Mémoires d’une GJ
par FOUGERET MARIE
jeudi 25 juin 2020
Pourquoi prendre la plume à cinquante et quelques balais ?
Pourquoi ce déclic littéraire ? Avoir toujours un peu écrit oui. Pour soi. Pour être bien. Pour s'amuser.
Le confinement a été ce déclic. Certainement. Surement. Deux mois passés dans la solitude.
La page blanche est là. Redoutable. Presque insurmontable. Vicieuse aussi.
Comment raconter l'indicible et l'horreur ? Bien sur, l'Histoire de France a connu pire : mais nous savons tous, Gilets Jaunes que nous sommes, que nous en faisons partie désormais.
La différence avec notre passé historique, c'est que la vivons l'Histoire de France. En direct. Jour après jour. Samedi après samedi.
L'amour ! La fidélité ! Le respect ! La tolérance ! Des valeurs morales devenues pratiquement inexistantes en nos temps troublés. Que nous avons retrouvé avec le mouv.
18 mois. Et on est toujours là. Et on se demande chaque jour pourquoi ?
Comme une drogue ?
Comme une obligation ?
Comme une évidence. Comme une nécessité. Comme une survie.
Ben justement, c'était comment la vie avant les Gilets ?
Métro, boulot, dodo ou à peu près. Mais il me manquait quelque chose. Comme une certitude au fonds de moi depuis toujours.
Et puis le 17 novembre 2018 est arrivé. Acte I. Seule sur les CHamps. Ou à peu près lol !
Purée ! C'est donc cela qu'il manquait à ma vie. Ce à quoi j'ai toujours aspiré. Espéré. Souhaité.
Ca bouge enfin dans ma vie, dans la vie, dans la vraie vie.
Et j'essaie enfin de mettre des mots sur les maux. Au bout de 72 actes.
Raconter le manque insurmontable d'avant : au-delà de la vie prviée, de la vie professionnelle, de la vie sociale.
Combler ce manque : mais oui, c'est cela ! Et j'ai continué acte après acte. Comme un bon petit soldat.
Pudeur des mots. Pudeur des ressentis.
Des samedis à marcher, courir, se faire gazer, matraquer, charger...
Les dimanches à pleurer, à penser aux sistas blessées, aux gamins en gav.
Et le lundi, la pire journée de la semaine : je suis silencieuse, ailleurs, faut pas me parler, pas envie de parler.
Encore dans le samedi, à digérer mentalement tout ce vécu.
Et la semaine qui passe, trop lentement...
MARIE FOUGERET
25 JUIN 2020