Mon passage dans « Paris d’École » sur Le Figaro TV : l’éducation positive mène-t-elle au drame ?
par Jean-Luc ROBERT
jeudi 5 mars 2026
Invité dans l’émission « Paris d’École » diffusée sur Le Figaro TV, et animée par Sophie de Tarlé, j’ai souhaité tirer la sonnette d’alarme sur un phénomène qui inquiète de plus en plus de familles et d’enseignants : la montée de la violence au sein de l’école.
Au cours de l’émission, l’animatrice Sophie de Tarlé a évoqué un fait divers particulièrement marquant survenu à Sanary-sur-Mer, où une enseignante aurait été grièvement agressée, suscitant une vive émotion dans la communauté éducative.
Mon intervention visait à dépasser l’émotion légitime pour interroger les causes profondes. Selon moi, l’école ne peut être analysée isolément : elle reflète les évolutions de la société et, en premier lieu, celles de la cellule familiale.
J’ai défendu l’idée qu’un recul de l’autorité au sein de certains foyers pourrait constituer l’un des facteurs explicatifs. Lorsque des enfants grandissent dans un cadre où les repères d’autorité sont fragilisés, où la frustration est peu tolérée et où la contradiction devient confrontation, ils peuvent plus facilement transposer ces comportements dans l’espace scolaire.
De l’intimidation domestique à la contestation scolaire... On observe de plus en plus de parents démunis face à des comportements intimidants ou agressifs de la part de leurs propres enfants. Quand la parole parentale n’est plus reconnue comme légitime, quand la sanction est vécue comme une injustice insupportable, le passage à la violence verbale — voire physique — s'impose hélas.
L’école, dans ce contexte, devient le prolongement de cette crise de l’autorité. Les enseignants incarnent une figure d’encadrement qui peut être contestée de la même manière que celle des parents.
Restaurer les parents dans leur légitimité... Il me semble essentiel d’insister sur un point : les parents ont aujourd’hui besoin d’être restaurés dans leur légitimité à poser un cadre clair. Depuis plusieurs années, l’autorité est trop souvent présentée comme un mal en soi, assimilée à une forme de brutalité ou d’oppression.
L’essor d’une éducation dite « positive » conduit à mon sens à une dilution du rôle parental. À force de vouloir éviter toute frustration, certains adultes en viennent à négocier en permanence, à redouter le conflit, à hésiter à dire non. L’enfant peut alors développer un sentiment de symétrie — comme si parent et enfant étaient sur un pied d’égalité dans la décision — et, parfois, une impression de toute-puissance.
Or, l’apprentissage de la frustration est un pilier de la construction psychologique. Apprendre à accepter un refus, à différer un désir, à entendre une critique sans y voir une humiliation, est fondamental. Sans cet apprentissage, chaque contrainte peut être vécue comme une agression.
La question de la responsabilité éducative...
Dans le cas du jeune de 14 ans ayant poignardé sa professeure, plusieurs éléments ont été avancés dans le débat public : un climat familial violent dont il aurait lui-même été victime, une possible exposition à des contenus violents, notamment dans certains jeux vidéo. Ces facteurs méritent d’être examinés avec sérieux.
Mais, à mon sens, on sous-estime trop souvent le rôle structurant de l’éducation dans la capacité d’un enfant à gérer la frustration et la contradiction. Il a été rapporté que ce jeune homme supportait difficilement les remarques scolaires consignées sur ProNote. Ce détail est révélateur : l’incapacité à accepter une évaluation négative peut traduire une difficulté plus profonde à intégrer la limite. Sans généraliser ni stigmatiser, on constate parfois que des élèves très contestataires à l’école évoluent dans des environnements familiaux où la bataille de l’autorité a été perdue, où le « non » parental ne tient plus, où l’enfant impose son rythme et ses règles.
Réhabiliter l’autorité comme protection...
Il est crucial de rappeler que l’autorité n’est pas l’autoritarisme. Elle n’est ni violence ni humiliation. Elle est un cadre structurant, une protection, une transmission. Elle donne à l’enfant des repères stables qui le sécurisent.
Réhabiliter l’autorité parentale ne signifie pas revenir à des pratiques dures ou injustes, mais redonner confiance aux adultes dans leur rôle éducatif. Un enfant qui apprend tôt que tout n’est pas négociable, que toute frustration n’est pas une injustice, sera mieux armé pour affronter les exigences de l’école et, plus tard, celles de la société.
Ce passage dans « Paris d’École » a permis d’ouvrir ce débat fondamental : si l’on veut enrayer la spirale de la violence scolaire, il faut agir en amont, au cœur même de la transmission familiale.
Restaurer les parents dans leur légitimité, c’est aussi protéger les enseignants — et, au fond, protéger les enfants eux-mêmes.
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