Mélenchon-Hamon : vers un duel fratricide ?
par Fergus
dimanche 29 janvier 2017
Les urnes de la primaire PS-PRG ont parlé : comme l’on pouvait s’y attendre, c’est le progressiste Benoît Hamon qui est sorti vainqueur de son duel contre le libéral Manuel Valls. Un résultat qui claque comme un début de retour à l’orthodoxie socialiste dans le parti de Jaurès, depuis longtemps décrédibilisé par une dérive droitière qui a fait du PS un clone pathétique de LR. Benoît Hamon vainqueur : pas forcément une bonne nouvelle pour Jean-Luc Mélenchon...
À n’en pas douter, la victoire de Benoît Hamon pourrait induire de profondes transformations dans les orientations politiques et la gouvernance du Parti Socialiste dans les années à venir. Un changement dont ne manqueraient pas de se réjouir tous ceux qui, avec tristesse pour les uns et colère pour les autres, ont vu les dirigeants du PS s’aligner toujours plus sur la social-démocratie avant de se convertir résolument au libéralisme. Avec à la clé un abandon sans vergogne des classes populaires aux conséquences des lois de régression sociale votées, non seulement par la droite, mais également par des « camarades » convertis aux exigences les plus cyniques de l’oligarchie industrielle et financière.
Face à ces dérives, les « frondeurs » de l’Assemblée nationale ont traîné les pieds, joué la montre, fait de l’obstruction durant le quinquennat. Mais mollement, principalement en paroles, et sans avoir eu le courage d’aller au bout de leur démarche en opposant une mention de censure aux scandaleux usages de l’article 49.3 par le très martial Manuel Valls. Ce faisant, ces frondeurs ont perdu une grande partie de leur crédit, et sans doute eussent-ils sombré définitivement si la primaire PS-PRG n’avait donné à Benoît Hamon l’occasion de redonner quelque peu vie à des idées de progrès non dénuées de vision face aux défis de l’avenir en matière d’organisation sociétale et d’environnement.
Faut-il pour autant faire confiance à Benoît Hamon, jusque-là obscur apparatchik du Parti Socialiste, pour construire un projet ambitieux, de nature à redonner espoir aux classes populaires ? Peut-être. Ou peut-être pas, car les caciques du PS – et le député des Yvelines en fait partie – nous ont, depuis 1983, beaucoup plus souvent habitués aux potions amères du reniement qu’aux nectars savoureux des avancées progressistes. Au grand dam de tous ceux, employés, ouvriers et techniciens, dont ces caciques, plus soucieux de leur carrière que des attentes populaires, n’auraient jamais dû se couper alors qu’ils ont, au fil du temps, toujours plus trahi les engagements des fondateurs du parti.
En l’état actuel des propositions des uns et des autres, il est évident que ce n’est pas Benoît Hamon – dont le dessein reste embryonnaire et imprécis –, mais Jean-Luc Mélenchon qui, avec son projet (JLM 2017), est incontestablement le plus porteur d’espoir pour les classes populaires dans l’optique de l’élection présidentielle. Et cela d’autant plus que la France Insoumise n’a pas vocation à être pérennisée comme un parti traditionnel ni à promouvoir son leader éphémère, mais à redonner le pouvoir aux citoyens en mettant sur pied une Assemblée constituante destinée à donner enfin naissance à une Constitution réellement au service du peuple de France.
Vers une candidature unique ?
Du côté de Jean-Luc Mélenchon, nul doute que le déroulement de la primaire PS-PRG a été scruté avec une attention toute particulière. Et force est de reconnaître que le résultat des urnes n’est pas une bonne nouvelle pour le leader et les militants de La France Insoumise. En désignant Manuel Valls, les électeurs de la primaire auraient provoqué le transfert d’un grand nombre de voix des socialistes de progrès, allergiques à l’ex-Premier ministre, vers Jean-Luc Mélenchon. En désignant Benoît Hamon, c’est au contraire vers Emmanuel Macron que vont aller les votes des tenants socialistes de la ligne libérale qui ont soutenu Manuel Valls. En conséquence, Jean-Luc Mélenchon ne pourra compter sur aucun renfort significatif venu de l’électorat du PS.
Dès lors, la victoire de Benoit Hamon diminue considérablement – euphémisme ! – les chances de la gauche de progrès d’être présente au 2e tour de la présidentielle. Car il faut être lucide : la somme des voix de cette gauche de progrès, hors NPA et LO, – autrement dit l’ensemble des électeurs de la France Insoumise et de ceux qui, au Parti Socialiste, ne se reconnaissent pas dans la politique libérale conduite par le tandem Hollande-Valls –, ne dépasse sans doute pas 20 à 22 % de l’électorat.
Or, pour se qualifier dans un scrutin où l’une des places de finaliste semble d’ores et déjà attribuée à Marine Le Pen – ses électeurs étant manifestement insensibles aux casseroles de Front National –, il faudra impérativement battre, soit François Fillon (ou son remplaçant estampillé LR si le mari de Penelope est débarqué), soit Emmanuel Macron si celui-ci, profitant des déboires des Républicains, réussit à siphonner les voix de leur candidat par un phénomène de vase communicant bien compréhensible : ces deux-là sont de droite, les deux faces d’une même idéologie entièrement dévouée aux marchés et aux grands patrons du Cac40.
Les jeux sont-ils faits ? Sans doute ! À moins que la sagesse l’emporte et que Benoît Hamon, renonçant à ses ambitions propres pour se mettre au service de ces classes populaires et du bien public qu’il prétend défendre, ne se rapproche de Jean-Luc Mélenchon pour acter une candidature unique sous la bannière du candidat de La France Insoumise. Hélas ! cette hypothèse est très improbable. Pour deux raisons : D’une part, un parti qui n’a plus de candidat à la présidentielle est en état de mort clinique. D’autre part, il restera des structures, des moyens et des militants au PS, même si de nombreux départs de hollandais et de vallsistes vers Emmanuel Macron seront actés dans les prochains jours. Et sauf énorme surprise, les frondeurs voudront mettre le grappin dessus et reconstruire le parti autour d’eux et à leur profit. Avec en tête une échéance : 2022, 2017 étant d’ores et déjà passée par pertes et profits !