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Mondialisation, piège à cons ? (premier épisode)

Mondialisation, piège à cons ? (premier épisode)

par bakerstreet
vendredi 24 février 2012

 Plombé par les notations des agences de notation, notre pays se réveille avec la gueule de bois. Quid de cette mondialisation, associée à une économie déregularisée ?

 Qu’en est-il désormais de notre indépendance, de notre avenir ? Comment en sommes nous arrivés là ? Ces questions brûlantes, beaucoup se les ont posées, en 1940, alors que le pays était en pleine débâcle.

 Marc Bloch, un historien courageux, fondateur des annales, rentrera dans la résistance, et mourra fusillé par les allemands. Il nous laissera ce témoignage sur cet épisode difficile de notre histoire.

 Ce sera l’étrange défaite.

 Dans cet essai d’histoire immédiate, publié après guerre, cet indigné d’alors mettra en évidence plusieurs responsabilités : Celle de l’état, des partis, de l’armée, corps sclérosé, sûre d’elle même, fonctionnant d’après des schémas tactiques d’un autre temps.

 Il mettra ainsi en évidence le cynisme de l’avant guerre, où les élites ne se sont pas montrées assez ferme, ne renforçant pas les alliances qui auraient pu contrer l’Allemagne. La défaite est comprise comme la conséquence d’un manque de courage, d’un aveuglement lié à un optimisme béat sur les capacités de la France. Quand celle ci s’avère patente, elle semble admise, voir voulue, par le « commandement » et le gouvernement, influencé par les élites militaires, économiques et sociales.

 Remplacez experts militaires par experts économiques, et vous rendrez tout à fait moderne le message de Marcel Bloch. Ne situe t’il pas son analyse dans ce rapport des hommes avec la modernité ? Ne nous parle t’il pas d’anticipation nécessaire, de l’aveuglement des positions assises, catastrophiques pour l’avenir du pays ?

 Sans doute nous manque t’il des hommes comme lui, pour nous sortir de la torpeur et de l’acceptation des choses, de cette politique que nous acceptons avec fatalisme et résignation, ne voyant pas d’alternative au courant dominant.

 Bien sûr, aujourd’hui, il ne s’agit pas de guerre territoriale, du moins pas encore.

 La débâcle pour le moment est d’ordre économique. La forme qu’à prise la mondialisation n’est elle pas un marché de dupes pour nous ? Déjà la main semble perdue ! Celle qui nous dirige maintenant ne semble pas avoir de visage. C’est la soi-disant « main invisible du marché » à qui nous avons maintenant remis nos intérêts et l’avenir de nos enfants.

 Il est vrai que le capitalisme ne date pas d'hier, mais il semble bien qu’à un certain moment, le bolide a pris une telle vitesse, que le pilote n’a pas pu ou n’a pas sur l’arrêter. Et d’ailleurs il n’y avait bien sûr pas de pilote, juste cette soi disant main invisible, trop occupée à compter ses dollars pour se préoccuper du volant.

 Marc Bloch daterait-il le début de la vrai débâcle aux années 80, avec pour égérie Miss Thatcher, et de l'autre coté Ronald Reagan ?

 Ces deux propagandistes firent école pour toute cette génération qui s'empara du terme de libéral, dans sa définition la plus pervertie.

 Le libéralisme dans sa forme classique correspondait à une ouverture d’esprit, et à une extension des libertés individuelles. Une idée venue des lumières et de la révolution.

 On fit semblant de garder la coquille de liberté, comme une jolie boîte à pizza, mais avec dans l’esprit cette connotation économique anglo-américaine, qui s’entendait comme une puissance donnée aux puissants, afin de tirer profit de leur position de prédateur.

 On voyait bien que ceux qui prétendaient devenir les nouveaux maîtres du monde et du commerce, entendaient bien donc falsifier les valeurs originelles et utiliser les mots dans un sens détourné, afin d’abuser les gens sur leur but.
   Il fallait dégraisser, faire des plans sociaux, s'en remettre à une économie toujours soucieuse d’augmenter ses marges. Le chômage montait ! Mais ce n'était là qu’une variable temporaire d'ajustement. Pourtant ce vilain mot de chômage refusait de disparaître de la bouche des gens, même si eux aussi avaient appris à appeler le chef du personnel, monsieur le directeur des ressources humaines.

 N’y avait-il pas donc autre quelque chose de structurel qu’il faudrait prendre en compte ?
Justement on s’en occupait. Des polytechniciens tout acquis à cette nouvelle culture d’entreprise entendaient employer des méthodes modernes de management pour multiplier les bénéfices. Les entreprises devenaient internationales, transférant leurs sièges sociaux dans des pays exotiques, battant pavillon pirate, mais dont on n’avait retiré la tête de mort et les deux fémurs croisés qui faisaient mauvais genre.

