Mélenchon + Le Pen = Macron
par Marcel MONIN
mercredi 31 octobre 2018
Mélenchon + Le Pen = Macron.
Il est probable qu’une majorité de Français (1) rejette désormais le système de gouvernement dans lequel ils vivent. Avec des politiciens qui font carrière au service d’une politique sur laquelle ni les citoyens, ni les politiques d’ailleurs, n’ont plus aucune prise. Puisque cette politique est inscrite depuis des années dans des traités « intouchables », grâce aux mécanismes que les rédacteurs desdits traités ont imaginés. Dont l’objet est sur le fond, pour le dire en un raccourci et ainsi que les chiffres le confirment, de permettre à une minorité, libérée des frontières et des réglementations, de drainer vers elle l’essentiel de la richesse. Et dont les conséquences sont payées par les classes moyennes et sont douloureusement vécues quotidiennement par les classes populaires.
Paradoxalement, cette majorité a peu de chances de profiter de sa supériorité numérique.
Au moins, tant qu’une personnalité, non engluée dans le carriérisme politique ou les conflits d’intérêts, ne surgira pas pour susciter une adhésion massive.
Qui, une fois installée à l’Elysée, fera sortir la Nation, non de l’Europe (2) , mais du système de gouvernement imposé à tous les Etats y ayant adhéré (à l’instigation de politiciens habiles, qui ont fait croire que l’objet des traités était d’établir la paix entre les peuples … qui ne se combattaient plus depuis belle lurette).
Or depuis des années, les candidats de la remise à zéro des compteurs, ont une curieuse pratique du système d’élection à deux tours du président de la République.
Système à deux tours, qui visait, quand on l’a inventé : - au premier, à attirer les électeurs vers les bureaux de vote en leur offrant de voter pour des candidats proches de leur sensibilité. Et - au deuxième, à inciter les électeurs à se reporter, après désistements faisant partie d’un échange de bons procédés entre les partis, sur l’un des candidats.
C’est ce que font à leur manière les candidats (3) oeuvrant avec et pour « l’oligarchie », et qui sont ravis de vivre et de faire vivre sous la curatelle américaine.
Mais les candidats portant l’autre conception du fonctionnement de l’Etat font exactement le contraire.
Tout se passe comme s’ils faisaient tout pour que le deuxième tour … profite à leur adversaire (4) .
( D’où l’équation avec les noms du moment : Mélenchon + Le Pen = Macron ).
1. ils se font une guerre totale, alors même que leurs analyses et leurs positions se rejoignent sur les questions essentielles (système de gouvernement, monnaie, mécanisme de création de la « dette ») dont tout dépend.
2. chacun s’obstine à se représenter à chaque élection, alors que chacun souffre d’une image « repoussoir », qui s’aggrave (nécessairement) au fil du temps (5). Laquelle éloigne de tel (le) ou tel, des électeurs qui leur étaient jusque là fidèles.
3. oubliant d’offrir un destin commun tout en espérant ratisser large, ils fabriquent tous des catalogues de promesses pour faire plaisir aux uns, mais dont certaines déplaisent inévitablement aux autres. Lesquels en tirent les conséquences.
Ces personnalités n’envisagent pas que les voix de leurs électeurs respectifs puissent s’additionner sur la question essentielle. Ce qui, dit d’une autre manière, conduit à observer que ces politiciens sont les premiers artisans de la poursuite, par les autres, du système de gouvernement qu’ils disent vouloir réformer .
Marcel-M. MONIN
m. de conf. hon. des universités.
(1) Les Français ont explicitement manifesté une première fois leur aversion pour ce système en interdisant (par le référendum du 29 mai 2005) à Jacques Chirac de ratifier le traité « établissant une constitution pour l’Europe » que ce dernier avait signé.
Lors des élections présidentielles de 2017, les statistiques confirment leur désaccord (dans l’intervalle, N. Sarkozy avait fait remettre la mécanique sur les rails en jouant -en 2007- de la classe politique contre les citoyens). Puisque le score des candidats voulant mettre (à nouveau) un terme au système est - surtout si l’on ajoute la part des abstentionnistes qui ne votent plus dans la certitude que le système ne changera pas- supérieur au score des candidats (encartés à droite ou à gauche) favorables aux règles en question.
(2) Le concept de « sortie » de l’Europe, utilisé pour effrayer, est en réalité inexact à plus d’un titre. Le « Brexit » de la Grande Bretagne ne fait pas changer ce pays de continent.
