Mes chroniques italiennes 2
par Françoise Beck
lundi 6 mai 2019
« Esprit progressiste », disais-je donc. Celui de l'Emilie, région historiquement rouge. Un souvenir. Avant d'y habiter plus que quelques mois, je vantais l'accueil des Emiliens, leur altruisme, leur attrait pour les tablées animées. Je n'avais pas tort. Mais, comme le disait une publicité, cela, c'était avant. Depuis, l'Emilie s'est laissée atteindre par l'individualisme forcené de l'époque, par un absurde isolement derrière son téléphone portable. Il n'y a plus de place pour l'autre, le repli donne une illusion d'etre les maitres du monde en bavardant sur les réseaux, en assénant des avis sur tout et des « vérités » toutes faites. Et les Italiens sont amoureux, et comment, de leur téléphone portable, le meilleur compagnon de table, de promenade, de lit.
Ce serait anecdotique, si ce n'était symptomatique d'une société en déconfiture. Comment réfléchir quand on ne nourrit plus son esprit ?
L'Italie, le pays du génie absolu, Léonard, a mis au pouvoir un individu, qui repousse les gens en fuite de pays en guerre, qui publie un livre chez un sympatisant fasciste, qui arangue la foule à Forlì, posté sur le balcon utilisé par Mussolini. Dans ce pays, où la loi sanctionne tout fait se rapprochant du fascisme (n°645/1952), on voit des rassemblements de gens qui exhibent le salut nazi sans etre pour le moins inquiétés.
Et quand je prétends que les 5Stelle sont coupables d'avoir permis l'accès au pouvoir de cette mouvance fasciste en faisant coalition avec elle, il en est pour me dire que c'est faux ! Je ne suis donc pas étonnée de ce marasme, provoqué par une grande ignorance, une dangereuse indifférence que certains tentent encore de justifier en évoquant un mécontentement. Mais enfin, quand on est contrarié, on ne jette pas le pays aux extrémistes ! On utilise son intelligence pour l'améliorer.
Jusqu'à cette année, la Journée de la Libération de l'Italie (le 25 avril) était celle de la mise à l'honneur des partisans. Cette année, si les célébrations ont bien eu lieu, et encore plus partout, les partisans ont été l'objet d'insultes et de mérpis. Ce pays a oublié son histoire.
Une ancienne résistante de nonante-cinq ans, interviewée, a répondu qu'elle referait les memes sacrifices, mais que ce pays ne le mérite néanmoins plus. L'Italie est au bord du désastre, et je ne parle même pas de son économie, précédant juste celle de la Grèce, mais nombreux sont ceux qui feignent encore de ne rien remarquer.
A suivre ...
Françoise Beck