Montée des extrêmes droites : entendre les peurs, mais refuser les replis

par Osirys-JPP
mardi 19 mai 2026

L’humanisme : une arme contre les politiques réactionnaires

La montée des extrêmes droites : un phénomène global

Sur des thèmes allant de l’immigration à la sécurité, en passant par la souveraineté ou le patriotisme, les extrêmes droites occupent une place de plus en plus importante dans le paysage public tant en France que dans l’Union européenne. Il s’agit même d’un phénomène global (Trump, Bolsonaro, Milei, Orban…). Ainsi, le rassemblement national représente 21,8 % des députés à l’Assemblée nationale, ce chiffre dépassant 26 % si l’on y ajoute l’UDR. Lors des élections européennes de 2024, le RN et Reconquête ont totalisé 43 % des sièges français. En ce qui concerne le parlement européen, les groupes d’extrême droite constituent 21,8 % des députés. Ce succès pose question. Il pourrait, en effet, dissimuler de réelles inquiétudes, fondées ou non, au-delà de la simple dérive idéologique. Ignorer ces angoisses serait sans doute une erreur. Pour autant, les solutions avancées par les droites dures semblent mauvaises, car, derrière un diagnostic, parfois exact, se cachent des propositions incomplètes, simplificatrices et idéologiquement discutables. L’enjeu ne peut alors se résumer à la critique de ces politiques, il est impératif de leur opposer une alternative plus solide, juste, humaine et souhaitable.

Une articulation autour des peurs, des médias et de la défiance envers les élites

Les discours sécuritaires, identitaires ou souverainistes découlent d’expériences vécues comme le pouvoir d’achat qui s’érode, l’accès au logement qui se complique, les services publics qui se raréfient ou l’ascenseur social qui est en panne. Ils trouvent également leur source dans un ressentiment général provoqué par les grands médias. À force d’entendre parler d’agressions, on finit par penser que la violence explose partout. C’est ainsi que certains s’arment dans des petits villages isolés où aucune délinquance sérieuse n’existe. Il en va de même quand une certaine presse met en exergue quelques crimes commis par des immigrés qui deviennent tous des violeurs et des tueurs en puissance. Une part de vérité se fond alors avec des fantasmes pour aboutir à un ressenti, qui, justifié ou non, n’en est pas moins réel pour autant. Ce sentiment peut dès lors être mis à profit en vue de promouvoir des politiques autoritaires.

Les réseaux sociaux amplifient encore ce phénomène. Leur logique privilégie les contenus émotionnels ou anxiogènes qui capteront davantage l’attention. Les infox et les rumeurs y circulent facilement. Des bulles se forment où chacun ne considère que ce qui confirme ses propres convictions. Sur ce point, il conviendrait d’avoir une meilleure vue sur les algorithmes et la modération, mais aussi d’instaurer une solide éducation à l’information dès l’école et de soutenir le journalisme indépendant. Il faut également tenir compte du fait que 90 % des médias français sont contrôlés par seulement 10 milliardaires (Reporters sans frontières, 2024), dont certains, comme Vincent Bolloré, affichent des valeurs d’extrême droite. Dans ce contexte les idées progressistes sont souvent critiquées, quand elles ne sont pas simplement invisibilisées (CNEWS). Les discours apparentés au conservatisme sont alors bien mieux relayés, trouvant naturellement un public plus large.

Puis vient la défiance envers les élites. Elle découle du constat d’alternances sans résultats probants, de promesses non tenues, du déni de démocratie et d’une classe dirigeante éloignée du quotidien. Le peuple s’oppose par conséquent aux technocrates et ne fait plus confiance aux élus, qui montrent chaque jour leur manque d’exemplarité et parfois même leur corruption.

Mais les transformations sociales peuvent aussi désorienter. Les débats sur la structure familiale, le genre, la fin de vie ou l’avortement touchent aux repères fondamentaux de certains  ; c’est l’intime qui peut être affecté. Dans un monde en évolution rapide, la promesse d’une stabilité, voire d’un retour en arrière, peut rassurer.

