Mgr Jean de Mayol de Lupé : le prêtre fasciste qui bénissait les nazis sur le front de l’Est
Hiver 1942, front de l’Est. Sous un ciel plombé par la neige et les obus soviétiques, un prêtre en soutane noire, croix pectorale luisant au milieu des uniformes feldgrau, élève l’hostie devant une assemblée de soldats français de la LVF. "Le Corps du Christ", murmure-t-il d’une voix grave, avant de conclure par un cri retentissant : "Heil Hitler !". Les hommes, épuisés mais fanatisés, répondent en chœur. Mgr Jean de Mayol de Lupé, aristocrate monarchiste et aumônier de la Légion des volontaires français, bénit ainsi les nazis au cœur de la barbarie. Un prêtre qui choisit le swastika contre le bolchevisme et qui, pour son zèle, reçut la Croix de fer. Une figure trouble, entre foi et fascisme, qui traversa deux guerres et finit condamné par ses pairs.
Une enfance aristocratique et une vocation ecclésiastique inattendue
Né le 21 janvier 1873 à Paris, Jean Marie Pierre Louis de Mayol de Lupé grandit dans l’opulence d’une famille noble provençale, héritière de terres ancestrales et de traditions monarchistes. Son père, le comte de Lupé, l’élève dans le culte de la royauté française, loin des tumultes républicains. Le jeune Jean, cadet d’une fratrie, passe son enfance entre châteaux et chapelles privées, imprégné de piété catholique et d’idéaux conservateurs. À l’adolescence, il entre au séminaire, surprenant son entourage : un aristocrate choisissant la prêtrise plutôt que l’armée ou la diplomatie. Ordonné prêtre en 1897, il sert d’abord comme vicaire à Paris, où il se fait remarquer par son éloquence et son anticommunisme naissant.
Mais la vocation de Mayol de Lupé n’est pas celle d’un prêtre de salon. Influencé par les idées de l’Action française et de Charles Maurras, il voit dans l’Église un rempart contre la modernité athée. "La France doit rester fille aînée de l’Église", proclame-t-il dans ses premiers sermons. Sa foi se teinte rapidement de nationalisme exacerbé, le poussant vers des cercles ultraconservateurs. À la veille de la Grande Guerre, il est déjà un prêtre militant, prêt à troquer la croix contre l’épée pour défendre ses idéaux. Cette dualité – prêtre et guerrier – définit sa vie entière.
La Première Guerre : aumônier héroïque et blessé au combat
Lorsque la guerre éclate en 1914, Mayol de Lupé s’engage comme aumônier militaire, rejoignant les tranchées du front ouest. Croix de bois au cou, il administre les sacrements aux poilus agonisants, sous les obus allemands qui sifflent dans la boue de Verdun. "Dieu protège la France éternelle", crie-t-il lors d’une messe improvisée dans un cratère, tandis que les hommes, fusils en bandoulière, communient avant l’assaut. Blessé à la jambe en 1916 lors de la bataille de la Somme, il refuse l’évacuation, continuant à bénir les blessés. Décoré de la Croix de guerre et de la Légion d’honneur, il devient un héros pour les catholiques patriotes.
De retour à Paris en 1918, Mayol de Lupé porte les cicatrices de la guerre comme des stigmates sacrés. "J’ai vu l’enfer bolchevique dans les yeux des Allemands", confie-t-il à ses proches. Ce trauma renforce son anticommunisme viscéral : il voit dans la Révolution russe de 1917 le diable incarné, une menace pour la chrétienté. Ses prédications prennent un ton apocalyptique, dénonçant la République laïque comme un complot maçonnique. Ce prêtre guerrier, décoré mais amer, prépare déjà son prochain combat : contre le "bolchevisme athée".
L’entre-deux-guerres : monarchisme, anticommunisme et proximité avec l’extrême droite
Dans les années 1920, Mayol de Lupé s’installe à Paris comme chapelain privé, fréquentant les salons aristocratiques. Monarchiste convaincu, il adhère à l’Action française de Maurras, prêchant un catholicisme intégral contre la "décadence républicaine". "La France doit retrouver son roi et son Dieu", tonne-t-il lors d’une conférence en 1925. Ses liens avec Pie XI et Pie XII, futurs papes, renforcent son influence : il devient un "prélat de Sa Sainteté" en 1930, titre honorifique qui lui ouvre les portes du Vatican.
L’ascension d’Hitler en 1933 le fascine : il voit dans le nazisme un rempart contre le communisme, malgré les persécutions anticatholiques. "Mieux Hitler que Staline", murmure-t-il dans ses cercles. En 1936, il soutient le Front populaire avec réticence, mais la guerre d’Espagne le radicalise : il bénit les volontaires français partant pour Franco. À l’aube de la Seconde Guerre mondiale, ce prêtre aristocrate, âgé de 66 ans, est prêt à tout pour combattre le bolchevisme. Même s’allier avec les nazis.
La LVF et le front de l’Est : messes nazies et collaboration
En 1941, après la défaite française, Mayol de Lupé rejoint la LVF (Légion des volontaires français contre le bolchevisme), créée par Pétain pour envoyer des Français sur le front de l’Est. Nommé aumônier en chef avec le grade de capitaine, il part pour la Russie en octobre 1941, à 68 ans. "Je vais combattre le diable rouge avec la croix et l’épée", déclare-t-il à ses proches avant le départ. Sur le front, il célèbre des messes pour les légionnaires, terminant souvent par un "Heil Hitler !" retentissant, comme le rapportent des témoins. Les soldats, gelés dans les steppes russes, trouvent en lui un père spirituel fanatique.