 Il fallait rendre les riches plus riches, déculpabiliser le fric. Tous ces gens rendraient au quintuple ce bon argent à la nation en multipliant les achats, les investissements. Ils feraient repartir le moteur, et finalement tout le monde bien sûr allait y gagner. C’était une logique imparable pourvu qu’on ne regarde pas plus loin que le bout de son nez, ou de sa frontière, qu’il faudrait bien sûr supprimer, pour faire jouer la concurrence.

 Cette fameuse fée qui allait réduire les coûts, et nous faire rentrer tous gagnants dans ce paradis de la consommation, où les supermarchés ressemblaient à de nouvelles églises..

   Il fallait casser tous ces remparts de protection dérisoires qui au bout du compte nous entravaient.
 Ce fut l'époque des plans sociaux, des délocalisations, de la fermeture du textile, de l'acier. Bref, par pans progressifs de toute l'industrie et d'un savoir faire lentement accumulé.
 Les râleurs n'exprimaient que leur peur du changement, mais les plus dynamiques sauraient "rebondir", et "innover".Quelle honte de pointer au chômage, alors que le monde était grand et n’attendait que leur énergie.
 Bernard Tapie maniait lui aussi à merveille cette novlangue, en l’agrémentant de son ton gouailleur. Il officiait comme un grand prêtre de la débrouillardise et de l'opportunisme. Une sorte de nouveau conquistador qui tapait dans le dos des puissants. C’était des façons américaines, que même les anciens n’osaient critiquer. Ce type là n’avait pas de complexe et annonçait les temps à venir, en osant citer Rimbaud ! 

 « Il faut être absolument moderne ! ».

 C’était une OPA sur la poésie vue comme une entreprise non protégée.

 C’était à qui parmi tout ce gotha Parisien, ou gens du spectacle et de la politique s’associaient, allait célébrer le mieux le nouveau veau d’or. C’en était fini du puritanisme et de la retenue des anciens bourgeois. L’heure était à la fête et à l’esbroufe. On célébrait les prestidigitateurs. Ces types faisant sortir des millions de dollars de leur chapeau comme naguère des pigeons.

 Les pigeons, ils étaient dans la salle, en redemandaient, voulaient acheter eux aussi des actions. Du Paribas par exemple, dont la voix suave de Catherine Deneuve leur présentait les ors comme celles d’un Versailles dans lesquel ils auraient été confié à entrer.

 C’était bien joué, au fond. Les escrocs se donnent toujours bonne conscience en disant que les gens sont des cons, et ne récoltent que ce qu’ils méritent. Yves Montand se croyait opportun dans son nouveau numéro de claquette. Il faisait l’apologie de la crise, et hésitait un moment à se présenter au cabaret des Batignolles ou alors aux présidentielles.

 Les feuilles mortes, c’est vrai se ramassaient à la pelle. Il fallait trouver des éboueurs-investisseurs, car on vous le disait « l’état ne peut pas tout ! »

 Vendre-acheter, les usines et tout ce qu’il y a dedans moins les ouvriers peut-être.

 Et même sûrement ! 

 Car les ouvriers, il en restait quand même, tournant inquiets leur casquette entre leurs mains. Des sortes d’indiens à qui il faillait savoir parler, présenter des traités foireux. Ils n’avaient rien à craindre de cette modernité.

 A condition bien sûr de savoir s’adapter, se soumettre ! Et surtout oublier le social, les luttes, le progrès qui n’était pas celui de l’entreprise. Tout ça c’était des freins, des archaïsmes que les plus faibles évidemment, ne voulaient pas abandonner pour rien.

 Au début ils s’appliquèrent, firent de leur mieux, applaudirent ce nouveau patron au look de fossoyeur. Mais qui était-il déjà ? Si éphémère, c’était un repreneur, un investisseur, pas un philanthrope. Un type qui échangeait ses billes comme un gamin dans une cour de récréation. Et toujours, ce petit « big brother » à l’accent enjoué, qui scandait la nouvelle marche du monde : « Il fallait rendre l’outil performant et dynamique, propre à s’imposer sur la scène internationale, afin de capter de nouveaux marchés. Dégraisser ! »

 Ca voulait dire qu’ils étaient virés. Qu’ils coûtaient trop chers. C’est vrai ils ne faisaient pas le poids, question salaire, à coté d’un Polonais, plus tard d’un Indien. La frontière s’envolait vers l’est, vers le Sud. Il ne restait rien au milieu. On aurait dit qu’un coup de vent avait tout balayé deux cent ans d’histoire. Il fallait que les corons se reconvertissent. On leur soufflait des idées : « Pourquoi ne pas mettre des canons à neige sur ces immenses tas de résidus de charbon et les transformer en station d’hiver ? »

 Mais on n'avait pas encore tout vu !

 Le fond du puits était insondable, on n'en finissait pas de chuter.

 Et comme on disait jadis, à l'époque des feuilletons : "La suite messieurs dames au prochain numéro !"

 Et surtout gardez tout en mémoire, ne jetez rien.

   Ne croyez pas ceux qui disent que l'histoire ne sert à rien !


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