Tout cela se doit donc, a minima, d’être entendu afin d’être compris.

 

Immigration : entre réalités locales et fantasmes

Commençons par parler de l’immigration. La part de la population immigrée en France est en hausse depuis plusieurs années, mais sans qu’aucun «  grand remplacement  » ne puisse être évoqué, de loin s’en faut (elle passe de 8,5 % en 2010 à 10,3 % en 2023 selon l’INSEE). Mais se posent alors quelques questions bien concrètes auxquelles certains, en fonction de leur lieu de résidence, seront confrontés. Il peut s’agir de capacité d’accueil, de logement, d’école, d’intégration, d’oppositions culturelles ou d’emploi. Nier ce qui peut constituer localement des difficultés alimente la défiance. Donc, oui, l’immigration, quand elle est mal gérée, peut générer des crispations. Mais elle peut également représenter un atout majeur en apportant de la main-d’œuvre, un dynamisme démographique, parfois des compétences et même, dans certains cas, un enrichissement culturel. Tout cela est particulièrement vrai dans les sociétés vieillissantes comme la nôtre. Finalement, sur ce point, si des tensions sociales existent, elles découlent d’un sous-investissement public depuis des décennies, de ségrégations territoriales stigmatisant certains quartiers, de la précarisation du travail ou d’inégalités persistantes. Là où des territoires sont abandonnés, les tensions augmentent, et cela ne s’explique pas que depuis l’origine des habitants.

Accueillir des migrants suppose d’être en mesure d’apaiser les conflits locaux. Pour cela, la mise en place d’une politique adaptée s’impose au-delà des affrontements idéologiques. Il faudrait, par exemple, éviter la concentration de la précarité, surtout dans les zones déjà fragilisées, investir dans l’école et le logement et favoriser l’apprentissage de la langue. Plusieurs villes allemandes, comme Berlin, Hambourg, Munich, Leipzig, Cologne ou Stuttgart, ont montré qu’un accompagnement coordonné entre municipalité, associations et entreprises limitait les crispations. Le Canada, dans un contexte très différent, témoigne de l’intérêt d’une intégration pensée dès l’arrivée autour du travail, de la formation et de l’autonomie. La question devient celle d’une organisation crédible.

Un sentiment d’insécurité déconnecté des statistiques

Sur le plan de l’insécurité, là aussi la modération s’impose. Les statistiques obtenues depuis les enquêtes de victimisation ou les remontées de la police montrent une stabilité globale (par exemple : diminution de 12 % des cambriolages depuis 2018, mais hausse de 8 % des violences intrafamiliales). Certaines catégories de faits sont donc en augmentation (violences physiques ou sexuelles, surtout dans le cadre intrafamilial, escroqueries qui profitent de quelques formes de cybercriminalité, incivilités et trafics), mais d’autres restent stables ou sont en baisse (cambriolages, certains vols, vols de véhicules). L’évolution est différente selon les infractions, les territoires et les périodes, et aucune vague de violence incontrôlable ne se dégage clairement des chiffres sur ce point. Ici aussi, on pourra évoquer des causes telles que la pauvreté, la déscolarisation, l’économie souterraine, la santé mentale, les ruptures familiales ou la lenteur judiciaire.

Il convient néanmoins de parler du narcotrafic et de la violence extrême qu’il engendre avec des exécutions en pleine rue et des victimes collatérales de plus en plus nombreuses. Il est porté par l’explosion du marché de la drogue, les sommes colossales en jeu et l’usage d’arme de guerre. Ce phénomène ne révèle cependant pas une hausse générale de la délinquance et traduit surtout des conflits entre réseaux criminels. Quoi qu’il en soit, une telle situation est intolérable dans les quartiers concernés. C’est pourquoi cette réalité doit être prise à bras-le-corps afin d’éviter des drames. En ce sens, c’est à la fois des politiques de répression et de prévention qu’il faut développer. La pénalisation seule ne tient pas dans le temps et les mesures préventives ne fonctionnent pas sur des individus ultra-violents qui soutiennent toute une économie parallèle.

