Mélenchon et le hula-hoop
par politzer
lundi 20 juillet 2026
Mélenchon, et la “science arabe”
« le zéro et le hula‑hoop »
Jean‑Luc Mélenchon aime convoquer l’histoire pour appuyer ses discours. Il a récemment affirmé que la construction des cathédrales françaises devait beaucoup aux savoirs venus du Moyen‑Orient lors des croisades. Une thèse séduisante, mais largement contestée par les historiens, qui rappellent que l’architecture gothique s’inscrit surtout dans la continuité gréco‑romaine et paléochrétienne.
Cette instrumentalisation du passé rejoint une autre critique, venue cette fois de l’intérieur du monde arabe : un écrivain, Fouad Laroui (écrivain et essayiste marocain d’expression française), ironisait en disant que “les Arabes ont inventé le zéro, mais que cela n’a servi qu’au hula‑hoop”. Derrière la plaisanterie, une autocritique sévère : la civilisation arabe n’a pas su exploiter pleinement ce qu’elle avait reçu des Indiens, laissant le zéro dans le domaine théorique, sans en tirer les révolutions scientifiques que l’Europe allait développer.
Le rôle réel des savants arabes
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Le zéro est formalisé en Inde dès le Ve siècle.
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Les savants arabes et persans (Al‑Khwarizmi, Al‑Biruni) l’ont transmis à l’Occident médiéval, via l’Espagne musulmane et les traductions latines.
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Ils ont joué un rôle crucial dans la diffusion du système décimal, de l’algèbre et de l’astronomie.
Mais cette transmission est restée théorique : elle n’a pas débouché sur une appropriation créative durable dans le monde arabe, contrairement à ce qui s’est produit en Europe à partir de la Renaissance.
La critique interne : le zéro et le hula‑hoop
L’image du hula‑hoop illustre ce décalage : une invention capitale, mais perçue comme un cercle vide, sans usage pratique transformateur.
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C’est une autodérision intellectuelle : “Nous avons eu entre les mains une clé universelle, mais nous n’avons pas su ouvrir la porte.”
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Elle pointe la grandeur passée (transmission des savoirs) et la faiblesse présente (incapacité à prolonger ces apports en innovations structurantes).
L’instrumentalisation politique de Mélenchon
En insistant sur une dette directe envers le monde musulman, Mélenchon simplifie l’histoire pour servir un récit contemporain : celui du “vivre‑ensemble” et de la “Nouvelle France” multiculturelle.
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Il valorise l’idée d’un échange permanent entre civilisations.
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Mais il occulte la complexité historique : la science arabe fut surtout un relais, pas l’origine des cathédrales gothiques.
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Ce discours sert à déplacer le conflit social vers un terrain identitaire, neutralisant la lutte des classes.
Conclusion ouverte
Entre la glorification de la “science arabe” par Mélenchon, l’autocritique ironique des écrivains arabes sur le zéro et le hula‑hoop, et la gestion cynique des tensions sociales par les élites, une même logique se dessine : instrumentaliser l’histoire pour maintenir la division.
La question n’est pas de nier les apports du monde arabe, ni de minimiser les échanges culturels, mais de refuser leur usage politique simplificateur. Car seule une lecture lucide de l’histoire permet de reconstruire l’unité ouvrière et de remettre la lutte des classes au centre.
PS
MELENCHON ou le degré ZERO de l'histoire
Lors de meetings en mars 2026, Mélenchon a expliqué que les bâtisseurs de cathédrales « ont profité du savoir qu’ils avaient rapporté des musulmans et des croisades pour faire de la physique et des mathématiques, et faire de la chimie pour faire des vitraux » .
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Il avait déjà tenu des propos similaires en 2025, citant même Saladin comme figure ayant “appris aux Européens” à bâtir des cathédrales .
La critique des historiens
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Matthieu Lours (spécialiste d’architecture religieuse) : les cathédrales gothiques sont avant tout une réinterprétation des basiliques paléochrétiennes, elles-mêmes héritées de l’Antiquité gréco‑romaine. Les mosquées et les églises partagent un fond commun architectural, mais il ne s’agit pas d’un transfert direct des croisades .
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Pauline de Préval (auteure du Dictionnaire amoureux des cathédrales) : les bâtisseurs gothiques utilisaient une géométrie empirique (compas, règle, équerre), pas les mathématiques arabes. Les vitraux et techniques gothiques sont issus d’une évolution interne à l’Occident chrétien, pas d’un emprunt direct au monde musulman .