça vous a fait un choc.
C C - Ah ben oui ! Tout le monde connaît la réalité de la banlieue. On sait peut-être pas qu’elle est absolument partout. Moi, c’était Nîmes. Personne n’irait se représenter Nîmes comme ça. Et pourtant, c’est vraiment ça, c’est des coupe-gorge. Je sais que, depuis, pleins de Nîmois sont allés visiter cet endroit-là. Et régulièrement ce qui ressort c’est : mince on a construit ça sur une décharge ! C’est quand même incroyable.
M O F - Et le racisme que vous avez rencontré, du racisme anti-blanc : le racisme est partout, les asiatiques, les noirs, les blancs sont rejetés avec une violence inouïe. Et c’est rare de raconter ça, c’est un peu politiquement incorrect. Mais c’est ça, la réalité que vous avez vécue au collège.
C C - Oui, je dois rester très politiquement correcte. Mais de toute façon quand on arrive dans une classe peuplée d’étrangers, il suffit qu’on en recadre un parce que ça ne va pas, directement, on peut être taxée de racisme. Après, dans la cité, une personne de couleur noire ou un asiatique ne survit pas plus de deux mois, ils sont obligés de déménager parce qu’ils sont victimes de violences non-stop dans les cages d’escaliers obscures, on leur roule leurs poubelles, on les harcèle dans la rue, donc ils déménagent tous les uns après les autres.
M O F - Charlotte Charpot, c’est un pseudo ?
C C - Oui !
M O F - Parce que vous avez peur de quelque chose ?
C C - Administrativement, j’aimerais préserver mon dossier. Je suis en disponibilité. Il se pourrait que dans 50 ans j’ai envie de revenir (rire).
M O F - En tout cas « Madame, vous êtes une prof de merde. Quand enseigner devient un enfer », un témoignage aux Éditions de l’Arbre. Ce à quoi vous avez répondu : « On ne dit pas pute, mais madame pute » et vous avez poursuivi."
« Ne dites pas après que vous n’étiez pas au courant »