Les batailles sont infernales : à Djukovo, en décembre 1941, sous -40°C, Mayol de Lupé bénit les blessés agonisants tandis que les obus soviétiques pleuvent. "Dieu est avec nous contre les athées", hurle-t-il lors d’une contre-attaque. Décoré de la Croix de fer 2e classe par les Allemands en 1942, il devient une icône de la collaboration. Sa photo, en uniforme militaire allemand, fait la Une du magazine de propagande nazi Signal en 1943, sous le titre "De la Légion d'honneur à la Croix de fer", glorifiant sa "foi combative" contre le bolchevisme. Mais la LVF, mal équipée, subit des pertes énormes. Mayol de Lupé, miraculé, rentre en France en 1943, continuant à prêcher, avec zèle et fanatisme, le combat antibolchevique jusqu’à la Libération.
À partir de 1944, lorsque la LVF est intégrée à la 33e division SS Charlemagne, Mayol de Lupé reste présent auprès des SS français. Il accompagne les derniers volontaires jusqu’au bout, célébrant des messes dans les ruines de Berlin assiégée par les Soviétiques, bénissant ces hommes qui ont choisi de combattre jusqu’à l’effondrement total du IIIe Reich. Sa présence parmi les SS de la Charlemagne, en soutane noire au milieu des uniformes camouflés, symbolise jusqu’au dernier moment cette alliance contre nature entre croix et croix gammée.

Pourquoi "Monseigneur" et la croix pectorale ?
Bien que simple prêtre diocésain et non évêque, Jean de Mayol de Lupé portait le titre de "Monseigneur" et la croix pectorale grâce à un privilège pontifical : il était prélat de Sa Sainteté (ou prélat romain), titre honorifique décerné par Pie XI en 1930 pour ses services rendus à l’Église et son zèle anticommuniste. Ce titre, courant au XXe siècle pour des prêtres de haut mérite, conférait le droit d’être appelé "Monseigneur" et d’arborer des insignes réservés aux évêques : croix pectorale sur la poitrine, soutane à lisérés violets, ceinture violette, etc. Ce n’était pas une consécration épiscopale, mais une distinction honorifique qui le plaçait au-dessus des prêtres ordinaires dans la hiérarchie protocolaire. Ce titre a été limité par le pape François en 2013-2014, désormais réservé aux plus de 65 ans et à des charges précises.
La condamnation et la fin d’un prêtre déchu
Après la Libération, en 1945, Mayol de Lupé est arrêté pour collaboration. Jugé par la Haute Cour de Justice, il est accusé d’intelligence avec l’ennemi et de propagande nazie. "J’ai combattu le communisme, pas la France", se défend-il lors du procès, cité dans les journaux de l’époque. Condamné à 5 ans de prison et à la dégradation nationale, il purge sa peine à Fresnes, où il célèbre la messe pour les détenus. Libéré en 1949 pour raisons de santé, il se retire dans son château familial en Provence, amer et isolé.
Les dernières années sont solitaires : excommunié tacitement par l’Église catholique, rejeté par ses anciens amis, il écrit des mémoires justifiant son engagement. "Le bolchevisme est l’antéchrist", répète-t-il jusqu’à sa mort le 28 juin 1955 à Paris, à 82 ans. Enterré discrètement, il laisse un héritage controversé : un prêtre qui a trahi sa soutane pour le swastika.
L’héritage controversé : un prêtre fasciste oublié
Mgr Jean de Mayol de Lupé reste une figure oubliée, éclipsée par les grands collabos comme Laval ou Doriot. Pourtant, son cas incarne la dérive d’une certaine droite catholique française : monarchisme, anticommunisme viscéral, flirt avec le fascisme. "Heil Hitler !" après la messe : cette image hantante illustre comment la foi peut se pervertir au service de l’idéologie. De nombreux historiens le citent comme exemple d’un clergé divisé sous Vichy.
Aujourd’hui, dans un monde où les extrêmes renaissent, Mayol de Lupé nous avertit : les hommes de Dieu ne sont pas immunisés contre la haine. Son fouet spirituel – bénir les nazis au nom du Christ – rappelle que la religion, mal utilisée, peut justifier l’injustifiable. Et dans les archives poussiéreuses, sa voix résonne encore : un prêtre qui choisit le diable pour combattre un autre diable.

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