Si notre société n’est donc pas vraiment plus dangereuse, il n’en reste pas moins que le sentiment de ne plus être en sécurité, lui, s’est nettement étendu. Ainsi que nous l’avons déjà évoqué, les médias et les réseaux sociaux jouent sur un point un rôle considérable venant manifestement biaiser la réalité en se focalisant sur les cas les plus sordides de façon répétée. Évidemment, la délinquance représente un véritable problème qu’il convient de traiter avec fermeté. Cependant, cela ne justifie en rien de faire de la question un axe majeur de la politique, quand on sait qu’il est d’autres sujets finalement bien plus graves, comme la protection de l’environnement, le pouvoir d’achat ou la santé. Il n’y a donc pas lieu de proposer des mesures venant restreindre abusivement les libertés ou autoriser une répression aveugle.

Sur le sentiment d’insécurité, il convient d’abord d’éviter la surenchère. Une police de proximité, visible et bien formée, une justice rapide, un suivi réel des peines, la prévention de la récidive, la lutte contre le décrochage scolaire ou l’accès aux soins psychiatriques seront souvent plus efficaces sur le long terme que des slogans va-t-en-guerre. En effet, des politiques de tolérance zéro aux États-Unis ont surtout conduit à des incarcérations de masse, des discriminations et des résultats discutables. La fermeté parfois nécessaire n’implique donc pas la restriction continue des libertés publiques.

Des réponses identitaires et autoritaires

Sur des sujets concernant la famille, la bioéthique, l’aide à mourir ou d’autres, pouvant toucher des convictions personnelles, une demande de limites peut être légitime en faisant appel à une éthique. En effet, toute innovation technique ou sociale n’est pas forcément synonyme de progrès ou d’amélioration du vivre ensemble. La marchandisation du vivant, la solitude des personnes âgées, les souffrances de la fin de vie ou le choix de son couple sont de vraies questions. Un refus systématique de toute évolution devient préjudiciable. C’est ainsi la liberté des femmes, l’égalité des couples, l’autonomie personnelle et la reconnaissance de la pluralité des parcours de vie qui peuvent être reniés. Il est alors injustifié de vouloir figer la société au nom d’un passé idéalisé. Il faut plutôt viser à encadrer, si besoin, les transformations dans le respect de chacun et en cherchant un équilibre entre libertés nouvelles et protections nouvelles.

Mais, sur tous ces points, les réponses identitaires ou autoritaires sont faciles à entendre. Elles permettent d’imaginer que les solutions sont simples et rapides, «  l’ennemi  » étant clairement nommé, et la bien-pensance étant établie. Une fois l’ordre restauré, tous les problèmes disparaîtraient. N’oublions pas, cependant, que désigner des boucs émissaires fragilise la cohésion nationale et que laisser croire aux formules miracles peut engendrer de grosses déceptions aux conséquences difficilement mesurables. Ici, à droite comme à gauche, la démagogie sera parfois utilisée afin de séduire un certain électorat. Cela ne facilite pas l’élaboration de solutions solides et durables.

Vigilance face aux dérives possibles

Certes, il ne faut pas confondre fascisme et extrême droite. En effet, le fascisme historique possède certaines caractéristiques qui lui sont bien propres. Le culte voué à un chef suprême, un parti unique et totalitaire, une violence politique assumée, un contrôle absolu de la presse et de la justice, une soumission de la société par la force ou des visées expansionnistes. Les choses ne se présentent pas ainsi aujourd’hui, les droites radicales ne suivent pas toutes exactement ce modèle, mais elles pourraient ouvrir la voie vers ce genre de dérive. Il convient donc de demeurer vigilant et de ne pas fermer les yeux. En rester là serait d’une grande naïveté. En effet, on observe bien des velléités pour affaiblir les contre-pouvoirs, délégitimer les juges, fragiliser la presse indépendante, stigmatiser certaines minorités, banaliser des lois d’exception ou concentrer la puissance exécutive. Il est ainsi toujours possible de glisser vers l’autoritarisme sans coup d’État, mais presque par habitude suite à de nombreux petits consentements successifs. Le critère fondamental est alors la fidélité aux principes démocratiques et au pluralisme, l’égalité civique, la préservation des libertés publiques, la souveraineté de la justice, la protection des opposants et, surtout, le respect des minorités.

