Nantes, le Mémorial et le Code Noir
par Zang
jeudi 15 mai 2014
Nantes avait déjà pris le parti de l'intituler "le Mémorial de l'abolition de l'esclavage" et non point par exemple "le Mémorial de l'esclavage" ou même "le Mémorial de l'esclavage et de son abolition", comme l'eût souhaité le moindre quidam qui ne cherche pas à tirer la couverture à soi ; voici maintenant que la municipalité socialiste des bords de Loire renâcle à y introduire la moindre référence au Code noir de Colbert et de Louis XIV. Une position que semble approuver la guadeloupéenne Maryse Condé, écrivaine et ex-présidente du Comité pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage, dont le siège se trouve à Paris.
Il est une chose pire que l'horreur et la déshumanisation, c'est la codification et la légitimation de l’horreur et de la déshumanisation - le plus, l’acmé, le sommet. Et c'est du sommet d'une montagne qu'on peut aussi le mieux embrasser et considérer les pentes, les vallées, les ravins, les rivières de sang et les fosses à purin de l’abomination. Ne dit-on pas que celui « qui peut le plus peut le moins » ? Et, en l’occurrence, le plus par le « Code Noir » dit aussi le moins des diverses traites et esclavages. Voilà pourquoi le Code Noir et la "traite française" sont emblématiques de cette horreur et de cette déshumanisation ; mieux que tout, le Code Noir témoigne de cette descente aux enfers des volontés humaines et étatiques, et en cela il a pleinement sa place dans un lieu de mémoire et de résistance face à l'abject, à la monstruosité et à l'aliénation. Aussi, loin de limiter le Mémorial de l’abolition de l’esclavage de Nantes à la « traite française » ou à la traite transatlantique, comme l’appréhende l’écrivaine Maryse Condé dans un récent entretien à Ouest-France, tout au contraire le Code noir, par la présence inouïe de son extrême langage, ferait lien et ouvrirait le Mémorial comme un fruit mûr et généreux dont la chair se répandrait en offrande aux consciences, au ciel et à la terre, tout comme le fait le clocher d’une église en son sommet, foyer de rayonnement et de convergence, centre des centres.
Marcel Zang