N’est pas sénile qui veut
par Michel Koutouzis
mercredi 14 juillet 2010
Toutes les déclarations des son entourage devront être confrontés à cette question duale, à laquelle, il faut désormais en ajouter une autre : dès lors que la justice s’en mêle, quel statut protégera au mieux ses propres exécutants d’ordres ? Celui de fidèle collaborateur (hypothèse sante d’esprit) ou d’abuseur cynique (hypothèse sénile). Voilà où nous en sommes : une querelle de famille qui débouche sur des secrets de famille, sur des pratiques déplorables, sur des connivences incestueuses entre le pouvoir et l’argent, mais qui, au fond, indiquent que l’Etat est un serviteur parmi d’autres d’une milliardaire. Qu’il faut prendre avec des pincettes, caresser dans le sens du poil, flatter respectueusement, qu’elle soit sénile ou pas, tout simplement par ce que il y a quelques milliards à tirer (sans jeu de mots). Y a-t-il preuve plus accablante de la connivence entre l’Etat et l’Argent que celle qui se déroule sous nos yeux ? Deux femmes s’entredéchirent et l’Etat trinque.
Nous sommes à la troisième ou la quatrième (on s’y perd un peu) enquête préliminaire, c’est à dire que c’est la troisième ou la quatrième fois que l’on se demande s’il y a lieu de mener une enquête judiciaire, mais entre temps, des interrogatoires, des perquisitions, ont lieu, cette enquête pour savoir s’il faut enquêter prend les allures d’une enquête nécessitant un juge d’instruction. C’est à dire indépendant du parquet. Un de ceux que la réforme de la justice désirée par l’exécutif comptait supprimer. Et voilà que le débat réapparait, celui qui concerne la dépendance du parquet à l’exécutif. Cette réforme, la ministre de la justice n’en voulait pas vraiment. Mais la présidence insistait lourdement. Va donc, pour la réforme. Quand MAM s’y est engagée à bras le corps, voilà que on lui fait comprendre que, tout compte fait, ce n’est pas si urgent que ça. Aurait-elle oublié que souvent Elysée varie bien fol qui s’y fie ? Mais revenons à nos millions et aux deux hypothèses.
Notre milliardaire, nous dit son avocat, est saine d’esprit, parfaitement lucide. La preuve ? Elle dépense près d’un demi million d’euros en trois quatre mois pour s’acheter des bricoles. Y a t il preuve plus flagrante de son parfait état d’esprit ? Elle est parfaitement cohérente avec son statut de femme frivole (pas folle) et de milliardaire conséquente (400 000 euros = argent de poche).
Sa fille, qui « s’inquiète pour sa santé mentale » et des « abus des parasites » qui en profitent, espère l’envoyer loin d’eux dans une maison de tout repos. Où ? Une maison de luxe, bien entendu, privée, cela va de soit. Mais il y a un « hic » : l’île privée qui ferait l’affaire, est passée par un tour de passe-passe que tout gestionnaire de fortune et « minimaliseur » d’impôts connaît bien, au parasite honni. Quel désastre ! Il faudra en acheter une autre. Entre temps, le gestionnaire de fortune doit peser le pour et le contre : régulariser fiscalement l’île (saint d’esprit - citoyen modèle) ou l’oublier dans les limbes de l’océan indien et le dédale des sociétés écran qui l’entourent, l’enregistrer en « pertes et profits » du genre « ce truc n’a jamais été à moi ». Penser que le parasite est, parallèlement, un homme de paille ne vient à l’esprit de personne. C’est une question d’éducation et de savoir vivre.
Le gestionnaire de fortune déclare : je n’ai jamais financé illégalement le (ou les) partis. On s’attendrait à quoi ? Qu’il dise « oui j’ai donné de la main à la main de l’argent au trésorier et ministre, voulez-vous, s’il vous plait me passer les menottes » ? Ou alors, « je ne suis qu’un soldat, j’obéis aux ordres » ? Aux ordres d’une machiavel (délit de corruption) ou d’une sénile (on perd la poule aux œufs d’or) ?
Le majordome n’a « jamais entendu des noms » dit-il. Normal puisque les cassettes parlent de « celui que », « celui qui », celui dont vous savez », etc, etc. Mais aurait il entendu des noms, il a déjà assez d’ennuis (enregistrements illégaux) pour ne pas se mettre les politiques (redoutables s’il en est) sur le dos. Mieux vaut jouer profil bas.
Est-ce qu’il y a une seule personne, au sein de ce nid de vipères qui a intérêt à parler vrai ? La banque (délit de blanchiment, de retraits nécessitant une « déclaration de soupçons » jamais faits) ? La mère ? (Si je dois défendre quelqu’un c’est le ministre déclare-t-elle ») La fille ? (à force de vouloir contrôler la mère elle a ouvert la boite de Pandore) le gestionnaire ? Son employée modèle - femme du ministre, qui allait en Suisse pour optimiser la fortune et minimiser les impôts ?) Le ministre (qui gérait le club des donateurs milliardaires en tant que trésorier) ?
Oublions le droit, ne serait-ce qu’un instant. La justice devra, si elle le peut (ce n’est pas évident), surfer entre tous les mensonges obligataires de ce beau monde.
Parlons de justice. L’avez-vous rencontré quelque part dans cette affaire ?