Les faiblesses de la gauche : des valeurs nobles, mais un manque de crédibilité

Il est vrai qu’une partie de ces réponses figure déjà dans les programmes de gauche : justice sociale, défense des services publics, réduction des inégalités, transition écologique, libertés fondamentales, lutte contre les discriminations. Sur le papier, les choses vont incontestablement dans la bonne direction. Pourtant, même si ces idées paraissent moralement légitimes à certains, elles semblent politiquement faibles et surtout peu désirables pour d’autres. En effet, si une part de la population souhaite, entre autres, une meilleure répartition des richesses, un hôpital public à la hauteur, une école efficace ou une solide protection sociale, au moment du vote d’autres critères entrent en jeu. Il en est ainsi de la crédibilité, de la cohérence ou de la confiance envers le ou les représentants à élire. Le souvenir de déceptions passées est alors très présent avec les promesses non tenues, les renoncements, la conversion au social-libéralisme et les divisions internes. Ensuite, à tort ou à raison, les programmes de gauche rassurent moins quant à l’ordre public, la stabilité économique, les relations internationales ou la gestion budgétaire. La gauche apparaît bien comme humaniste au sujet de l’immigration en défendant la dignité des personnes, le rejet du racisme, ou l’accueil des réfugiés. Mais elle semble faire défaut quand il est question d’intégration, d’apaisement des tensions locales, ou de cohérence culturelle.

S’ajoute à cela un autre point. Des valeurs de la gauche que l’on imaginerait universellement désirables sont, malgré tout, vivement contestées. Une partie de la population redoute certains changements civilisationnels, refuse l’immigration et pense que la lutte contre les discriminations ou les inégalités sont des sujets secondaires. Il est donc nécessaire de repartir du concret et de montrer en quoi les programmes avancés pourraient améliorer l’existence de beaucoup. Ainsi, certains combats portés par la gauche ne parlent pas. Par exemple, défendre la Palestine et condamner un génocide relèvent d’une action louable que j’approuve d’ailleurs largement. Mais quel espoir cela donne-t-il à ceux qui doivent se priver pour atteindre la fin du mois ou à d’autres qui doivent franchir des points de deal pour entrer dans leur propre immeuble  ?

La question budgétaire prend également ici tout son sens. Comment financer un service public ambitieux et toutes les mesures envisagées dans un contexte de dette élevée et de contraintes européennes  ? Les pistes sont, en fait, nombreuses : lutte contre l’évasion fiscale, progressivité accrue des prélèvements, réorientation des dépenses inefficaces, investissement dans la prévention, conditionnalité des aides aux grandes entreprises et, pourquoi pas, réforme des règles budgétaires européennes. En ce sens, les pays nordiques montrent qu’un haut niveau de protection sociale peut coexister avec une économie dynamique sous la condition d’une fiscalité lisible, de services performants et de forte confiance civique.

Comme nous l’avons déjà vu, certains idéaux défendus par la gauche sont nobles et méritent d’être portés. Il en est ainsi, entre autres, de la redistribution économique, des combats anti-discriminations, du féminisme ou des droits LGBT+. Mais, qu’on trouve cela justifié ou non, les urgences sont pour beaucoup d’entre nous le salaire, le logement, les transports, la santé, la sécurité ou l’école. Les priorités ne sont pas toujours les mêmes.

