Marre du mariage pour tous

par Henry Moreigne
lundi 28 janvier 2013

Le fait n'est sans doute pas historique mais l'image est pédagogique. Lors de la chute de Constantinople, assiégée par les Turcs, les religieux réunis en conclave discutaient du sexe des anges. Le débat qui entoure le mariage pour tous (au mieux entre 3 ou 4 000 par an) est surréaliste par rapport aux enjeux du moment et notamment de l'explosion du chômage et de l'effondrement de notre industrie. Il est surtout caricatural et réducteur dans sa présentation. Il n'y a pas d'un côté les modernes tolérants et de l'autre côté les sectaires, homophobes et rétrogrades. Il y a surtout l'immense majorité du milieu, dubitative devant le poids et les exigences du lobby homosexuel et sa stratégie de la poupée russe : mariage pour tous, PMA, et enfin gestation pour autrui (GPA).

De grâce élevons le débat. Sortons des postures de la jet set parisienne. Tel un moustique condamné à revenir sans arrêt se cogner à l'ampoule du lampadaire, elle est capable dans la plus sincère bonne foi être pour la PMA-GPA et réclamer à corps et à cris l'abolition de la prostitution. La lumière des projecteurs des plateaux tv n'est pourtant pas celle du soleil. Ce qui est dramatique dans le débat actuel c'est la faiblesse de son niveau et surtout qu'il soit accaparé par des commentateurs sans fond qui a force d'avoir un avis sur tout n'apportent un décodage philosophique et sociétal sur rien.

On pourrait s'interroger sur l'évolution (le délitement ?) de notre société depuis l'adoption du PACS. Car le mariage pour tous tel qu'il est aujourd'hui proposé est un reniement du fondement juridique du PACS d'hier. Elisabeth GUIGOU, ministre de la justice, garde des Sceaux à l'époque déclarait ainsi : "Le PACS ne change rien au droit actuel de la famille, car la seule cohabitation de deux individus, pacs ou non, ne fait pas une famille. C'est donc volontairement que le PACS est sans effet sur les règles de la filiation, de l'autorité parentale et sur les droits de l'enfant".

De l'eau a coulé sous les ponts depuis 1998 mais, le premier problème du débat actuel c'est son absence de bornage. De quoi parle-t-on et dans quelle direction veut-on aller : mariage, mariage et adoption, mariage adoption PMA et GPA ??

Le premier périmètre pourrait en effet être considéré comme une mise à niveau des droits des couples homosexuels par rapport aux couples hétérosexuels. Ce serait donc un PACS amélioré qui prend en compte la situation du conjoint survivant. En cela il n'aurait en effet rien de choquant et pourrait s'intégrer en effet dans un combat pour l'égalité des droits.

Las, il ne s'agit que d'un faux nez. Grisé par son poids sur les élites médiatiques et socialistes, le lobby homosexuel prend le risque du tout ou rien, les trois droits, quitte à risquer de tout perdre et de susciter un sentiment de ras-le-bol à l'égard d'un nouveau type de communautarisme, sexuel celui-là.

Car dès lors qu'on n'est plus sans le premier périmètre et que l'on parle de modification des règles de filiation par le recours notamment à une assistance médicale, on entre de fait dans le champ de la marchandisation des corps et donc de la bioéthique.

Pas à une contradiction près, les bien-pensants vont encenser au titre du libéralisme des mœurs la mondialisation des corps, les locations de ventre et commerces de gamètes et de l'autre et dans le même temps revendiquer l'exception culturelle française.

Convient-il en l'espèce de faire comme les autres pays ou de prendre le temps de la réflexion et de s'interroger sur le devenir des principes d'intangibilité et de non marchandisation des corps ? Doit-on encourager les marchands d'enfants, ceux qui proposent aux frontières de l'hexagone dans des cliniques privées et à bon tarif ovocytes, sperme et location de ventre ??

Le tourisme procréatif qui s'appuie toujours sur la misère des plus faibles n'a rien à envier au tourisme sexuel. La montée en puissance de la filière ukrainienne qui voit des jeunes femmes contraintes économiquement de louer leur ventre est une insulte à notre héritage des Lumières (autonomie des individus, consentement libre et éclairé…).

A juste titre Henri Guaino a lié la question du débat actuel avec le type de société que nous voulons. C'est de cela que nous sommes prêts à débattre. Pas de l'avis sans intérêt de tel ou tel journaliste. Pas plus de celui de Mme Trierweiler. On attend à l'inverse avec impatience celui du Comité National d'Ethique que le Chef de l'Etat s'est engagé à saisir, … dans le cadre de la futur loi sur la PMA.


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