« Sortir » de l’Europe, ce n’est pas sortir d’un Etat fédéral ou d’une confédération.
C’est simplement cesser de mettre en œuvre certaines règles économico-financières, qui ont été astucieusement inscrites dans des actes internationaux. Avec des organes ad hoc ( comme la « commission ») chargés de veiller à la transformation des actuels Etats en une vaste zone d’un autre genre, fonctionnant selon les besoins des marchés financiers et des exportateurs.
« Sortie » d’un système, qui n’exclut évidemment pas que les Etats de ce continent coopèrent, mais cette fois-ci, et lorsque les citoyens le voudront -puisqu’ils en auront le droit-, pour améliorer le niveau de vie des populations vivant dans cette partie du monde.
(3) les partisans de l’osmose entre les détenteurs du pouvoir économique et ceux du pouvoir politique, ont une tendance naturelle à aller vers le mieux placé pour l’emporter (entre autres exemples : cas de leaders du RPR qui, avant les élections présidentielles de 1995, vont vers E. Balladur lorsque ce dernier paraît avoir plus le vent en poupe que J. Chirac ; lors de la campagne pour les élections présidentielles de 2017, élimination de F. Fillon au profit de E. Macron, avec le renoncement corrélatif et clairvoyant d’A. Juppé).
(4) Lequel n’a même pas besoin d’organiser la division de ses adversaires comme cela se pratique habituellement. Lequel n’a pas besoin non plus d’imaginer des arguments contre son adversaire du deuxième tour, puisqu’il n’a qu’à reprendre les gentillesses élaborées dans les camps d’en face.
(5) On essaiera pour illustrer notre propos, de donner quelques exemple (non exhaustifs) des arguments qui, justes ou injustes (c’est une autre question), circulent aujourd’hui. Et qui éloignent, s’il en était besoin, la perspective d’un report de voix. Surtout que le vote se fait également sur l’image véhiculée par le candidat (ou que ses adversaires s’ingénient à lui fabriquer).
Madame Le Pen. Beaucoup ne veulent pas ou plus voter pour Mme Le Pen, parce qu’ils estiment que cette personnalité a été un peu courte sur des questions techniques dans son face à face avec M. Macron ; ou parce que « taper sur » les immigrés et promettre leur départ comme elle le fait en boucle, apparaît aux yeux d’autres critiques, comme étant un peu juste pour remédier à des questions complexe, spécialement celles qui n’ont pas trait aux mouvement de populations.
Monsieur Mélenchon. D’anciens supporters, aidés en cela par le comportement de l’intéressé lors d’une récente perquisition, pensent que ce tribun manque de la sérénité (le GODF semble même s’en offusquer ) qu’ils attendent d’un futur président de la République. Ou regrettent que, en présence d’un président de la République, il puisse avoir des trous de mémoire. D’autres lui reprochent, quand il se présente comme le porte parole un peu vengeur des ouvriers qui tapera les riches au portefeuille, de ne pas pouvoir porter les habits de président de la République pour tous ; d’oublier qu’une société, c’est tout le monde, ou qu’aucune société n’avance par un nivellement par le bas. Quant à sa croyance qu’en changeant de constitution, la situation matérielle des citoyens s’améliorera, ou qu’il sera plus facile de sortir du système de Maastricht- Lisbonne, elle fait douter quelques autres du réalisme ou de l’intérêt pratique des conceptions constitutionnelles de l’intéressé. (Le cadre institutionnel arrêté en 1958 était fait pour permettre au chef de l’Etat et au gouvernement de ne pas être aux ordres. S’ils le décidaient. Le fait que les présidents de la République qui ont succédé au général de Gaulle aient fait le contraire n’enlève rien au caractère toujours opérationnel des mécanismes. Surtout quand il s’agit pour le chef de l’Etat de « sortir de l’Europe » - v. la note 2- ). Certains deviennent réticents à donner leur voix à cet ancien adepte (même repenti) du traité de Maastricht, quand ils se rappellent que les conséquences de ce traité étaient immédiatement perceptibles ( v. l’analyse de Philippe Séguin)
Il en va de même pour d’autres « petits » candidats : le « look » de professeur qui enseigne des élèves ( les électeurs n’en étant plus) , interdit aux yeux de beaucoup à M. Asselineau, quelle que soit sa compétence et sa connaissance des dossiers, d’avoir l’opportunité de devenir le candidat rassembleur.
Etc…