 

Une gauche divisée face à des récits simplistes

Enfin, entre les socialistes, les écologistes, la gauche plus radicale ou les mouvements citoyens, les désaccords sont nombreux et portent sur plusieurs sujets. A cela, la droite oppose souvent des récits simples, réducteurs et fréquemment trompeurs, mais plus séduisants. L’adhésion s’obtient manifestement mieux si l’on évoque la restauration de l’ordre, la défense de l’identité nationale ou la protection aux frontières.

Finalement, ce ne sont peut-être pas les valeurs de la gauche qui seraient unanimement rejetées. On observerait plutôt une défiance quant à sa capacité à protéger ou à revoir la hiérarchie de ses priorités. Son manque d’unité et, de là, son aptitude à gouverner sereinement sont également montrés du doigt. Alors, si la gauche dans son ensemble défend des idéaux humanistes louables, les divisions entre socialistes, écologistes et insoumis affaiblissent sa crédibilité sur des sujets comme l’intégration ou la sécurité où les positions varient parfois fortement. Or, que ce soit fondé ou non, nous avons vu que ces sujets préoccupent beaucoup de nos concitoyens. La gauche se doit donc avant tout de redevenir désirable, faute de quoi elle pourrait laisser le champ libre à ceux qui transforment la peur en projet politique.

Restaurer la confiance en la démocratie

Quoi qu’il en soit, des réformes institutionnelles pourraient également venir restaurer une part de confiance, à gauche comme à droite. On pourrait penser à une meilleure représentation proportionnelle, à la limitation du cumul des mandats, à une participation citoyenne accrue ou à une décentralisation réelle accompagnée de moyens.

Avec la radicalisation, l’idéologie remplace le réel

Mais le vote pour les droites extrêmes ne repose pas que sur les peurs ou le sentiment d’abandon. On trouve, à droite autant qu’à gauche, des militants très investis idéologiquement. Ceux-ci peuvent parvenir à imposer des thèmes ou à radicaliser les échanges. Chez quelques-uns, l’engagement peut prendre une dimension quasi religieuse. L’idéologie se métamorphose une vérité totale. La contradiction n’est plus perçue sous la forme d’un simple débat, mais comme une faute intolérable. Les croyants parleraient de blasphème. Ainsi, l’adversaire devient suspect, impur, illégitime. Dans ce cadre, il est impossible d’admettre la moindre nuance  ; ce serait une trahison.

Cette logique finit par s’étendre et les faits vérifiés, les statistiques sérieuses ou les raisonnements argumentés ne peuvent plus convaincre. Celui qui les développe est forcément biaisé. Le mensonge, la simplification à l’extrême ou la dénonciation des ennemis sont plus persuasifs, comme on peut le voir aux États-Unis, où la post-vérité s’impose. On peut retrouver ici ce que Clément Viktorovitch appelle la logocratie. Il s’agit d’un régime où la maîtrise du récit l’emporte sur la recherche du vrai. Le langage sert à conserver ou à polariser le pouvoir. Mais sans un minimum de faits communs reconnus, sans argumentation rationnelle et sans pluralisme, le débat se transforme en affrontement de pures croyances irréconciliables. La démocratie court alors un risque majeur. Dans ce cas, la réponse ne se trouve pas uniquement dans les urnes Elle exige un espace accepté de discussion contradictoire où l’esprit critique peut s’affirmer. La démocratie ne peut tenir que sur un rapport partagé à la vérité.

L’humanisme : dignité, raison et pluralisme

Il faut donc dépasser les idéologies bornées, les logiques partisanes et les stratégies de pouvoir. La question essentielle est tout autre : de quel être au monde voulons-nous faire le cœur de notre société  ? Quel vivre ensemble voulons-nous mettre en avant  ?

Des tensions se rencontreront dans chaque civilisation. Ce sont alors les droits de l’homme qui sont à défendre en toute circonstance. Nul ne doit être ramené à son origine, sa religion, son genre ou ses erreurs. La dignité de chacun ne peut être ni réduite ni instrumentalisée et personne ne doit être sacrifié au nom d’une cause jugée supérieure. La dignité s’entend ici comme le fait que l’humain, n’ayant pas de nature propre, possède la faculté de se construire librement en toute responsabilité (Pic de la Mirandole).

Vient maintenant la primauté de la raison critique. Rien ne peut reposer sur le culte du chef, la haine de l’adversaire ou les slogans. La parole ne doit pas devenir une arme de manipulation, elle doit rester un échange exigeant.

Ensuite, il sera question de pluralité. L’humanité n’est ni homogène ni figée. Les cultures, les parcours de vie, les sensibilités et les aspirations sont multiples. Nier cette réalité provoque le déracinement, mais vouloir la dissoudre dans une identité la prive de sens. Il convient alors de tenir compte de ce qui soude notre communauté autant que de ce qui nous différencie en tant que personnes libres.

Défendre l’humanisme, c’est aussi refuser la misère matérielle, les discriminations, l’ignorance imposée ou l’exclusion. Nous devons chercher à réduire ce qui peut blesser les existences. C’est également se penser responsable du monde que nous fabriquons. Nous appartenons tous à la même humanité. Il ne suffit pas de revendiquer des prérogatives, il faut assumer des devoirs envers autrui, les plus vulnérables et ceux qui viendront après nous.

Aucune idéologie ne possède à elle seule la totalité du vrai ou du juste. En ce sens, il est dangereux de vouloir imposer des certitudes absolues. Il est préférable de chercher des équilibres perfectibles entre liberté et ordre, besoin d’identité et ouverture au monde, innovation et éthique souhaitable ou droits individuels et bien commun.

Quelques valeurs à défendre pourraient alors être celles-ci : dignité de chacun, justice, pluralité, solidarité, liberté ou responsabilité. Tout cela pour gérer au mieux la complexité de notre société sans renoncer à notre bien le plus précieux : notre humanité.

Bien entendu, tout cela ne constitue pas en soi un programme politique applicable. Il s’agit d’une éthique sur laquelle pourrait se bâtir un modèle de civilisation dont les institutions et les lois seraient à définir.

 

Une conclusion ouverte…

Face à la montée des droites radicales, la dénonciation, comme le rappel du passé, ne suffisent donc pas. Il faut apporter une espérance plus forte en entendant les inquiétudes sans les utiliser, en regardant tous les problèmes en face sans les instrumentaliser et en ne verrouillant pas la société. La stigmatisation et le repli sont à rejeter pour défendre la dignité humaine et la reconstruction. Mais une partie des sympathisants de l’extrême droite ne seront pas sensibles à cette vision du monde, qui, pour eux, serait élitiste et abstraite. La leur est, et restera fermée. L’équilibre entre liberté et ordre, ouverture et identité est complexe et peut être difficile à accepter. Ce discours ne fait pas le poids face à des slogans simples et clairs. Il faut alors tout faire pour le rendre accessible.

Finalement, pour contrer l’extrême droite, plusieurs pistes pourraient être retenues :

 

Quelques sources :

Comment le milliardaire conservateur Pierre-Édouard Stérin veut gagner la bataille des idées – franceinfo
5 causes de la montée de l’extrême droite dans le monde
Politique | Les 5 questions à se poser pour comprendre la montée de l’extrême droite en Europe  | UNamur
En graphiques : La montée de l’extrême droite chez nos voisins européens – JAM
ECPS Report : 2024 European Parliament Elections under the Shadow of Rising Populism - ECPS
Populistes, nationalistes, extrême droite : quelles différences ? | TV5MONDE - Informations
Assemblée nationale : le nombre de députés par groupe politique | vie-publique.fr
Fin de vie droit à l'aide à mourir Proposition de loi Falorni | vie-publique.fr
Thomas Piketty : « La gauche doit renouer avec l’ambition égalitaire du passé et rassembler les classes populaires de tous les territoires »
 
 

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